Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 14:51

confession-inachevee-marilyn-monroe.jpgLes mémoires inachevés de Marilyn

Ce recueil autobiographique de l'icône hollywoodienne ultime Marilyn Monroe a connu une histoire assez particulière : commencé en 1954 avec l'aide de Ben Hecht, il fut abandonné par l'actrice en cours de route pour "raisons personnelles" et le manuscrit fut confié à son proche collaborateur, le photographe Milton Greene. Celui-ci ne décida de faire publier ces mémoires inachevées que douze ans après la mort de l'actrice, en 1974 et le livre fut très rapidement épuisé.

Robert Laffont a eu la bonne idée de rééditer cet ouvrage en octobre 2011, nous permettant de redécouvrir cette personnalité complexe avec ses mots à elle. Le succès de Fragments, regroupant les carnets intimes de l'actrice et publié fin 2010 aux Éditions du Seuil y est sans doute pour beaucoup. D'autant plus qu'en août, nous fêterons les cinquante ans de la mort de Marilyn, icône éternelle à propos de laquelle le cinéaste Billy Wilder avait autrefois déclaré : "Il existe plus de livres sur Marilyn Monroe que sur la seconde guerre mondiale. Et il y a une certaine analogie entre les deux. C'était l'enfer, mais cela en valait la peine."

L'enfance revisitée de Norma Jeane

marilyn-monroe-1947.jpgAlors, qu'en est-il de cette confession inachevée ? Si l'on est déjà bien familier de la vie de l'actrice et que l'on a lu d'autres livres à son sujet, on n'apprendra peut-être pas grand chose de nouveau du point de vue des faits, mais on aura l'occasion de voir comment l'actrice se racontait et mettait parfois en scène certains détails de sa vie. Et c'est précisément ce point qui rendrait la lecture du livre délicate pour quelqu'un qui n'aurait jamais lu de biographie complète lui étant dédiée : Marilyn a en effet enjolivé ou altéré certaines parties de son histoire. Cela ne concerne au final qu'une poignée de détails, mais il est important de le souligner. 

Plus tôt cette année, j'ai eu l'occasion de lire The Secret Life of Marilyn Monroe de J. Randy Taraborrelli, qui est la biographie la plus complète et recherchée que j'ai lu au sujet de l'actrice jusque-là. L'auteur a rencontré toutes les personnes encore en vie qui l'ont cotôyée, comparé les différentes versions pour aboutir à une histoire moins glamour, plus tragique par certains aspects, mais aussi plus humaine. Le mensonge principal de l'actrice réside à faire passer la famille d'accueil qui s'est occupée d'elle le plus de temps, les Bolenders (qui ne sont jamais nommés), pour des personnes indifférentes qui ont fait d'elle une "enfant-servante." Or, si Ida Bolender était en effet une personne d'apparence assez froide et autoritaire, elle et son mari ont toujours eu beaucoup d'affection pour la jeune Norma Jean et ont même souhaité l'adopter définitivement lorsqu'elle était petite, avant que sa mère ne s'y oppose. C'est à ce moment-là que qu'ils durent expliquer à la fillette qu'ils n'étaient pas ses parents et qu'elle devait cesser de les appeler Papa et Maman. On lui présenta alors sa mère, schizophrène et incapable de l'élever, qu'elle avait déjà aperçu sans savoir de qui il s'agissait.

Cette seule anecdote donne une vision très différente des premières pages, où l'actrice raconte l'événement d'une toute autre manière. Par ailleurs, Marilyn restera en contact avec les Bolenders jusqu'à la fin de sa vie, il est donc évident qu'ils n'étaient pas des êtres insensibles traitant les enfants en esclaves. Lorsque l'actrice avait dépeint  sa vie en famille d'accueil comme si elle avait été Cosette dans les années 50, Ida Bolender en avait été très blessée et lui avait demandé pourquoi elle avait agi ainsi. Pour éclipser, peut-être, la maladie mentale de sa mère, qui l'effrayait au plus haut point car elle se sentait prédestinée à sombrer elle aussi dans la folie ? 

