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Lundi 4 juillet 2011 1 04 /07 /Juil /2011 18:15

chant-du-cygne-couverture.jpgDans les années 20. Rielo a participé à la Grande Guerre et en est sorti changé. Alors qu'on pourrait le croire traumatisé, hanté par d'atroces souvenirs, il n'en est rien : les combats ont réveillé en lui des instincts primaires bien enfouis et il considère que la guerre l'a "révélé à lui-même". Il offre ainsi ses services d'homme de main à des mafiosi italo-américains à New York. Sa spécialité ? La mort. Cynique, sans le moindre scrupule ou sentiment, Rielo gagne la confiance des parrains de la mafia. Mais jusqu'où le mènera sa soif de sang ?

Le chant du cygne est un roman déroutant de prime abord : il s'agit certes d'un polar sanglant mais il ne ressemble à aucune oeuvre du genre : le passage qui ouvre le livre se déroule à Venise et un onirisme glauque domine. On est bien loin de l'univers des films de Scorsese et Coppola et, même lorsque notre anti-héros gagne la Grande Pomme, cette atmosphère étrange domine et intrigue irrémédiablement le lecteur.

Nous sommes tout le temps dans la tête de Rielo, personnage qui pourtant demeure inaccessible, opaque. Et, en ce sens, j'ai eu un certain mal à me laisser tout à fait emporter par le roman au départ. Ce n'est pas tant le fait que Rielo soit antipathique ou dénué d'émotions (il y a des oeuvres fascinantes avec de tels personnages) mais j'avais le sentiment qu'il manquait peut-être un petit quelque chose pour qu'on le comprenne tout à fait et qu'on soit avec lui, peu importe la froideur avec laquelle il agit. On comprend ce que la guerre lui a fait mais on ne le ressend pas vraiment la plupart du temps. 

Cela dit, au bout d'un moment, on est conquis par l'intrigue et le style de l'auteur, précis et imagé à la fois. On sent que Cyril Carau a fait des recherches sur la mafia new-yorkaise de l'époque et sur la ville et on s'immerge facilement dans cette atmosphère. Tous les personnages secondaires sont également très convaincants et étoffés. Les descriptions et les dialogues permettent vraiment de se représenter l'intrigue dans notre tête à l'image d'un film et la fin, quasi-programmatique, est intense. Bien qu'on ne s'attende pas tout à fait à l'ampleur des actes de Rielo, on sent, tout au long du roman, qu'il ne pourra pas y avoir de retour arrière pour lui : il est condamné à s'enfoncer dans ses pulsions et à semer la mort. Détaché de tout, il n'est pas impulsif, mais il semble vouloir, très calmement, aller au bout de son destin et de sa logique. L'onirisme marqué du début ressurgit de plus belle lors du dernier tiers du roman, qui s'achève de manière très symbolique, simple et forte à la fois.

Les illustrations, style gravure, d'Élie Darco sont également très belles et fidèles à l'atmosphère du roman même si elles ne sont pas nécessaires pour moi : les images que convoquent l'écriture de Cyril Carau sont suffisamment fortes pour qu'on puisse se passer de dessins.

Seul petit détail qui m'a de prime abord chiffonnée quand j'ai reçu le livre : il s'agit d'un roman illustré et non d'un roman graphique, qui est, par nature, une oeuvre narrative dans un format bande-dessinée plus libre que les BD classiques. Du coup, j'ai été assez surprise de recevoir ce petit roman avec quelques illustrations au sein des chapitres. Cela ne m'a pas dérangée car j'adore les romans mais cela peut induire en erreur...

Je remercie chaleureusement Les Éditions de la Frémillerie, Cyril Carau et le forum Accros & Mordus de Lecture pour m'avoir fait découvrir ce roman.

