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Cinéma

Jeudi 30 juillet 2009 4 30 /07 /Juil /2009 14:43
Comme vous l'aurez remarqué, je n'actualise pas beaucoup mon blog ces derniers temps. Je rédige en effet actuellement mon mémoire de master 2 et ai dû quelque peu délaisser la rédaction de mes articles. Pour ne pas trop interrompre mon activité cependant, j'ai décidé de publier des articles, mais moins détaillés que ceux que j'avais l'habitude d'écrire jusque-là. L'activité normale du blog devrait reprendre dès le mois de septembre. En attendant, voici ma critique de l'excellent film d'Henry Selick, Coraline, sorti le 10 juin sur les écrans.

affiche de Coraline, le dernier film de Henry Selick adapté du roman de Neil Gaiman
Un conte moderne sombre et gothique: retour en terrain connu pour Henry Selick douze ans après L'Etrange Noël de M. Jack

Une petite fille délaissée par ses parents écrivains s'ennuie ferme jusqu'au jour où elle découvre dans leur nouvelle maison une petite porte qui mène droit à une réplique de son foyer et où vivent la réplique en poupée de ses parents qui la comblent de cadeaux et d'affection. Mais le rêve semble cacher quelque chose d'autre...

Douze ans après L'Etrange Noël de M. Jack, voici donc le nouveau film d'Henry Selick (qui avait réalisé entre temps James et la pêche géante), entièrement réalisé en stop-motion (à l'exception de certains éléments en 3D) à l'aide de maquettes et figurines. Un côté artisanal qui tranche avec le tout 3D de l'animation depuis le succès des excellents films des studios Pixar, suivis des films Schrek et L'Age de glace qui ont redéfini en l'espace de quinze ans la manière de faire de l'animation et ont relégué la 2D à un rang beaucoup plus mineur (essayez de vous souvenir du dernier film mémorable d'animation en 2D américain que vous ayez vu...). La filiation avec L'Etrange Noël de M. Jack (1997) s'impose immédiatement, non seulement parce-que Selick avait réalisé ce dernier (dont le scénario était signé Tim Burton, dont le nom avait quelque peu occulté le magnifique travail de réalisation de Selick) mais aussi et surtout parce-que Coraline est un conte moderne, sombre et gothique, bien éloigné de l'univers mielleux et bien plus rassurant des films Disney, qui, avaient souvent cruellement aceptisé les contes originels dont ils s'inspiraient. Ici, l'émerveillement se mêle à l'angoisse dans ce film rudement bien mené, qui n'effrayera sans doute pas que les plus jeunes. Et autant la 1ère partie du film est idyllique pour la jeune héroïne qui voit ses moindres désirs exaucés par ces doubles fantasmés de ses parents (qui ont néanmoins des boutons de couture à la place des yeux), autant le retournement de la situation laisse très vite la place à un univers sombre et anxiogène, où l'on ne tarde pas à retrouver nos peurs d'enfants.