La blonde et la Machine à Rêves

Marilyn Monroe à la première de Quoi qu'il en soit, si l'on ferme les yeux sur ces petits arrangements avec la vérité, Confession inachevée vaut largement le détour, ne serait-ce que parce-que Marilyn Monroe y fait preuve d'une lucidité désarmante sur elle-même, son image et l'industrie hollywoodienne. Au travers d'elle, c'est la peinture de toute une époque qui s'esquisse en filigrane, rendant la lecture de l'ouvrage passionnante. On y suit le parcours de l'actrice jusqu'en 1953, au moment où elle s'apprête à partir pour la Corée chanter devant des milliers de soldats. Elle interrompit là son récit, de manière abrupte. On connaît bien sûr la suite : le succès phénoménal de Sept ans de réflexion ou Certains l'aiment chaud, les cours à l'Actor's Studio avec Lee Strasberg, le mariage avec Arthur Miller qui s'achève en 1961, les dépressions et abus de médicaments de plus en plus importants, la liaison (d'un seul week-end en réalité) avec le président Kennedy, la mort aussi brutale qu'entourée de mystère... Pour plus de détails sur tous ces éléments, je ne saurai que trop conseiller The Secret Life of Marilyn Monroe de J. Randy Taraborrelli (uniquement disponible en anglais actuellement), épaisse biographie ultra-documentée dont j'aurai peut-être l'occasion de vous parler ultérieurement.

A noter que cette édition de Confession inachevée est accompagnée d'une trentaine des plus belles photos de la star prises par Milton Greene et d'une préface du fils de ce dernier, qui apporte un éclairage sur leur collaboration et le contexte dans lequel les clichés ont été pris.

Confession inachevée de Marilyn Monroe (en collaboration avec Ben Hecht), préface de Joshua Greene. Editions Robert Laffont, octobre 2011. Tarif : 19,99€.

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Livres et BD - Communauté : Chronique de nos lectures
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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 11:48

 

J'avais déjà eu l'occasion de vous parler de Florence and the Machine en 2010, au moment de la sortie de son premier album Lungs . En octobre dernier, la rousse était de retour avec un deuxième opus, Ceremonials, qui a immédiatement remporté un succès phénoménal. La jeune artiste est devenue une star internationalement reconnue, ainsi qu'une icône de mode courtisée par les plus grands magazines de mode, comme en témoigne la couverture que lui a consacrée le Vogue anglais ce mois-ci.

Malgré quelques faiblesses et redites qui lui ont value d'être vivement critiquée par la presse musicale de ce côté-ci de l'Atlantique, Ceremonials confirme le talent de Florence Welsh pour confectionner des mélodies efficaces et ensorcelantes, faisant la part belle aux arrangements, choeurs et percussions. On en reparlera très bientôt à l'occasion de mon bilan musical de 2011...

En attendant, je vous propose de découvrir, si ce n'est déjà fait, le très beau clip du single "Shake It Out", qui rend un hommage appuyé à Stanley Kubrick avec ses nombreuses références à Eyes Wide Shut et Barry Lyndon.

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Musique - Communauté : webzine musical
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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 22:37

Tree-of-Life-Film.jpgMalick suscite la polémique

Un film de Terrence Malick est toujours une expérience particulière, déroutante, qui a le don de ne laisser personne indifférent. Il y a ceux que ses films sensoriels et hypnotiques endorment et ceux qui se laissent happer par la magie et la sensibilité de sa réflexion humaine et profonde sur l'homme et la nature et la quête d'un sens à la vie. Cependant, le cas est un peu particulier avec ce Tree Life, oeuvre extrême, mégalo en un sens et sans inhibitions aucune qui a laissé sur le carreau de nombreux fans du cinéaste, acquis d'avance à sa cause, mais qui n'ont pas compris cet étrange OVNI cinématographique, pourtant auréolé de la Palme d'Or au Festival de Cannes. Trop d'attente et d'espoirs fondés peut-être ?

Bien que le film développe les thèmes récurrents de Malick (l'homme, son évolution, son rapport contradictoire à la nature, la violence, la spiritualité...), les partis pris habituels du cinéaste (montage sensoriel, hypnotique, lenteur/contemplation) sont ici poussés jusque-dans leurs retranchements les plus poussés et l'histoire donne davantage d'importance au rôle du père, symbolisant l'homme et son côté cartésien ainsi que la religion au lieu de se concentrer principalement sur la nature représentée ici par la mère, personnage d'une grande douceur entretenant un rapport privilégié à la terre et à l'enfance, doté d'une spiritualité plus "animiste".

Au nom du père ?

tree of life malick pitt

Ce parti pris a donné lieu à une interprétation biaisée du film,  que je considère personnellement comme totalement erronée et, en fin de compte, très européenne, voire très française. On a en effet reproché au cinéaste un ton soi-disant moralisateur quand on ne l'a pas accusé purement et simplement de faire du prosélytisme ! Pourtant, quand on regarde le film attentivement sans tirer de jugement hâtif, on se rend compte que Malick, s'il montre de la compassion envers le père interprété par Brad Pitt, ne l'absous pas complètement ni ne se place de son côté d'un point de vue moral et spirituel. La séquence finale reprend certes une imagerie explicitement chrétienne, mais dire que la religion gagne face à la nature représente une lecture hâtive et superficielle de la séquence et du film lui-même. Il faut d'ailleurs se souvenir qu'un cinéaste subversif tel que Pasolini avait convoqué une imagerie similaire dans son Évangile selon Saint Mathieu, qui n'a rien de bien provoquant (le film a remporté le Grand Prix de l'Office catholique du cinéma à sa sortie en 1964 !), sans pour autant être accusé de retourner sa veste.