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Livres et BD - Communauté : Chronique de nos lectures
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Lundi 13 juin 2011 1 13 /06 /Juin /2011 20:41

someones-watching-me-affiche.jpgUn téléfilm hitchcockien

Tourné après Assaut (1976) et juste avant Halloween, la nuit des masques (1978) Someone's Watching Me (Meurtre au 43ème étage en français) est le premier téléfilm réalisé par John Carpenter pour la télévision. De facture très classique, il n'en demeure pas moins efficace, bien joué et joliment mis en images. Entre Fenêtre sur cour (1954) et Le Voyeur (1960), l'intrigue raconte l'histoire d'une jeune femme séduisante et indépendante qui se retrouve harcelée au téléphone par un homme lorsqu'elle emménage à New York. Traquée et apeurée durant la première moitié du film, la victime se fera prédateur pour retrouver le voyeur dans la seconde partie, tandis que la police ne la prend pas au sérieux.

Le générique de début fait agréablement sourire avec sa musique et ses lignes de buildings dessinées se superposant à celles réelles de l'immeuble. Une parodie évidente de l'ouverture de La Mort aux trousses (1958) qui annonce le piège qui va bientôt se refermer sur l'héroïne et surtout, place le téléfilm sous l'égide d'Alfred Hitchcock, dont il constitue un hommage appuyé.

Classique mais efficace

meurtreau43-5.jpg

A partir de là, le déroulement de l'intrigue est des plus classiques et ne comporte pas de grandes surprises. Cependant, Carpenter parvient à nous manipuler de telle sorte qu'on reste toujours pris par l'action et qu'on croit vite deviner (à tort) l'identité du pervers. Certaines séquences comportent une bonne tension et un suspense assez sadique, du coup, les effets visant à faire peur, même simples, fonctionnent très bien. La scène où l'héroïne, Leigh (Lauren Hutton) s'aventure dans le parking en sous-sol pour traquer le voyeur en évitant de se faire repérer est en ce sens le passage le plus efficace, comportant une mise en scène simple mais inventive.

meurtreau43-8.jpg

La seconde moitié du film est parsemée de références appuyées mais bien gérées à Fenêtre sur cour d'Hitchcock et l'ensemble, à défaut d'être vraiment original, est assez jubilatoire. Certaines ficelles sont assez grosses (la manière dont Leigh découvre chez elle le micro dissimulé par le pervers) et il y a quelques incohérences (elle met quand même 1h de film à s'apercevoir que le gars habite l'immeuble d'en face et la regarde alors que c'est évident), mais en fin de compte, cela a peu d'importance et Someone's Watching Me se regarde avec le plaisir simple et léger qu'on prend à suivre un bon divertissement, ni plus, ni moins.

A noter aussi, la personnalité atypique et attachante de l'héroïne, indépendante et gentiment excentrique alors que les téléfilms de ce type privilégient des archétypes de victimes sans défense. Par ailleurs, la première scène où le pervers appelle Leigh, qui décroche son téléphone blanc, rappelle un peu Scream (1996) tandis que la scène où elle découvre un message inscrit sur le miroir embué de sa salle de bains a clairement été reprise à la fin de Souviens-toi l'été dernier (1997) qui empruntait lui-même à Pulsions de DePalma (1980), qui rendait évidemment hommage à la scène de la douche de Psychose

Et juste pour le plaisir, voilà un petit comparatif La Mort aux trousses/Someone's Watching Me et Someone's Watching Me/Pulsions/Souviens-toi l'été dernier.

lamortauxtrousses1.jpgmeurtreau43-2 meurtreau43-3.jpg

lamortauxtrousses2

 

1) Entrée dans la salle de bains : Someone's Watching Me et Souviens-toi l'été dernier en dessous

meurtreau43-18-copie-1.jpgikwydls-6.jpg

2) quelque chose de bizarre... Pulsions, Someone's Watching Me et Souviens-toi l'été dernier.

pulsions-4.jpgmeurtreau43-19ikwyd12

3) le message sur la vitre. Someone's Watching Me et Souviens-toi l'été dernier

meurtreau43-16.jpgikwydls-9.jpg4) une silhouette féminine... Pulsions et Souviens-toi...