L'histoire de Neil Gaiman (auteur à succès des comics Sandman et du roman d'heroic fantasy Stardust entre autres), qui prend sa source dans le conte de Lewis Carroll Alice aux pays des merveilles, est particulièrement novatrice en cela qu'elle réussit à transposer la traversée du miroir de sa jeune héroïne dans un cadre moderne tout en restant hautement personnelle (les enfants d'écrivains frustrés, ça sent le vécu!), parvenant à rendre des objets aussi innofensifs que de simples poupées de chiffon particulièrement terrifiants, le tout en mêlant émerveillement et angoisse (la scène du spectacle dans le théâtre en est tout à fait représentatif). Quant à la réalisation de Henry Selick, elle est d'un brio et d'un réalisme saisissants et on oublie bien vite que les personnages ne sont que des marionnettes. L'inventivité visuelle est assez étourdissante et je pense qu'on saura enfin en attribuer tout le mérite qu'il se doit au cinéaste, étant donné que L'Etrange Noël de M. Jack était plutôt considéré comme un film de Tim Burton pour son univers gothique et effrayant. Le rythme du film lui-même est parfait et la dernière partie pourrait sans problème se mesurer à la tension des thrillers actuels, on reste tout simplement scotchés. D'ailleurs, on ne saurait trop conseiller aux parents de ne pas emmener des enfants trop jeunes voir le film: en dessous de sept-huit ans (et encore...) le film est sans doute un peu trop angoissant. Quoique, après tout, les contes dans leur forme originelle étaient racontés aux enfants, les psychanalystes ayant d'ailleurs montré que ces contes, bien qu'effrayants, étaient formateurs pour les enfants et non traumatisants. Peut-être s'agit-il là des dommages collatéraux des films Disney (que j'aime beaucoup par ailleurs), qui nous ont habitués à trop de douceur et nous font croire (ainsi qu'aux producteurs) que des films plus sombres, même dans la structure des contes, traumatiseraient nos enfants à vie ou les transformeraient en psychopathes...

Quoi qu'il en soit, Coraline est un film envoûtant et remarquable qui (avec un peu de chance) relancera peut-être l'animation en stop-motion qui montre une fois de plus qu'elle n'a pas à rougir devant les films en images de synthèse.
Par Cécile Desbrun - Publié dans : Cinéma
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Mercredi 17 juin 2009 3 17 /06 /Juin /2009 10:02

J'ai été assez occupée ces derniers temps et je n'ai pas pu mettre à jour mon blog comme je l'aurais désiré. En conséquence, je vais publier au fur et à mesure des critiques de films que j'ai vus il y a déjà un moment. Aujourd'hui: Etreintes Brisées de Pedro Almodovar, sorti il y a tout juste un mois.

affiche d'Etreintes Brisées, le dernier film d'Almodovar avec son actrice fétiche, Penelope Cruz
Reparti bredouille du Festival de Cannes, Almodovar signe un très beau film

Trois ans après Volver, Pedro Almodovar retrouve Penelope Cruz et le Festival de Cannes. Et s'il est reparti bredouille de la cérémonie, c'est un très beau film d'amour tout en flash backs qu'il nous offre. Harry Caine est un écrivain aveugle qui vit des scénarios qu'il écrit à l'aide de Diego, le fils de sa meilleure amie et ancienne directrice de production, Judit. Car quatorze ans auparavant, Harry s'appelait Mateo et travaillait en tant que réalisateur sur un film qu'il ne termina jamais. Suite à un drame impliquant une certaine Lena, il choisit de considérer Mateo comme mort et se fit appeler Harry, le nom d'un de ses personnages fictifs. Mais le fils d'un riche industriel va s'en mêler et le passé de Mateo va remonter à la surface et l'obliger à faire face.

 

Un film poignant sur le passé malgré une dimension moins lacrymale

Un instant, on serait tentés de dire qu'il s'agit d'un pur Almodovar: histoire passionnelle et un rien alambiquée, ambiance sombre et colorée à la fois, maestria visuelle... mais est-ce seulement un reproche quand on connaît la richesse de l'univers du cinéaste espagnol? D'ailleurs, si on a beaucoup dit (à raison) que le film s'inspire assez fortement du film noir, Etreintes Brisées est fort différent d'un film tel que La Mauvaise Education, film du cinéaste qui avait divisé l'opinion en raison de l'éclatement assez radical de son histoire qui, dans sa dernière partie, avait tendance à partir dans tous les sens. Ici, bien que le film soit monté en flash backs, les différents niveaux de l'intrigue sont clairs et donnent une véritable force au récit, le passé remontant par vagues successives pour submerger l'écrivain et le spectateur avec.