Pour ma part, j'ai plutôt perçu le film de Malick comme le récit poignant d'un homme qui s'est senti déchiré toute sa vie entre son père et sa mère, représentant chacun une vision de la vie totalement différente et qui, arrivé à une crise existentielle, cherche à faire la paix avec son éducation et avec lui-même en se repassant le film de sa vie. Il parvient en fin de compte à pardonner au père, dur et éduqué dans un climat chrétien très strict et qui a reproduit le même schéma avec ses enfants ... mais dont on ne perçoit que trop bien la fragilité refoulée, les rêves artistiques abandonnés et la frustration. Autant d'éléments qui, s'ils ne l'absolvent pas complètement du comportement très dur qu'il a pu avoir avec ses fils, permettent de mieux le comprendre.

Entre ciel et terre

Tree-of-Life.png

Le héros joué par Sean Penn (mais paradoxalement peu présent à l'écran) est composé de tous ces éléments contradictoires et il ne peut pas rejeter en bloc son père sans détruire une part de lui-même. Et ce paradis que l'on entrevoit à la fin n'est en fin de compte que la vision subjective et personnelle du personnage, sa manière à lui de faire la paix avec son enfance et de se reconnecter aux siens. Le père et la mère sont en harmonie à l'issue du film si l'on regarde les choses de plus près et l'imagerie chrétienne n'empêche pas un rapport de fusion avec la nature, idéalisée (mais c'est aussi le cas dans les précédents films du cinéaste) mais bien présente dans ces images de sable et d'eau où la mère étreint ses jeunes fils. Il est question de spiritualité, mais celle-ci n'est pas restreinte à la religion.

On a sans doute trop tendance, en Europe et en France en particulier, à considérer que la spiritualité est du domaine du religieux et s'y limite... Mais ce serait oublier qu'il s'agit surtout du mouvement intérieur qui pousse chacun à donner un sens à sa vie, à s'épanouir et s'accomplir en se "nourrissant de l'intérieur." Certains le font en récitant des prières ou en allant à la messe, mais d'autres vont également se ressourcer dans la nature, face aux étoiles, en méditant, lisant un livre, en créant... Malick est définitivement spirituel dans sa manière de décrire le lien qui existe entre homme et nature et sa vision animiste de celle-ci dans chacun de ses films. Il en est de même ici, à la différence qu'il confronte plus étroitement deux types de spiritualité qui semblent au départ irréconciliables... mais qui ne le sont pas tant que ça en fin de compte. Et il le fait avec nuance, sans céder au manichéisme primaire qui aurait consisté à faire du père un fou de Dieu autoritaire sans la moindre excuse qui ne serait bon qu'à châtier contrairement à l'idéal d'innocence et de beauté de Mère Nature.

Le cheminement de Tree of Life est certes tortueux, parfois difficile (les 30 premières minutes en particulier, passé ce cap on se laisse prendre avec plaisir ou on est définitivement perdu), mais ce film-monde, qui se refuse tout compromis et lorgne plus d'une fois du côté de 2001 : l'odyssée de l'espace, s'avère magnifique et bouleversant si on s'y laisse prendre. Une ode à la vie, à la terre et à la résilience.

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Cinéma - Communauté : LA DERNIERE SEANCE
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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 22:07

2011 vient à peine de s'achever (bonne année à tous en passant !) que 2012 promet déjà d'être passionnante avec la sortie de films très attendus — le nouveau Eastwood et le nouveau Fincher à une semaine d'intervalle, quelle meilleure façon de commencer l'année ? Mais avant de nous tourner pleinement vers 2012, un bilan de l'année 2011 s'impose. Un premier bilan du moins, car il me reste quelques menus rattrapages à faire ce mois-ci avant la publication de mon top officiel début février.

