Jeudi 8 mars 2012 4 08 /03 /Mars /2012 03:16

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Après deux collaborations en demi-teinte avec Lanvin et Versace, H&M continue de proposer des vêtements conçus par de grands noms de la mode et lance aujourd'hui une collection capsule Marni. Au total, c'est plus de soixante-dix vêtements et accessoires pour femmes à petits prix qui sont proposés, ainsi qu'une ligne pour hommes composée d'une trentaine d'articles. Le tout avec un spot publicitaire signé Sofia Coppola, rien de moins, qui fait un "remake" d'1mn20 de son film Somewhere et un lancement en boutiques qui coïncide avec la Journée de la Femme chez nous (marketing, quand tu nous tiens !).

Collection événement à prix doux

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Et, alors que les précédentes collections m'avaient en grande partie laissée de marbre, j'ai eu un véritable coup de coeur pour celle-ci. Si je ne me ruerai pas sur tous les imprimés, ceux-ci m'ont très agréablement surprise dans l'ensemble et pour le reste, les vêtements proposés sont élégants, raffinés, avec des coupes et couleurs à la fois originales et tendances et une belle variété qui permettra à chacune d'y trouver son compte pour des prix qui, contrairement aux deux précédentes collections spéciales du géant suédois, sont réellement attractifs (à partir de 9,95€ pour un accessoire et jusqu'à 199€ pour une superbe veste en cuir verni, avec au milieu pas mal de tops et shorts entre 30 et 60€, des robes à 80, etc.). Alors oui, au niveau du prix, on est dans une fourchette semblable à celle de Kookaï, Sinequanone, etc. que les filles aux budgets très serrés trouveront encore chers, mais la qualité des tissus et du cuir semble être au rendez-vous et faut-il vous rappeler que les fringues des collections normales se chiffrent à plusieurs centaines et milliers d'euros ? 

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Bref, si je ne me rue jamais sur des collections capsules pour la seule raison que c'est untel qui l'a faite, je trouve qu'il y a dans ce cas précis un réel regard qui filtre au travers de cette ligne, avec des pièces à la fois classe et assez faciles à porter dans la vie de tous les jours... Donc - et ce pour la toute première fois - je ferai partie de celles qui feront le pied de grue devant le H&M du rue de la République avant l'ouverture fatidique des grilles à 9h30. En croisant fortement les doigts pour que le shopping à l'intérieur du magasin ne soit pas limité à 15mn top chrono comme cela avait été le cas pour la collection Versace en novembre dernier. Un délai qui interdisait bien sûr tout essayage en cabine (bien pratique, n'est-ce pas, quand on hésite entre un 38 ou un 40 pour un pantalon ou une veste) et... même pas le droit de prendre deux tailles différentes d'un même article pour les essayer chez soi et retourner la mauvaise au magasin !

Donc, dans le doute, il va falloir que je parvienne à trancher par avance entre plusieurs tenues qui ont retenu mon attention et que j'espère quand même avoir l'occasion d'essayer histoire de juger sur pièce. Ca risque de se jouer entre la veste en cuir, la jupe violette et le petit ensemble d'été rose, qui ont toutes les chances de m'aller comme un gant... plus une paire de chaussures (sandales compensées ou plates ?) et peut-être un accessoire.

Pour vous faire saliver (ou pas), voici quelques photos de mes modèles préférés. Et pour mes lecteurs branchés ciné et pas du tout mode, ne vous inquiétez pas, je reviens très bientôt avec la suite du bilan 2011 (qui sera condensé niveau critiques, mois speed côté boulot oblige) et les premières critiques des films de 2012.