Certains se sont plaints du « manque d'émotion » du film, ce qui est, à mon sens, faux. Le cinéaste a certes fortement marqué les esprits ces dix dernières années avec deux films sublimes et bouleversants: Tout sur ma mère (1998) et Parle avec elle (2002) et sans doute une partie du public du cinéaste (voire de la critique) attend-elle qu'il refasse des films avec la même charge émotionnelle, laissant le spectateur sous le choc et en larmes à la fin de la projection. Cependant, reprocher aux Etreintes Brisées de ne pas avoir la même dimension émotionnelle est un faux procès dans la mesure où l'histoire est très différente de celle des deux films cités. Tandis que ces deux films étaient ouvertement des mélodrames dont le plus gros de l'intrigue dramatique se déroulait dans le présent (malgré, il est vrai, un certain poids du passé), la majeure partie de ce film est tournée vers le passé, le spectateur découvrant en même temps que Diego, le fils de Judit, l'histoire tragique de Mateo et Lena. Et, bien qu'il se présente en partie sous la forme d'un thriller, tous les enjeux du film sont orientés vers ce passé, qu'il s'agit pour Mateo/Harry d'affronter pour mieux en faire le deuil. Mateo est « mort » au début du film et la question principale est de savoir s'il se cache encore quelque part sous Harry et sera capable de faire la paix avec son histoire. C'est une histoire sombre et sereine, malgré le passé agité du héros et il n'y a, en fin de compte, pas de twist-over à la manière de Parle avec elle, La Mauvaise Education ou Volver: pas de violeur insoupçonné, pas de père incestueux ou de frère meurtrier. Le film est simplement le récit triste mais tranquille (malgré des flash backs qui ne le sont pas!) d'un homme qui doit accepter de remonter dans le passé pour affronter ses démons et retrouver sa créativité et, ultimement, terminer son film d'une manière ou d'une autre, quoi qu'il lui en coûte.  Et en cela il s'avère extrêmement poignant.

Un des meilleurs rôles de Penelope Cruz et une mise en scène inspirée

 

A cela, il faut bien entendu ajouter la présence de l'incroyable Penelope Cruz, qui doit définitivement ses meilleurs rôles à son cinéaste fétiche: innocente et manipulatrice à la fois, ambivalente et attendrissante, elle trouve, avec Tout sur ma mère et Ouvre les yeux (d'Alejandro Amenabar, 1998) un de ses meilleurs rôles. Fou d'actrices, le cinéaste n'hésite pas à mettre un film dans le film: celui, inachevé, de Mateo... avec des prises où Lena, qui veut être actrice, joue extrêmement mal! Après le défilé de noms d'actrices mythiques à la fin de Volver, Almodovar joue ainsi de dérision et ce mini-film s'avère assez hilarant sans jamais sembler hors-propos. La mise en scène du cinéaste est, une fois de plus, parfaitement maîtrisée et s'avère ici d'une rare puissance. A la mise en scène posée et tranquille des moments dans le présent s'oppose la fougue et la flamboyance de celle du passé (sans jamais, néanmoins, verser dans l'hystérie): la passion de Mateo sous la tranquillité nonchalante de Harry. La mise en scène, dans les moments les plus sombres, peut également se faire extrêmement menaçante, comme dans l'impressionnante scène dans les escaliers, dont l'image de l'affiche est issue, qui s'inspire clairement, et avec maestria, du film noir américain.   

En définitive, Etreintes Brisées est un Almodovar du meilleur cru et, si le style distinctif du cinéaste qui s'en dégage est sûrement ce qui a dissuadé le jury du festival de Cannes de lui attribuer un prix, il s'agit sans doute de son meilleur film depuis Parle avec elle en 2002. Une oeuvre passionnée et sereine à la fois d'un cinéaste toujours habité par sa foi envers la création. Une ultime preuve de son amour du cinéma et un très beau cadeau pour les spectateurs.
Par Cécile Desbrun - Publié dans : Cinéma
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Samedi 25 avril 2009 6 25 /04 /Avr /2009 23:50

Scarlett Johansson et Hugh Jackman font la paire dans Scoop, le 2ème film londonien de Woody Allen

Je viens de revoir en DVD Scoop de Woody Allen. L'occasion de glisser une petite critique de cette délicieuse comédie policière...