Vous trouverez donc ci-dessous les films de 2011 que j'ai vus jusque-là répartis en quatre catégories : coups de coeur, mention spéciales, j'ai bien aimé et les déceptions. Je ne ferai aucun commentaire pour les films dont j'ai déjà publié la critique (ça sera pour février), mais j'indique néanmoins le lien pour vous permettre de lire mon avis. En ce qui concerne les films non chroniqués, vous retrouverez une critique plus ou moins succincte de chacun d'eux à partir d'aujourd'hui et jusqu'à la fin du mois. Au départ, j'avais espoir de faire un article (ou un article par catégorie) réunissant tous mes avis, mais lorsque je me suis aperçue que mon "petit" avis sur Tree of Life constituait une critique à part entière, j'ai réalisé qu'il allait falloir fractionner plus que ça ! Certains films auront donc droit à leur critique à part entière tandis que d'autres articles seront constitués d'avis synthétiques sur trois ou quatre films. De quoi commencer l'année sur un bon pied et relancer en beauté l'activité du blog, donc !

Note : les films n'apparaissent pas nécessairement par ordre de préférence au sein des catégories.

 

Coups de coeur

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Films déjà critiqués :  Black Swan de Darren Aronofsky,  Never Let Me Go de Mark Romanek,  Winter's Bone de Debra Granik,  True Grit des frères Coen,  Poupoupidou de Gérald Hustache-Mathieu,  Somewhere de Sofia Coppola et  Les aventures de Tintin : Le secret de la licorne de Steven Spielberg.

 

Films non chroniqués précédemment (articles à venir) : The Tree of Life de Terrence Malick, Melancholia de Lars von Trier, Hugo Cabret de Martin Scorsese, Incendies de Denis Villeneuve, Polisse de Maïwenn, Drive de Nicolas Winding-Refn et  L'ordre et la morale de Mathieu Kassovitz. 

 

Mentions spéciales

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Films déjà critiqués : Moi, Michel G., millardaire, maître du monde de Stéphane Kazandjian, Rabbit Hole de John Cameron Mitchell, Minuit à Paris de Woody Allen, Les chemins de la liberté de Peter Weir et Contagion de Steven Soderbergh.

 

Films non chroniqués précédemment (articles à venir) :  Rango de Gore Verbinski, Mission : Impossible 4 — Le protocole fantôme de Brad Bird, Pater d'Alain Cavalier, A Dangerous Method de David Cronenberg, Intouchables d'Éric Toledano et Olivier Nakache, Le complexe du castor de Jodie Foster, Paul de Greg Mottola et Les adoptés de Mélanie Laurent.

 

J'ai bien aimé

jaibienaime2011.jpg

Films déjà critiqués : La Proie d'Éric Valette, The Green Hornet de Michel Gondry, Arrietty, le petit monde des chapardeurs d'Hiromasa Yonebayashi, Pirate des Caraïbes 4 : la fontaine de Jouvence de Rob Marshall, Scream 4 de Wes Craven et  L'Agence de George Nolfi.

 

Films non chroniqués précédemment (articles à venir) : X-Men : le commencement de Matthew Vaughn, Harry Potter et les reliques de la mort 2ème partie de David Yates, Le discours d'un roi de Tom Hooper, Crazy, Stupid Love de John Requa et Glenn Ficarra et Comment tuer son boss de Seth Gordon.

 

Les déceptions

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Films déjà critiqués : We Want Sex Equality de Nigel Cole, Possession de Joel Bergvall et Simon Sandquist, Last Night de Massy Tadjedin, Titeuf le film de Zep et Au-delà de Clint Eastwood.

 

Films non chroniqués précédemment (articles à venir) : Les Lyonnais d'Olivier Marchal, La Conquête de Xavier Durringer, Dream House de Jim Sheridan, La délicatesse de Stéphane et David Foenkinos et Sucker Punch de Zack Snyder.


Par Cécile Desbrun - Publié dans : Cinéma - Communauté : LA DERNIERE SEANCE
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Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 16:25

Steven Soderbergh réunit un casting quatre étoiles pour son film catastrophe Contagion : Marion Cotillard, Matt Damon, Jude Law, Gwyneth Paltrow, Kate Winslet... Qui sera décimé par le vilain virus ?Soderbergh repousse l'heure de sa retraite

Cinéaste éclectique à la filmographie aussi diverse qu'impressionnante, Steven Soderbergh ne s'était encore jamais penché sur le film catastrophe. C'est désormais chose faite avec Contagion, thriller anxiogène des plus efficaces qui vient tirer le réalisateur de sa pré-retraite (il avait déclaré l'an dernier vouloir arrêter la réalisation pour se consacrer uniquement au montage). Avec son casting quatre étoiles (Marion Cotillard, Matt Damon, Laurence Fishburne, Jude Law, Gwyneth Paltrow et Kate Winslet...excusez du peu !) et son thème toujours d'actualité, le film a de quoi attirer les spectateurs en quête de divertissement de qualité, bien que critique et public se soient montrés assez réservés au sujet de cette dernière mouture du réalisateur d'Oceans Eleven.