 

Marni pour H&M : veste en cuir verni et maille : 199€, jupe : 79,95€, chaussettes hautes : 9,95€, sandales compensées : 99€ Marni pour H&M : top en cuir 129€, col claudine à paillettes : 19,99€, pantalon : 79,95€ :

 

 

 

Marni pour H&M : top dos nu en soie 59,95€Marni pour H&M : short rose en soie 49,95€

 

 

 

Marni pour H&M : robe 79,95€Marni pour H&M : t-shirt 29,99€, col claudine à paillettes 19,99€

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien sûr, une fois mon shopping accompli, je vous ferai un petit retour sur le lancement de la collection à Lyon, histoire de savoir s'il y a eu affuence, suffisamment de stock et crêpage de chignon ou pas.

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Mode - Communauté : fashion addict
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Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 23:22

black_mamba20.jpgUne revue littéraire intrigante

Une fois n'est pas coutume, c'est d'un magazine dont je vais vous parler aujourd'hui. Edité par les éditions Céléphaïs, Black Mamba est une revue consacrée à la littérature de genre : fantastique, SF, polar et aventure. On y trouve principalement des nouvelles et bande-dessinées, mais également des dossiers thématiques s'intéressant à différents courants et auteurs et une sélection des meilleurs livres, DVD ou jeux vidéos qui sortent ces jours-ci.

Autant le dire, je ne savais pas trop à quoi m'attendre en ouvrant ce magazine. J'adore la littérature de genre, mais il faut avouer qu'il s'agit d'un vaste territoire, où l'on trouve autant des récits réservés aux enfants, aux adolescents qu'aux adultes et des publications plus ou moins exigeantes, plus ou moins grand public. Quel était donc l'approche de Black Mamba, sa ligne éditoriale, son coeur de cible ? Impossible à dire en feuilletant distraitement ce numéro : la couverture et les illustrations des histoires, toutes de styles différents, pourraient laisser penser par certains aspects qu'il s'agit d'une revue s'adressant aux adolescents, mais était-ce vraiment le cas ?

Des nouvelles variées et exigeantes

Puis, j'ai commencé à lire ce numéro et j'ai été très agréablement surprise par la qualité de l'ensemble, l'exigence des histoires publiées et des articles thématiques. Les amateurs de littérature de genre curieux de nature en auront pour leurs frais puisque le magazine offre une impressionnante palette de contenus. Toutes les nouvelles et bande-dessinées présentées sont totalement différentes les unes des autres, avec un ton et un style qui leur est propre, aussi bien en ce qui concerne l'écriture que les illustrations.

Au sujet de ces dernières, je dois néanmoins ajouter un bémol (tout personnel) : il y a pour moi un côté un petit peu trop simple et ado et je n'ai pas véritablement accroché à la plupart de ces dessins, à l'exception de ceux de l'histoire "La pension des monstres" ou "Cordes", plus sombres et adultes.

Pour le reste, difficile de trouver quoi que ce soit à reprocher à Black Mamba : on passe d'un univers à l'autre avec un plaisir toujours renouvelé et le magazine se dévore ainsi très vite. Certaines histoires font preuve d'humour, reprennent certains courants ou codes du genre éculés pour raconter quelque chose de poignant, percutant, saisissant ou tout simplement intriguant. En ce qui concerne les bandes-dessinées, j'ai tout particulièrement aimé "La pension des monstres", qui nous plonge dans une communauté de freaks évoquant le film des années 20 du même nom ou encore un épisode célèbre de la saison 2 d'X-Files (pour le frère jumeau collé à l'estomac et voulant prendre son indépendance) pour un récit aussi sombre et mélancolique qu'émouvant. Les nouvelles sont toutes très fortes et marquantes à leur manière, de sorte qu'il serait difficile d'en choisir une en particulier... Mais s'il fallait vraiment choisir (étant donné que je ne vais pas faire de commentaires sur chacune), je dirais que j'ai particulièrement apprécié la mécanique de "Concentration", poussée dans ses retranchements les plus extrêmes, le tout dans une veine noire mais teinté d'un humour sarcastique tout à fait délicieux.