pulsions-8.jpgikwydls-2.jpgLire aussi la critique de Cachou

 

Fais-moi-peur-Carpenter-Youmurderer

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Cinéma - Communauté : LA DERNIERE SEANCE
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Samedi 11 juin 2011 6 11 /06 /Juin /2011 20:31

barton-fink-affiche.jpgLes frères Coen à Mulholland Drive

Satire grinçante et onirique sur l'industrie hollywoodienne, Barton Fink peut de prime abord surprendre par son atmosphère surréaliste qui rappelera étrangement David Lynch. Qu'il s'agisse du plan où la caméra plonge dans le syphon de l'évier, provoquant un fondu au noir (semblable, en ce sens, au plan de l'oreille de Blue Velvet), de certains personnages secondaires ou des fondus enchaînés, beaucoup de choses évoquent l'univers du réalisateur de Mulholland Drive. Dans un premier temps, ce quatrième long-métrage des frères Coen semble donc être le résultat d'une étrange fusion entre leur univers tragi-comique personnel et celui de Lynch.

En ce sens, il semble logique que Mulholland Drive évoque, en retour le film des frères Coen (pour la scène avec le producteur, en particulier) et les deux oeuvres sont souvent mises en parallèle et comparées dans le cadre d'analyses cinématographiques. 

Hollywood peut-il penser ?

bartonfink1.jpg

Mais, évidemment, Barton Fink s'élève bien au-delà de cette simple atmosphère lynchienne : véritable OVNI (qui ébranla fortement les festivaliers au moment de sa présentation à Cannes), il s'agit d'un film aussi drôle que grinçant et désespéré, sans concessions sur le système hollywoodien mais totalement jubilatoire, faisant preuve d'un grand sens cinématographique. 

Barton Fink (John Turturro, impressionnant) est un jeune auteur de théâtre new-yorkais surdoué des années 40, engagé par le grand studio hollywoodien Capitol pour écrire le scénario d'un film de catch. Logé dans une chambre d'hôtel minable aux murs qui suintent continuellement à cause de la chaleur, il se retrouve isolé dans une atmosphère de plus en plus étrange et est confronté au fameux complexe de la page blanche. Il finira par trouver une source inopinée d'inspiration alors que les événements dégénèrent de plus en plus.

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Barton Fink, Barton pense... le choix du nom du héros apparaît d'autant plus clairement que nous nous trouvons tout le temps dans la tête de ce dernier en fin de compte. Le personnage se retrouve, lors de la première demi-heure, confronté à un véritable choc des cultures lorsque lui, le juif new-yorkais cultivé mais replié sur lui-même, découvre la Californie, sa mentalité en apparence plus ouverte et chaleureuse cachant un pur intérêt pour les affaires. Il n'est alors pas étonnant que le vieil hôtel où échoue le héros dégage immédiatement ce sentiment d'inquiétante étrangeté cher à Freud et cette dualité traverse tout le film, le conditionne. 

D'un côté, le gros boss du studio accueille Barton comme un dieu vivant, un génie de la prose capable d'écrire des merveilles, de l'autre, le jeune auteur est livré à lui-même et soumis à des pressions. L'ironie est qu'il est supposé écrire le scénario d'un film de série B, et non une grande oeuvre dramatique. Le studio veut acheter son aura d'intellectuel new-yorkais reconnu mais ne veut surtout pas d'une oeuvre intellectuelle et profonde, il veut un divertissement bien emballé. A mesure que le film avance, les frères Coen mettent de plus en plus en avant le fait que leur héros est prisonnier de ce cadre rigide qui l'avale vivant sans jamais le broyer tout à fait. Sa chambre d'hôtel et Hollywood deviennent une parfaite idée de l'Enfer sur Terre et on sent bien, au passage, que les cinéastes en profitent pour régler là quelques comptes avec cette industrie dont ils sont toujours restés un peu en marge, même avec leurs oeuvres plus grand public.