Le sujet est certes des plus classiques et la promo révèle quelques ficelles (notamment qui est la première tête d'affiche à mourir), cependant, Contagion impressionne par sa maîtrise et sa réalisation immersive, belle et brute, aussi implacable que nerveuse. On est loin des blockbusters standard de type Alerte ! (1995), Soderbergh parvenant à conserver son esthétique "indé" pour la mettre au service de cette histoire hollywoodienne en diable. L'évolution du virus est présentée au fil des jours et des semaines (jour 2, jour 90...) avec un calme presque clinique qui n'en rend le film que plus angoissant.

Petits gestes du quotidien et paranoïa

Chaque geste peut être mortel dans Contagion de Steven Soderbergh où un virus d'origine inconnue sévit. Gwyneth Paltrow en fera-t-elle les frais ?

Les chercheurs d'élite chargés de trouver une solution au fléau tentent de remonter jusqu'à la source du mal et visionnent des vidéos de surveillance pour guetter les moindres gestes de la première personne à avoir succombé au virus. C'est là que la caméra se fait la plus immersive et sensorielle, avec une approche documentaire des plus intéressantes. Il aurait été facile de garder la distance qu'implique la caméra de surveillance, tout comme il aurait été très conventionnel de tomber dans le cliché du flashback nostalgique où le tragique de la disparition du personnage central est appuyée. Il n'en est rien et ces petites séquences furtives et pleines de vie font partie des meilleures idées du film. 

Règle n°1 face à une épidémie meurtrière : ne pas céder à la panique. Kate Winslet n'a pas l'air très sûre d'elle... Contagion de Steven Soderbergh (2011).

S'il reste très classique en ce qui concerne la propagation catastrophique du virus en lui-même, Contagion se montre extrêmement efficace lorsqu'il met l'accent sur les gestes les plus anodins du quotidien (se passer la main sur le visage après avoir touché un objet, grignoter des cacahuètes mises à disposition sur une table, s'accrocher aux barres métalliques des transports en commun...) pour faire monter l'angoisse et on peut dire qu'il s'agit là de son principal atout pour se démarquer. A tel point qu'on ne saurait que trop conseiller aux hypocondriaques, déjà en pleine panique au moment de la grippe H1N1, de ne pas aller voir le film. Le moindre geste, le moindre objet, le moindre contact est accentué et source de paranoïa. L'origine du virus et le geste ayant permis la transmission, eux, ne nous serons révélés qu'en toute fin, lors d'une séquence muette omnisciente qui nous fait enfin remonter au jour 1.

Un film catastrophe classique et maîtrisé

Les chercheurs de Contagion, le nouveau film catastrophe de Steven Soderbergh, cherchent un moyen d'endiguer le virus. Ici, Elliott Gould (Ocean's Eleven, Friends, MASH).

Sans être aussi abouti et maîtrisé que Traffic (2001), l'aspect choral de Contagion fonctionne très bien et ne fait jamais artificiel. Chaque personnage a sa complexité et ses moments marquants, il n'y a pas de véritable "star" malgré une affiche des plus impressionnantes. Le seul reproche que l'on pourrait faire de ce point de vue là est que la partie avec Marion Cotillard soit finalement trop mise en retrait et pas assez détaillée, alors que l'histoire et les enjeux demeurent complexes. Du coup, le spectateur finit par s'en détacher et reste sur sa faim quant à la conclusion de ce pan du récit, ce qui nuit un peu à l'ensemble.

contagion3.JPG

Après un début choc très noir et anxiogène, le thriller retombe un peu plus sur les sentiers balisés du film catastrophe avec mise en quarantaine de la population, scènes de panique collective et morts par millions, mais cela ne constitue pas forcément une faiblesse. Il y a suffisamment de finesse et de bonnes idées pour que l'on reste assez loin des clichés et si le milieu du film n'est pas forcément bien innovant, la sensation de déjà-vu ne le plombe jamais. Le contre-emploi de Jude Law en blogueur conspirationiste et ambigu est même plutôt bien trouvé et donne lieu à des scènes que l'on ne trouve pas forcément dans les autres films du genre. Après, on pourra toujours regretter que la tension ne soit pas tout à fait aussi forte d'un bout à l'autre, mais dans l'ensemble, Contagion tient plus qu'honorablement ses promesses et constitue un exercice de style des plus plaisants pour Soderbergh. Sans être le film de l'année, il s'agit d'un excellent divertissement qu'on aurait tort de bouder.

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Cinéma - Communauté : LA DERNIERE SEANCE
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