Le magazine nous permet également de nous familariser avec les différents auteurs et illustrateurs, dont les crédits sont complétés par leur date de naissance, lieu de résidence, site web perso, auteurs favoris et dernières publications en date. C'est la première fois que je vois ça dans une revue et je dois dire que l'idée est excellente. Présentées de manière ludique, ces informations offrent une plus grande visibilité aux auteurs et donnent forcément envie au lecteur conquis d'en apprendre plus.

Des dossiers thématiques fouillés et instructifs

Enfin, les deux dossiers thématiques qui concluent ce numéro sont passionnants et démontrent une fois de plus toute l'exigence de Black Mamba : ce numéro 20 nous propose ainsi de partir à la découverte de la bit-lit, courant très à la mode dans la littérature jeunesse ces dernières années et souvent fort décrié pour sa superficialité et son aspect lucratif à une époque où la saga Twilight de Stephenie Meyer fait des ravages aussi bien dans les librairies qu'au cinéma. Comme beaucoup de personnes, je n'ai jamais vraiment lu ce type de littérature, irrémédiablement associée dans mon esprit à la saga sus-mentionnée et à un public adolescent dont je ne fais plus partie depuis bien longtemps. Ce dossier très fourni m'a donc permis d'apprendre plein de choses que j'ignorais, notamment le fait que ce pan de la littérature est composé de sous-genres assez variés, dont certains n'ont rien à voir avec les livres asceptisés et consensuels de certains auteurs à succès actuels. Me voici donc avec quelques idées de lecture supplémentaires pour les prochains mois...

Le deuxième dossier est quant à lui consacré au mythique auteur de BD Milton Caniff, dont j'ignorais tout et pour cause : sa bande-dessinée la plus célèbre, Terry et les pirates, n'a jamais été publiée en intégralité chez nous et seuls les fins connaisseurs du genre sont encore familiers de l'oeuvre de cet artiste qui avait autrefois 32 millions de lecteurs quotidiens. En l'espace de 9 pages passionnantes et très documentées, émaillées par une interview du directeur éditorial de Bdartist(e) (qui a entamé la publication d'une intégrale de haute qualité) et du traducteur français de Caniff, Black Mamba nous permet donc de combler ces lacunes et  de partir à la découverte de cet auteur singulier, qui devrait intéresser tous les amateurs de bande-dessinée.

Au final, la revue Black Mamba est une très belle découverte en ce début d'année, qui vaut très largement ses 7 euros pour 100 pages (sachant qu'il y a 3 numéros par an). L'exigence et la diversité de son contenu ajouté à la qualité des histoires présentées en font un véritable plaisir pour tout lecteur avide de nouvelles découvertes en matière de littérature de genre. 

Je remercie donc chaleureusement les éditions Céléphaïs et le forum Accros & Mordus de lecture pour m'avoir fait parvenir ce numéro dans le cadre d'un partenariat.   Vous pouvez commander le magazine sur le site de l'éditeur ou bien sur Amazon.

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Livres et BD - Communauté : Chronique de nos lectures
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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 14:51

confession-inachevee-marilyn-monroe.jpgLes mémoires inachevés de Marilyn

Ce recueil autobiographique de l'icône hollywoodienne ultime Marilyn Monroe a connu une histoire assez particulière : commencé en 1954 avec l'aide de Ben Hecht, il fut abandonné par l'actrice en cours de route pour "raisons personnelles" et le manuscrit fut confié à son proche collaborateur, le photographe Milton Greene. Celui-ci ne décida de faire publier ces mémoires inachevées que douze ans après la mort de l'actrice, en 1974 et le livre fut très rapidement épuisé.

Robert Laffont a eu la bonne idée de rééditer cet ouvrage en octobre 2011, nous permettant de redécouvrir cette personnalité complexe avec ses mots à elle. Le succès de Fragments, regroupant les carnets intimes de l'actrice et publié fin 2010 aux Éditions du Seuil y est sans doute pour beaucoup. D'autant plus qu'en août, nous fêterons les cinquante ans de la mort de Marilyn, icône éternelle à propos de laquelle le cinéaste Billy Wilder avait autrefois déclaré : "Il existe plus de livres sur Marilyn Monroe que sur la seconde guerre mondiale. Et il y a une certaine analogie entre les deux. C'était l'enfer, mais cela en valait la peine."

