Jeudi 24 mars 2011 4 24 /03 /Mars /2011 20:23

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Un polar d'action musclé

J'ai eu la chance de pouvoir assister à une projection du nouveau film d'Eric Valette, La Proie, qui sortira sur nos écrans le 13 avril prochain. Dans ce cinquième long-métrage (le troisième chez nous puisqu'il a réalisé deux petits films de commande aux Etats-Unis en 2008 et 2010), le réalisateur, adepte de cinéma de genre, nous plonge dans l'univers du film d'action noir à l'américaine, sur lequel il ne s'était pas encore penché, bien que la scène finale d'Une affaire d'état  (2009) laissait déjà présager qu'il était à même de donner toute son ampleur à ce type de projet.

Décrit dans le dossier de presse comme un polar d'action noir dans la veine du Fugitif d'Andrew Davis (1993), La Proie évoque en effet ce classique par ses scènes d'action assez hallucinantes, plutôt rares, il faut bien l'avouer, dans le cinéma français qui joue assez peu de l'hyperbole propre aux blockbusters US.

Dans ce qui restera comme une scène-phare du film, nous voyons par exemple le héros, Adrien, passer à travers une vitre, tomber d'une dizaine de mètres sur le capot d'un fourgon avant de courir à toute allure pour effectuer un impressionnant slalom entre les voitures sur l'autoroute pour semer la flic qui le pourchasse... pour finalement, après quelques sauts périlleux, atterrir sur un train en marche ! Malgré cet aspect complètement surréaliste, la maîtrise et l'intensité de la mise en scène ainsi que le jeu physique et très brut d'Albert Dupontel confèrent  un aspect assez réaliste à ces scènes.

Un équilibre tendu

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De même, bien qu'il s'agisse d'un thriller flamboyant plutôt grand public, certaines scènes surprennent par leur brutalité, comme celle qui permettra au héros, incarcéré suite à un braquage, de s'évader. La tension est constamment présente dans La Proie, non seulement par le rythme très enlevé du film de manière globale, mais également par la prestance des acteurs principaux.

Le héros incarné par Albert Dupontel, Adrien est en effet un "héros noir" comme aime le souligner Eric Valette, un braqueur solide et taciturne, bon gars dans l'âme mais qui poursuit son but avec détermination, même si pour cela il doit s'opposer aux forces de l'ordre. Il n'est certes pas aussi ambigu que les anti-héros du film noir classique américain puisque ses motivations pour s'évader sont nobles (sauver sa famille d'un  tueur en série agissant en toute impunité), mais ce profil criminel apporte une dimension supplémentaire au personnage, qui n'est pas blanc comme neige. Cela s'en ressent dans l'interprétation d'Albert Dupontel : si Adrien fait profil bas la plupart du temps, on sent couver en lui une énergie brute et sauvage prête à jaillir à tout moment.

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Le tueur en série incarné par Stéphane Debac  et sa compagne (Natacha Régnier) insufflent également une noirceur qui apporte au film une densité différente de celle d'un simple film d'action mené tambours battants. Insoupçonnables au départ (bien que leur véritable nature soit révélée assez tôt), le couple Maurel est effrayant par leur apparente normalité de trentenaires vieux jeu, renforcée par nombre de scènes quotidiennes où on peut les voir au supermarché, à un barbecue chez des amis... La manière dont ils accostent les futures victimes du tueur, au volant de leur voiture, rappellera bien évidemment le couple Fourniret.

Le face à face entre Adrien et Jean-Louis Maurel, son ex co-détenu, est intéressant par la manière dont l'équilibre entre les deux bascule passé l'introduction en prison. Maurel, ce type pieux, ennuyeux et craintif, qui fait tâche en cellule à côté des braqueurs et criminels à gros bras, se révèle être un monstre, permettant à Adrien d'être dans la peau du type normal.

Divertissant et audacieux

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La partie policière du film, menée par une Alice Taglioni surprenante dans le rôle d'une commissaire aguerrie traquant Adrien, est également très réussie, même si les rapports entre Claire et son supérieur (Zinedine Soualem), trop superficiels, auraient gagné à être plus approfondis. Si les trois protagonistes principaux ont très peu de scènes ensemble, il y a une véritable harmonie qui se dégage et la mayonnaise prend très vite.

Au final, La Proie surprend et emballe par sa maîtrise et ses partis pris francs. S'il est d'une facture classique par son intrigue, ce qui lui vaudra sans doute pas mal de reproches de certains critiques, le film d'Eric Valette convainc d'un bout à l'autre et s'offre au passage des scènes d'action d'une belle audace. Ni pur film d'auteur ni film d'action bourrin, il divertit et tient en haleine du début à la fin et nous fait, mine de rien, voyager dans des décors singuliers pour un thriller : les Alpes-Maritimes, de petits villages et lotissements lambdas, des zones industrielles... prouvant que ces lieux à priori anti-romanesques (contrairement aux grands espaces américains) peuvent constituer un terrain de jeu idéal à des films de grande ampleur.     

A lire également : mon interview avec Eric Valette

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Cinéma - Communauté : LA DERNIERE SEANCE
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