Prisonnier des images

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Ne pouvant s'échapper, Barton ne peut que fixer le mur face à son bureau à chaque fois que la pression se fait trop forte. Il faut dire qu'à ce mur est accroché le tableau d'une baigneuse assise sur la plage sous un parasol et contemplant de dos l'océan. Vision de rêve inaccessible et mensongère, cette image parcourt tout le film jusqu'à la scène finale, dont je vous laisse la surprise, qui clôture les aventures du héros sur une ultime note d'ironie cinglante et désespérée des plus savoureuses. Cette double-nature des images, lisses et rassurantes de prime abord mais qui cachent en réalité une grande cruauté, piège d'ailleurs bien vite le héros, extrêmement naïf malgré son intelligence. Cet aspect du personnage nous le rend d'ailleurs très sympathique, alors qu'il aurait pu facilement apparaître comme un intellectuel élitiste et bourgeois coupé de "l'homme de la rue" sur lequel il est censé écrire.

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Si l'image d'Arthur Miller est dans un premier temps convoquée, les Coen s'en écartent vite pour dresser le portrait d'un passionné  vivant dans son monde, en ce sens un peu autiste, et qui se retrouve dépossédé de tous repères dans le "monde réel", fabriqué de toutes pièces.  Pour l'anecdote, le personnage de l'écrivain W.P. Mayhew (John Mahoney), idole absolue de Barton, est de toute évidence fortement inspiré de William Faulkner, courtisé par Hollywood dans les années 40-50, mais dont le degré d'alcoolémie l'a rendu tout à fait contre-productif, obligeant les studios à faire appel à d'autres scénaristes tout en conservant son nom au générique (en ce qui concerne La Terre des Pharaons du moins).

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Réalisé avec rigueur et maestria, campé par des interprétations toutes aussi impressionnantes les unes que les autres (John Goodman dans le rôle de Charlie Meadows, le confident pataud de Barton, est hilarant) , Barton Fink n'a donc pas volé sa Palme d'Or, son Prix de la Mise en Scène et son prix d'interprétation masculine (pour John Turturro) à Cannes. Une pluie de distinctions qui avait fait polémique à l'époque. S'ils sont aujourd'hui considérés comme des génies quasi-intouchables, les deux frangins étaient à l'époque beaucoup plus incompris et beaucoup avaient été déstabilisés par le film. Pour étrange que soit le film, la qualité de l'ensemble est tellement haute, le résultat tellement jouissif, qu'on a aujourd'hui du mal à imaginer que certains grands journaux l'aient trouvé purement mauvais et grotesque à l'époque. Certains doivent s'en mordre les doigts... Toujours est-il que le jury présidé par Roman Polanski (réalisateur du Locataire, film fantastique aussi génial... qu'étrange) a su voir la qualité et le caractère unique du film des frères Coen, dont la carrière se trouva ainsi boostée. Vingt ans après sa sortie, le film n'a pas vieilli et reste toujours aussi actuel dans sa vision de l'ndustrie cinématographique. Sans conteste une grande palme.

J'ai reçu le DVD du film dans le cadre d'un concours organisé par Price Minister autour du Festival de Cannes.

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Cinéma - Communauté : LA DERNIERE SEANCE
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Samedi 11 juin 2011 6 11 /06 /Juin /2011 15:05

Fais-moi-peur-Carpenter-Youmurderer.jpg

Depuis un peu plus d'un mois, la partie "cinéma" du blog, pourtant majoritaire, s'était un peu endormie. Il me reste encore à publier mes critiques de Tree of Life, La Conquête et Le complexe du castor, entre autres, mais mon travail sur le gros site sur Tori Amos que je prépare (théoriquement) pour la rentrée (et dont j'aurai l'occasion de vous parler pour un petit preview très prochainement) me prends tellement de de temps, que j'avoue m'être un peu relâchée.