L'enfance revisitée de Norma Jeane

marilyn-monroe-1947.jpgAlors, qu'en est-il de cette confession inachevée ? Si l'on est déjà bien familier de la vie de l'actrice et que l'on a lu d'autres livres à son sujet, on n'apprendra peut-être pas grand chose de nouveau du point de vue des faits, mais on aura l'occasion de voir comment l'actrice se racontait et mettait parfois en scène certains détails de sa vie. Et c'est précisément ce point qui rendrait la lecture du livre délicate pour quelqu'un qui n'aurait jamais lu de biographie complète lui étant dédiée : Marilyn a en effet enjolivé ou altéré certaines parties de son histoire. Cela ne concerne au final qu'une poignée de détails, mais il est important de le souligner. 

Plus tôt cette année, j'ai eu l'occasion de lire The Secret Life of Marilyn Monroe de J. Randy Taraborrelli, qui est la biographie la plus complète et recherchée que j'ai lu au sujet de l'actrice jusque-là. L'auteur a rencontré toutes les personnes encore en vie qui l'ont cotôyée, comparé les différentes versions pour aboutir à une histoire moins glamour, plus tragique par certains aspects, mais aussi plus humaine. Le mensonge principal de l'actrice réside à faire passer la famille d'accueil qui s'est occupée d'elle le plus de temps, les Bolenders (qui ne sont jamais nommés), pour des personnes indifférentes qui ont fait d'elle une "enfant-servante." Or, si Ida Bolender était en effet une personne d'apparence assez froide et autoritaire, elle et son mari ont toujours eu beaucoup d'affection pour la jeune Norma Jean et ont même souhaité l'adopter définitivement lorsqu'elle était petite, avant que sa mère ne s'y oppose. C'est à ce moment-là que qu'ils durent expliquer à la fillette qu'ils n'étaient pas ses parents et qu'elle devait cesser de les appeler Papa et Maman. On lui présenta alors sa mère, schizophrène et incapable de l'élever, qu'elle avait déjà aperçu sans savoir de qui il s'agissait.

Cette seule anecdote donne une vision très différente des premières pages, où l'actrice raconte l'événement d'une toute autre manière. Par ailleurs, Marilyn restera en contact avec les Bolenders jusqu'à la fin de sa vie, il est donc évident qu'ils n'étaient pas des êtres insensibles traitant les enfants en esclaves. Lorsque l'actrice avait dépeint  sa vie en famille d'accueil comme si elle avait été Cosette dans les années 50, Ida Bolender en avait été très blessée et lui avait demandé pourquoi elle avait agi ainsi. Pour éclipser, peut-être, la maladie mentale de sa mère, qui l'effrayait au plus haut point car elle se sentait prédestinée à sombrer elle aussi dans la folie ? 

La blonde et la Machine à Rêves

Marilyn Monroe à la première de Quoi qu'il en soit, si l'on ferme les yeux sur ces petits arrangements avec la vérité, Confession inachevée vaut largement le détour, ne serait-ce que parce-que Marilyn Monroe y fait preuve d'une lucidité désarmante sur elle-même, son image et l'industrie hollywoodienne. Au travers d'elle, c'est la peinture de toute une époque qui s'esquisse en filigrane, rendant la lecture de l'ouvrage passionnante. On y suit le parcours de l'actrice jusqu'en 1953, au moment où elle s'apprête à partir pour la Corée chanter devant des milliers de soldats. Elle interrompit là son récit, de manière abrupte. On connaît bien sûr la suite : le succès phénoménal de Sept ans de réflexion ou Certains l'aiment chaud, les cours à l'Actor's Studio avec Lee Strasberg, le mariage avec Arthur Miller qui s'achève en 1961, les dépressions et abus de médicaments de plus en plus importants, la liaison (d'un seul week-end en réalité) avec le président Kennedy, la mort aussi brutale qu'entourée de mystère... Pour plus de détails sur tous ces éléments, je ne saurai que trop conseiller The Secret Life of Marilyn Monroe de J. Randy Taraborrelli (uniquement disponible en anglais actuellement), épaisse biographie ultra-documentée dont j'aurai peut-être l'occasion de vous parler ultérieurement.