 

Woody Allen continue sa cure de jouvence à Londres en compagnie de Scarlett Johansson

 

Au rythme aussi soutenu que régulier d'un film par an, Woody Allen avait perdu ces dernières années selon certains une partie de sa verve et de sa force, se contentant de faire "du Woody Allen". Mais depuis la sortie en 2005 de Match Point  où il délaissait pour la première fois New York, sa ville fétiche, et le jazz  pour Londres, sa société mondaine huppée et l'opéra il s'est, de l'avis de tous (que je partage, étant une fervente adepte du film) ressourcé et réinventé. Allen avait évacué dans ce drame cynique et implacable toute marque identifiable de ses précédents films (à quelques exceptions près de traits d'humour délicieux ) pour se livrer corps et âme au service de son histoire et de personnages incarnés avec grâce et puissance par Scarlett Johansson et Jonathan Ryce-Meyers. A l'annonce de la sortie de Scoop où il retrouve Londres et Scarlett, on salivait déjà d'avance, d'autant plus que le réalisateur y retrouvait le terrain familier de la comédie policière...

 

Le résultat est à la hauteur des espérances. C'est un Woody Allen inspiré et en grande forme, tout aussi bien derrière que devant la caméra que nous retrouvons ici. Sur une trame narrative à la fois tordue et jouissive, Woody Allen tisse, à partir de ressorts somme toute assez simples (les grands classiques du genre reviennent sous forme de clichés revisités, on peut deviner l'identité du meurtrier bien avant que les personnages en soient convaincus ) une comédie aussi drôle que décalée, où les rebondissements et répliques sarcastiques fusent de toutes parts sans perdre le spectateur ni l'ennuyer... on reste scotchés jusqu'à la fin avec même un regret: ne pas être restés plus longtemps en compagnie des personnages.

 

Car la dynamique du film est construite autour de deux personnages hors normes, en décalage complet avec la société mondaine londonienne dans laquelle ils vont devoir évoluer: le magicien juif-américain Splendini (ou Sid Waterman) interprété par Allen himself et l'apprentie-journaliste un peu nunuche au sex-appeal innocent Sondra Pransky, elle aussi américaine incarnée avec beaucoup d'humour par Scarlett Johansson. Grandes lunettes, vêtements sages mais formes voluptueuses, la pauvrette a plus de facilité à se retrouver dans le lit des personnalités qu'elle doit interroger qu'à mener à bien ses interviews. Elle fait néanmoins preuve d'acharnement malgré ses facultés journalistiques assez étroites et d'un franc-parler aussi touchant que naïf... et s'impose ainsi ici comme le pendant féminin du personnage de Woody Allen, un loser magnifique qui regrette New York, peste contre les Anglais qui roulent à gauche et répète les mêmes tours de magie en s'adressant avec des formules identiques au public... et se révèle aussi étourdi qu'intenable. Le duo fonctionne parfaitement et trouve son équilibre lorsque les deux "enquêteurs" infiltrent l'entourage du séduisant aristocrate  Peter Lyman, politicien de renom suspecté par Joe Strombel ( grand reporter assassiné qui apparaît sous la forme de fantôme à Sondra dans la boîte magique de Splendini) d'être le Tueur Aux Tarots recherché par la police et qui s'en prend aux prostituées brunes aux cheveux courts. Le vieux magicien et la jeune journaliste se faisant passer pour père et fille, tout droit sortis d'une grande famille de l'industrie pétrolière. Le cinéaste joue alors sur les décalages entre les deux gentils marginaux américains et la société aristocratique de Londres dans laquelle ils doivent se fondre, faisant ainsi écho à Match Point, mais de manière décalée et humoristique. Les blagues juives sarcastiques de Allen reviennent avec grande inspiration lorsque Allen lance un hilarant: "Je suis Juif mais je me suis converti au narcissime" à une femme qui lui demande de quelle confession il est, et le cinéaste se moque aussi gentiment des Anglais en apportant de somptueuses touches d'humour britannique (tourné en dérision) dans la bouche de son personnage.