Et quoi de mieux, pour se remettre dans le bain, qu'un bon petit défi ciné ? Bien que je n'ai pas encore publié mes dernières critiques du défi David Lynch (Mulholland Drive et Fire Walk With Me seront publiés d'ici fin juin-début juillet), je n'ai pas pu résister à l'invitation de Vance et Cachou de se joindre à eux pour ce défi John Carpenter. D'autant plus, que, je dois bien l'avouer, même s'il s'agit d'un réalisateur qui m'intéresse et que je me dis toujours "il faudrait que je vois tel ou tel film qu'il a fait" le seul de ses longs-métrages que j'ai vu en entier jusque-là c'est... Christine (1983) d'après le roman de Stephen King (auteur que j'adore). Très bon film certes, mais peut-être pas le plus représentatif de son oeuvre. Même pour Halloween (1978) je n'ai vu que la séquence d'ouverture, que j'avais étudiée en cours au lycée, et, même si je voulais à tout prix voir le film en entier, ça ne s'est étrangement jamais produit. Je ne m'explique pas vraiment cette lacune, surtout en amatrice de fantastique-SF que je suis, mais c'est comme ça. 

Du coup, participer à ce défi promet d'être une expérience riche et singulière pour moi puisque, contrairement à Lynch dont je connaissais les films sur le bout des doigts pour avoir passé trois ans à les étudier dans le cadre de mon mémoire de fin d'études (ajouté au fait que j'étais déjà fan à la base et que j'avais vu Mulholland Drive, Sailor et Lula ou Lost Highway beaucoup de fois avant même d'analyser sa filmo), j'ai une expérience très limitée de l'oeuvre de Carpenter. Certes, j'ai déjà lu des choses sur lui, des analyses de son oeuvre dans tel ou tel essai ou revue (la thématique des espaces confinés), mais sans avoir vu les films, tout cela est assez abstrait et je suis curieuse d'aborder ainsi son oeuvre avec curiosité et un esprit relativement vierge. C'est aussi le principe et l'intérêt de participer à ce type de challenges collectifs, où l'on ne connaît pas forcément tous les films. Donc, à priori, vous ne devriez pas voir d'articles-fleuve en deux parties... même s'il ne faut jamais dire jamais. 

Avec 18 films et 5 téléfilms, le programme s'annonce riche et devrait donc s'étaler sur 20 semaines. Je ne sais pas si je verrai tous les films au programme (j'ai bien envie, mais il se peut que j'ai d'autres contraintes, que mon chéri sature et refuse de voir certains films aussi ), mais je ferai en tout cas en sorte d'en voir un maximum et, dans tous les cas, je rajouterai les liens vers les articles de Cachou, Vance mais également Nick, Neph et Sékateur qui participent également au défi, au fur et à mesure. 

Voici donc le programme (copier-collé sur celui de Cachou, pour être sûre de pas m'embrouiller) :

Billet de présentation du défi par Vance.

Téléfilms (5):

1978 - Someone's Watching Me!/Meurtre au 43e étage : lire la critique de Cachou et de Corn-Flakes

1979 - Elvis: lire la critique de Cachou.

1993 - Body Bags ("The Gas Station" et "Hair") : lire  la critique de Cachou

2005-2006 - Masters of Horror (série)

          - "Pro-Life"/"Piégée à l'intérieur"

          - "John Carpenter's Cigarette Burns"/"La fin absolue du monde"

Cinéma (18):

1974 - Dark Star : lire les critiques de Cachou, Corn-Flakes et Vance.

1976 - Assault on Precinct 13/Assaut sur le central 13 : lire les critiques de Cachou, Corn-Flakes, Sékateur et Vance.

1978 - Halloween: lire les critiques de Cachou, Corn-Flakes, Sékateur et Vance.

1980 - The Fog : lire les critiques de Cachou et Vance.