A noter que cette édition de Confession inachevée est accompagnée d'une trentaine des plus belles photos de la star prises par Milton Greene et d'une préface du fils de ce dernier, qui apporte un éclairage sur leur collaboration et le contexte dans lequel les clichés ont été pris.

Confession inachevée de Marilyn Monroe (en collaboration avec Ben Hecht), préface de Joshua Greene. Editions Robert Laffont, octobre 2011. Tarif : 19,99€.

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Livres et BD - Communauté : Chronique de nos lectures
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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 11:48

 

J'avais déjà eu l'occasion de vous parler de Florence and the Machine en 2010, au moment de la sortie de son premier album Lungs . En octobre dernier, la rousse était de retour avec un deuxième opus, Ceremonials, qui a immédiatement remporté un succès phénoménal. La jeune artiste est devenue une star internationalement reconnue, ainsi qu'une icône de mode courtisée par les plus grands magazines de mode, comme en témoigne la couverture que lui a consacrée le Vogue anglais ce mois-ci.

Malgré quelques faiblesses et redites qui lui ont value d'être vivement critiquée par la presse musicale de ce côté-ci de l'Atlantique, Ceremonials confirme le talent de Florence Welsh pour confectionner des mélodies efficaces et ensorcelantes, faisant la part belle aux arrangements, choeurs et percussions. On en reparlera très bientôt à l'occasion de mon bilan musical de 2011...

En attendant, je vous propose de découvrir, si ce n'est déjà fait, le très beau clip du single "Shake It Out", qui rend un hommage appuyé à Stanley Kubrick avec ses nombreuses références à Eyes Wide Shut et Barry Lyndon.

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Musique - Communauté : webzine musical
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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 22:37

Tree-of-Life-Film.jpgMalick suscite la polémique

Un film de Terrence Malick est toujours une expérience particulière, déroutante, qui a le don de ne laisser personne indifférent. Il y a ceux que ses films sensoriels et hypnotiques endorment et ceux qui se laissent happer par la magie et la sensibilité de sa réflexion humaine et profonde sur l'homme et la nature et la quête d'un sens à la vie. Cependant, le cas est un peu particulier avec ce Tree Life, oeuvre extrême, mégalo en un sens et sans inhibitions aucune qui a laissé sur le carreau de nombreux fans du cinéaste, acquis d'avance à sa cause, mais qui n'ont pas compris cet étrange OVNI cinématographique, pourtant auréolé de la Palme d'Or au Festival de Cannes. Trop d'attente et d'espoirs fondés peut-être ?

Bien que le film développe les thèmes récurrents de Malick (l'homme, son évolution, son rapport contradictoire à la nature, la violence, la spiritualité...), les partis pris habituels du cinéaste (montage sensoriel, hypnotique, lenteur/contemplation) sont ici poussés jusque-dans leurs retranchements les plus poussés et l'histoire donne davantage d'importance au rôle du père, symbolisant l'homme et son côté cartésien ainsi que la religion au lieu de se concentrer principalement sur la nature représentée ici par la mère, personnage d'une grande douceur entretenant un rapport privilégié à la terre et à l'enfance, doté d'une spiritualité plus "animiste".