 

L'enquête policière est elle aussi traitée de manière décalée et humoristique. Les tenants et aboutissants sont assez simples, l'identité du meurtrier supposé est révélée dès le départ, le suspense majeur demeurant: quand Sondra s'en rendra-t-elle compte et va-t-elle succomber (dans tous les sens du terme) au charme ravageur de son suspect? Mais les chemins empruntés par Allen pour parvenir au dénouement et les menus détails de l'intrigue sont délicieusement tordus, le cinéaste s'amusant à reprendre et détourner tous les clichés du genre de la balade en barque (qui rappelle celle de Monsieur Verdoux de Chaplin), en passant par les alibis bidons et les motifs pseudo-freudiens, la découverte successive des pièces à conviction sans oublier l'incontournable scène de "sauvetage finale". Woody Allen ne nous épargne rien mais réussit toujours à tenir le spectateur en haleine, en faisant preuve d'imagination et d'un humour féroce mais surtout, il ne trompe jamais le spectateur en lui faisant croire au sérieux de l'intrigue policière... Enfin, Woody Allen fait également ici référence avec humour au Septième Sceau d'Ingmar Bergman, son modèle absolu, dans sa représentation de la Mort et fait quelques clins d'oeil au cinéma fantastique avec les apparitions de l'ectoplasme de Joe Strombel.

 

Bref, en quelques mots, Scoop est un film drôle et intelligent, tout à fait jouissif qui détourne la comédie policière avec humour. Vous pourrez en outre y découvrir Scarlett Johansson bien loin de ses précédents rôles dramatiques. Avec le charme naïf et sensuel d'une Marylin qui serait la fille spirituelle de Woody Allen, elle prouve qu'elle possède un réel talent pour la comédie et une belle aptitude à s'adapter aux univers de cinéastes très différents.

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Cinéma
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Samedi 18 avril 2009 6 18 /04 /Avr /2009 11:58
affiche du film Twilight, chapitre 1 - Fascination
Il y a déjà un bon moment, j'ai vu au cinéma le 1er volet de la saga dont tout le monde parle en ce moment: Twilight: chapitre 1 - Fascination. A l'heure où le 2ème volet ne devrait pas tarder à sortir et où le tournage du 3ème devrait commencer d'un moment à l'autre pour une sortie prévue en 2010, j'ai donc trouvé intéressant de publier cette critique. En ce qui concerne ce 1er volet, si on est bien face à un phénomène de mode on est très loin d'un phénomène de société ou d'un très bon film. Je m'en explique...

 

Twilight: une saga vampirique déjà culte


Bénéficiant d'un battage médiatique énorme depuis sa sortie aux Etats-Unis en novembre dernier, le film de Catherine Hardwicke, Twilight, chapitre 1 - Fascination, adapté du premier tome de la saga best-seller du même nom de Stephanie Meyer, aura attiré l'attention de tous. Pas un journal, du plus frivole au plus sérieux, qui n'ait abordé ou critiqué (favorablement ou non) ce film déjà labellisé « phénomène » voire « concurrent potentiel de Harry Potter ». Etonnant pour un film dont la cible de coeur est un public adolescent, mêlant troubles de l'adolescence et vampires?

Sur les traces de Buffy?