1981 - Escape from New York/New York 1997 : lire les critiques de Cachou, Nick et Sékateur.

1982 - The Thing : lire la critique de Nick

1983 - Christine

1984 - Starman

1986 - Big Trouble in Little China/Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin : lire les critiques de Nick, Vance et voir illustration-hommage de Nico.

1987 - Prince of Darkness/Prince des Ténèbres

1988 - They Live/Invasion Los Angeles : lire la critique de Cachou

1992 - Memoirs of an Invisible Man/ Les Aventures d'un homme invisible

1995 - In the Mouth of Madness/L'Antre de la folie : lire la critique de Cachou

1995 - Village of the Damned/Le Village des damnés

1996 - Escape from L.A./Los Angeles 2013 : lire l'avis de Sékateur.

1998 - Vampires

2001 - Ghosts of Mars

2011 - The Ward

 

En espérant vous retrouver nombreux pour suivre ce défi (n'hésitez pas à nous rejoindre, même pour quelques films, si l'expérience vous tente).

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Cinéma - Communauté : LA DERNIERE SEANCE
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Samedi 4 juin 2011 6 04 /06 /Juin /2011 23:33

a-propos-de-courage-couverture.jpgUn classique sur la guerre du Viêtnam

Je n'avais auparavant jamais entendu parler de ce roman de Tim O'Brien, paru pour la première fois aux Etats-Unis en 1990 et en France en 1992 et depuis considéré - à très juste titre - comme l'un des plus grands livres sur la guerre du Viêtnam. Né en 1946, l'auteur a lui-même été enrôlé malgré lui dans cette guerre aussi désastreuse qu'inutile, et on le retrouve parmi les personnages de son récit. Plus en retrait, fantômatique, il ne fait son apparition que lors de quelques chapitres, où il s'exprime à la première personne du singulier, tandis que les chapitres mettant en scène les autres protagonistes sont tous à la troisième personne et utilisent le discours indirect pour nous transmettre leurs pensées.

L'expérience personnelle d'O'Brien est bien sûr ce qui l'a poussé à écrire A propos de courage, et la grande force du livre est de dépasser la seule expérience individuelle de l'auteur pour acquérir une dimension universelle, frappante, cinglante et sans concession. En dehors des chapitres autobiographiques, le reste est pure fiction, certes inspirée d'événements et de personnages réels, mais c'est avant tout l'impact qu'a eu la guerre sur les soldats que Tim O'Brien s'efforce de retrouver, au-delà d'une pure retranscription des faits, qui n'ont pas nécessairement d'importance en eux-mêmes.

Morale et vraisemblance

C'est d'ailleurs le propos d'un des chapitres du livre ("Comment raconter une histoire de guerre véridique"), où l'auteur s'amuse à rapporter des histoires qui circulaient parmi les soldats et pour lesquelles ils se passionnaient mais dont ils ignoraient la véracité. Surtout, O'Brien fait comprendre au lecteur, qu'une histoire de guerre véridique n'est pas nécessairement vraisemblable ou morale et que les soldats eux-mêmes ne peuvent avoir qu'une expérience et un souvenir des événements subjectif et surréaliste : la sensation de la lumière, de la nature au moment où une mine explose, images se retrouvant figées à jamais dans la mémoire d'un soldat persuadé que ce sera la dernière chose qu'il verra.  En ce sens, certains passages m'ont rappelé le magnifique film La ligne rouge de Terrence Malick (1998), qui montrait avec une acuité unique le paradoxe d'une nature éblouissante, symbole de vie, au milieu de combats sanglants, où la mort ne peut qu'être brutale et absurde, mettant en avant la fragilité de la vie humaine. 