Au nom du père ?

tree of life malick pitt

Ce parti pris a donné lieu à une interprétation biaisée du film,  que je considère personnellement comme totalement erronée et, en fin de compte, très européenne, voire très française. On a en effet reproché au cinéaste un ton soi-disant moralisateur quand on ne l'a pas accusé purement et simplement de faire du prosélytisme ! Pourtant, quand on regarde le film attentivement sans tirer de jugement hâtif, on se rend compte que Malick, s'il montre de la compassion envers le père interprété par Brad Pitt, ne l'absous pas complètement ni ne se place de son côté d'un point de vue moral et spirituel. La séquence finale reprend certes une imagerie explicitement chrétienne, mais dire que la religion gagne face à la nature représente une lecture hâtive et superficielle de la séquence et du film lui-même. Il faut d'ailleurs se souvenir qu'un cinéaste subversif tel que Pasolini avait convoqué une imagerie similaire dans son Évangile selon Saint Mathieu, qui n'a rien de bien provoquant (le film a remporté le Grand Prix de l'Office catholique du cinéma à sa sortie en 1964 !), sans pour autant être accusé de retourner sa veste.

Pour ma part, j'ai plutôt perçu le film de Malick comme le récit poignant d'un homme qui s'est senti déchiré toute sa vie entre son père et sa mère, représentant chacun une vision de la vie totalement différente et qui, arrivé à une crise existentielle, cherche à faire la paix avec son éducation et avec lui-même en se repassant le film de sa vie. Il parvient en fin de compte à pardonner au père, dur et éduqué dans un climat chrétien très strict et qui a reproduit le même schéma avec ses enfants ... mais dont on ne perçoit que trop bien la fragilité refoulée, les rêves artistiques abandonnés et la frustration. Autant d'éléments qui, s'ils ne l'absolvent pas complètement du comportement très dur qu'il a pu avoir avec ses fils, permettent de mieux le comprendre.

Entre ciel et terre

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Le héros joué par Sean Penn (mais paradoxalement peu présent à l'écran) est composé de tous ces éléments contradictoires et il ne peut pas rejeter en bloc son père sans détruire une part de lui-même. Et ce paradis que l'on entrevoit à la fin n'est en fin de compte que la vision subjective et personnelle du personnage, sa manière à lui de faire la paix avec son enfance et de se reconnecter aux siens. Le père et la mère sont en harmonie à l'issue du film si l'on regarde les choses de plus près et l'imagerie chrétienne n'empêche pas un rapport de fusion avec la nature, idéalisée (mais c'est aussi le cas dans les précédents films du cinéaste) mais bien présente dans ces images de sable et d'eau où la mère étreint ses jeunes fils. Il est question de spiritualité, mais celle-ci n'est pas restreinte à la religion.

On a sans doute trop tendance, en Europe et en France en particulier, à considérer que la spiritualité est du domaine du religieux et s'y limite... Mais ce serait oublier qu'il s'agit surtout du mouvement intérieur qui pousse chacun à donner un sens à sa vie, à s'épanouir et s'accomplir en se "nourrissant de l'intérieur." Certains le font en récitant des prières ou en allant à la messe, mais d'autres vont également se ressourcer dans la nature, face aux étoiles, en méditant, lisant un livre, en créant... Malick est définitivement spirituel dans sa manière de décrire le lien qui existe entre homme et nature et sa vision animiste de celle-ci dans chacun de ses films. Il en est de même ici, à la différence qu'il confronte plus étroitement deux types de spiritualité qui semblent au départ irréconciliables... mais qui ne le sont pas tant que ça en fin de compte. Et il le fait avec nuance, sans céder au manichéisme primaire qui aurait consisté à faire du père un fou de Dieu autoritaire sans la moindre excuse qui ne serait bon qu'à châtier contrairement à l'idéal d'innocence et de beauté de Mère Nature.

Le cheminement de Tree of Life est certes tortueux, parfois difficile (les 30 premières minutes en particulier, passé ce cap on se laisse prendre avec plaisir ou on est définitivement perdu), mais ce film-monde, qui se refuse tout compromis et lorgne plus d'une fois du côté de 2001 : l'odyssée de l'espace, s'avère magnifique et bouleversant si on s'y laisse prendre. Une ode à la vie, à la terre et à la résilience.

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Cinéma - Communauté : LA DERNIERE SEANCE
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