Ce serait oublier que, il y a maintenant douze ans de cela, un certain Joss Whedon venait lui aussi redonner un peu de sang frais au mythe vampirique et surtout aux séries télévisées dont les héros sont des lycéens, avec tous les problèmes et doutes existentiels que cela suppose. Délaissant les clichés attendus (ou du moins les reprenant pour mieux les détourner et les faire voler méchamment en éclat) et la dose de moralisme niais qui est malheureusement souvent de rigueur dans les séries pour « jeunes », le créateur de Buffy contre les vampires (1997-2003) a réussi à créer sur sept ans un univers dense empruntant aussi bien au fantastique qu'à la science-fiction et aux comics, aux références et influences très bien digérées, livrant une vision personnelle et même transgressive du passage à l'âge adulte, rendant la vision de la série de plus en plus riche et passionnante saison après saison. Comme quoi on peut réussir une oeuvre intelligente et distrayante à la fois à partir d'éléments aussi improbables que la rencontre entre des adolescents armés de pieux en bois et tout le bestiaire de la littérature et du cinéma fantastique et horrifique. Bien que la série, en raison de son titre et de son image adolescente, soit largement mésestimée par le public adulte (en écartant les mordus de science-fiction et de comics), on ne peut nier son impact sur la culture populaire: outre le fait qu'elle ait permis l'existence de séries telles que Charmed, Smallville ou même  Alias, elle a également donné lieu à une série d'une quinzaine d'essais universitaires en tous genre (filmiques, culturels, mais également socio-culturels) non-publiés en France, des cours universitaires aux Etats-Unis, en Australie, Nouvelle-Zélande et même au Royaume-Uni! En outre, elle est soutenue par de nombreux intellectuels et critiques anglo-saxons.

Si je m'étend aussi longuement sur la série de Whedon, c'est à la fois pour souligner le potentiel que recelait Twilight malgré tous les à priori qu'on peut avoir sur ce type de sujet et la profonde déception générée par la vision de son adaptation cinématographique. N'ayant pas lu un traître mot des quelques 2500 pages que comptent les quatre tomes de la saga de Meyer, nous jugerons donc le film en tant que tel, sans commentaires de type « ils ont oublié/changé le passage où... ».

Rendez-vous manqué au clair de lune... Edward et Bella, le couple romantique de la saga Twilight


Ce qui est décevant, en premier lieu, c'est qu'on sent bien, en sortant de la salle, que Twilight aurait très bien pu être, si ce n'est un chef d'oeuvre du genre, au moins un film prenant et bien construit. Tout n'est pas mauvais et raté dans le film de Hardwicke et le début intrigue. En effet, alors qu'habituellement les vampires sont des créatures de la nuit épidermiquement allergiques au soleil qui a la faculté de les réduire en cendres, ici, ils sortent en plein jour (à condition, quand même, de ne pas trop s'exposer s'ils ne veulent pas que leur peau devienne limite phosphorescente)  se mêlent aux vivants: ils sont lycéens, médecins... et ressemblent en tous points aux êtres humains qu'ils côtoient. Une autre bonne idée du film est d'ailleurs la belle photographie sombre  ( l'action se situe dans un décor sombre et humide rempli de brouillard et de forêt) qui donne un air particulièrement blafard à la majorité de ses protagonistes, à commencer par son héroïne (humaine), si bien qu'on ne sait pas tellement, au début, qui est vivant ou non. Dans ce petit bled paumé où il pleut tout le temps et où rien d'intéressant ne se passe en apparence, la jeune héroïne Bella (La Belle et la Bête, Bela Lugosi?) s'ennuie à mourir entre un père shérif gentil mais assez absent et casanier et des camarades de classe trop superficiels. Elle se sent différente et cherche quelque chose de plus fort. Elle le trouve assez vite lorsque son regard croise celui fort pénétrant de Edward, beau gosse branché et torturé qui reste tout le temps avec ses frères et soeurs, eux aussi beaux et branchés, tous considérés comme marginaux au lycée car ils ne sont pas bien bavards et que de vieilles légendes indiennes (relayées par un camarade de classe indien et son père) planent au-dessus de leur famille. C'est là que les choses commencent à déraper.