J'ai vu (et j'ai une grande admiration) pour les films réalisés sur la guerre du Viêtnam et ses conséquences (ce qui n'est pas le cas du film de Malick, qui se déroule pendant la 2ème Guerre Mondiale) : Apocalypse Now, Voyage au bout de l'enfer ou Les Visiteurs, mais je n'avais jamais lu de livre à ce sujet et la grande force de ce roman, au-delà la qualité de l'écriture et la multiplicité de points de vue, est de nous plonger comme rarement dans la peau de ces hommes et de mieux comprendre, notamment, certains comportements cruels ou absurdes de certains soldats sur le terrain. Poussés à bout par la mort de leurs amis et la conscience qu'ils pourraient disparaître à tout moment, cherchant à mieux accepter la mort pour ne pas craquer, certains personnages accrochent un chiot qu'ils avaient adopté à une mine anti-personnel qu'ils font exploser, coupent le pouce d'un soldat ennemi en guise de porte-bonheur, tirent au fusil sur un bébé buffle en faisant en sorte de ne pas le tuer...

Ressuciter les morts pour sauver les vivants

Aussi cruels et révoltants que soient ces actes, l'auteur arrive à nous faire comprendre comment ces hommes en arrivent là, comment au milieu de tant de morts et de destruction, le moyen qu'ils trouvent pour tenir n'est pas toujours noble, qu'il n'y a rien de noble dans la guerre et que cela est un mensonge de croire que cela n'affecte aucunement le comportement ou le moral des combattants. O'Brien n'excuse pas nécessairement, ne dédouane pas ses personnages (il n'y a pas de viol ou meurtres de villageois dans le roman, par ailleurs), mais parvient à traduire leurs états émotionnels, leurs réactions de plus en plus absurdes, à vif, l'agressivité qui ressort pour un rien et la sensibilité qui s'efface peu à peu. Certains se laissent déshumaniser (et, de manière intéressante, le seul personnage qui perd toute humanité est une femme, lors d'un chapitre magistral), d'autres parviennent à rebondir mais ne peuvent faire autrement qu'adopter une attitude distanciée. Après avoir presque complètement massacré le bébé buffle, qui vit encore, les hommes sont fascinés qu'il soit encore vivant mais l'auteur remarque lui-même qu'aucun n'éprouve la moindre pitié envers cet animal sans défense. 

D'autres passages sont bien plus légers, voire même franchement drôles, et cette impression de vie qui se dégage du roman est proprement impressionnante. A propos de courage traite également de l'avant et de l'après-guerre. Pour ces chapitres, Tim O'Brien se réfère beaucoup à sa propre expérience : comment il avait voulu fuir au Canada après avoir reçu sa feuille d'enrôlement mais en avait été empêché par la honte, alors qu'il n'avait que quelques mètres à faire pour atteindre son but, comment il a entrepris vingt ans plus tard un voyage avec sa fille pour retrouver les lieux où ses amis sont morts, comment l'un de ses amis, qui avait lu un premier jet de l'un des chapitres (et figure parmi les personnages), n'a pu retourner tout à fait à une vie normale et a fini par se pendre, comment enfin l'écriture lui permet de ressusciter et faire parler les morts...

En ce sens, la fin du roman, à la première personne du singulier, est l'une des plus émouvantes qu'il m'ait été donné de lire. Sans sentimentalisme, sans fioritures, mais avec une subtilité et une intensité bouleversantes, Tim O'Brien parvient à lier son expérience de la guerre à une perte personnelle sans lien apparent, qui lui permet de faire la paix avec son passé. La guerre, bien sûr, n'en paraît pas moins absurde, surtout pas plus juste, mais la mort prend un visage moins terrifiant tandis que les mots de l'auteur et son talent de conteur nous rappellent que la vie n'est jamais loin et que les morts peuvent parfois sauver la vie des survivants en leur apprenant à faire la paix avec leurs vieux démons.  En un mot : magistral.

Je remercie les éditions Gallmeister et le forum Accros & Mordus de lecture pour m'avoir permis de découvrir ce roman dans le cadre d'un partenariat littéraire.

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Livres et BD - Communauté : Chronique de nos lectures
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