Passons outre le coup des légendes (conventionnelles mais bon, va encore...) et outre l'apparence top-models hype des vampires (après tout, Edward révèlera à Bella qu'il est dans la nature des vampires d'être surnaturellement beaux et séduisants pour mieux attirer leurs proies). La première chose « qui tue » surtout, c'est que, afin que le spectateur comprenne bien la nature de l'attirance qui unit les héros, qui n'est pas uniquement sentimentale mais bel et bien animale et charnelle, la réalisatrice s'empresse d'enchaîner des gros plans visage de l'un et l'autre se dévorant des yeux, trente secondes environ après l'apparition du vampire. Et ces plans ne sont pas franchement d'une grande subtilité: à chaque fois qu'elle tourne ses yeux vers Edward, Bella (interprétée par Kristen Stewart qui, du reste, s'en sort plutôt bien) entrouvre les lèvres, laissant apparaître ses dents et sa langue, et donne l'impression (sans aucune exagération mesquine) d'avoir des orgasmes étouffés à répétition. Idem pour lui, sauf qu'il n'ouvre pas la bouche mais que l'accent est mis sur son regard très pénétrant à l'éclat changeant. Dès le départ, Hardwicke ne prend même pas le temps de laisser l'alchimie entre les deux acteurs opérer (500 pages d'intrigue à faire tenir dans 2h de film, dira-t-on?) qu'elle tue déjà toute la crédibilité de leur histoire d'amour en tournant leur attirance mutuelle en ridicule. Buffy contre les vampires, au travers de l'histoire d'amour impossible, tragique et tourmentée entre  Buffy et le vampire Angel, torturé par le souvenir de ses crimes passés, avait fait bien mieux (sur  plusieurs saisons et bien plus d'heures il est vrai, mais...).

Il va pleuvoir, les vampires volent bas dans Twilight... Gros budget mais effets spéciaux cheap


Deuxième élément négatif, et pas des moindres: les effets dits spéciaux. Le film prend le parti (c'était sans doute le cas des romans) de toujours montrer les vampires sous une apparence humaine, même lorsqu'ils deviennent agressifs. Soit. Mais le  problème, c'est que des grognements de chien prêt à attaquer émanant d'une personne à l'apparence humaine associé à la phosphorescence translucide du regard comme signe de tout changement « physique » dans le jeu des acteurs, c'est quand même un peu limite et prête plus à sourire. La terreur inspirée par Tom Cruise incarnant Lestat dans Entretien avec un vampire est bien loin. Mais, s'il ne s'agissait que de ça... Ce qu'il y a vraiment de plus choquant, ce sont les scènes d' « action » et les vols planés des vampires, parce-que oui, l'autre parti pris, c'est que les vampires de Twilight ont le pouvoir de voler dans les airs à volonté. Soit. C'est un élément présent et récurrent dans les légendes de vampires. De plus, au cinéma, on a eu tout le loisir d'améliorer les effets spéciaux pour montrer des personnages voler sans trop de ridicule: Superman, Spiderman, Harry Potter, Tigre et Dragons... Mais visiblement tout le budget du film a dû passer dans les droits de l'adaptation de la saga, la promotion du film et la photographie (très réussie) car le résultat est purement et simplement ridicule et Hardwicke n'est pas suffisamment à l'aise avec la composition et l'enchaînement des plans pour rattraper de manière futée cette restriction budgétaire. C'est d'autant plus regrettable et incompréhensible qu'une série comme Buffy, qui lors de ses premières années de diffusion ne disposait à peine que du moitié du budget d'un épisode de X-Files (et sans doute bien moins encore lors de la première saison) avait su tirer parti de ces restrictions: 1/avec un second degré et un côté pastiche assumé pour une partie des scènes d'action 2/avec une mise en scène et des cadrages intelligents fortement aidés par des cascadeurs impressionnants et une chorégraphie elle aussi réussie rappelant les films de Hong Kong. Résultat: Buffy peu faire autant de sauts périlleux et saltos arrière insensés, monter en haut d'une tour de 200 mètres en courant ou sauter du haut d'un ravin, on y croit et on ne sourcille même pas!

C'est d'autant plus malheureux pour la réalisatrice qu'on a du coup envie de rire à chaque fois que se présente une scène à la tension dramatique potentiellement intense. Le spectateur ne peut que sortir de l'histoire et faire la grimace lorsque le héros se retrouve projeté contre un mur de manière syncopée et très maladroitement cadrée parce-qu'il est trop excité par l'odeur et la peau de Bella lors de la scène la plus « torride » du film. Le même effet syncopé est appliqué à chaque plan où un vampire se montre agressif ou vole. Les acteurs ne font rien de particulier, mais l'effet utilisé maintes fois dans La colline a des yeux d'Alexandre Aja est appliqué à l'image (effet de ralenti et d'accéléré simultané), suivi de très près par une voire plusieurs coupes de plan successives pour signifier l'action. Les moments de vol sont toujours très brefs pour que le spectateur ne s'aperçoive pas de la supercherie... mais les seules images de vol, peu importe leur brièveté, sont à mourir de honte pour les techniciens des effets spéciaux et déclenchent des rires (pas toujours étouffés) dans la salle. Les fonds ne sont absolument pas transparents, les mouvements de caméra pas fluides du tout... La vision du film devient, pour cette seule raison, gênante. 

Une "réactualisation" du mythe vampirique peu convaincante


 L'histoire en elle-même tient la route mais ne s'avère pas d'une grande originalité par rapport à la littérature fantastique et, justement... Buffy. Car il est dur de ne pas penser à la dite histoire Buffy/Angel qui a rythmé les trois premières saisons de la série en voyant Twilight; le premier tome de la saga est d'ailleurs sorti en librairie bien après le début des aventures de Buffy et ses amis. Certes, Whedon lui-même a utilisé de nombreuses sources auxquelles il ne s'est jamais caché de faire référence et la dimension érotique et explicitement sexuelle est au coeur même du mythe des vampires, les suceurs de sang servant de parabole (dissuasive et moralisatrice au Moyen Age) aux peurs les plus profondes ancrées dans notre inconscient, en premier lieu desquelles la mort et la sexualité. Mais les nombreux et différents auteurs qui se sont par la suite approprié le mythe (qu'il s'agisse de Bram Stocker ou pour prendre des exemples plus récents, d'Ann Rice et Joss Whedon) ont bien su le digérer et l'adapter à leur époque et surtout à leur vision personnelle, apportant réellement quelque chose de neuf à un sujet classique s'il en est. Ici, les références sautent aux yeux (Edward c'est à la fois Louis de Entretien avec un vampire et Angel de Buffy réunis, avec une petite touche de Edward aux mains d'argent et Bella une Mina ou une Buffy sans ses pouvoirs) mais, si l'ensemble est digeste, manque la vision personnelle, l'originalité qui transcende le tout et fait qu'on est captivé peu importe l'énormité de l'histoire. Malgré l'amour fou des personnages (qui passe donc par le regard et des déclarations type: « Comment pourrais-je faire autrement que veiller sur toi? » ou encore « Je ne suis rien sans toi »), l'intrigue est toujours tiède et assez molle bien que le film se laisse regarder. L'attirance sexuelle des personnages n'est jamais explorée de manière plus subtile, les petites touches d'humour sympas et bienvenues lors des présentations particulières à la famille sont trop brèves et jamais vraiment assumées (dommage...), le suspense est assez limité, la fin prévisible... Bref, à force de ne pas oser faire de vrais choix, l'approche de Hardwicke tue le potentiel tragique de l'histoire, dont ne ressort jamais vraiment, au final, la moindre émotion. Dommage, donc. On aurait tellement aimé pouvoir vibrer une nouvelle fois devant un film de vampires.

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Cinéma
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