Lundi 7 février 2011 1 07 /02 /Fév /2011 19:53

poupoupidou_affiche.jpgLes comédies françaises et moi

Rares sont les comédies françaises actuelles qui excitent ma curiosité. Entre des acteurs suremployés, des intrigues convenues et une réalisation plate, la plupart des grosses comédies me laissent indifférente et il suffit parfois de voir la bande-annonce (Il reste du jambon ? pour ne prendre qu'un seul exemple) pour prendre la mesure de la catastrophe. On est aujourd'hui bien loin de l'époque des Valseuses, des Bronzés (pas le 3, of course) ou de Coup de tête, pour prendre des exemples variés, où il était possible de trouver des acteurs géniaux, des répliques hilarantes et une intrigue aussi enthousiasmante qu'irrévérencieuse.

Nous avons certes François Ozon et quelques réalisateurs inspirés pour relever le niveau (oui, il y a quand même de très bons films français chaque année) mais lorsqu'on voit se succéder les Camping, Disco et autres comédies lourdingues avec des affiches hideuses et quasi-identiques, il y a de quoi se poser de sérieuses questions. Les producteurs sont-ils frileux et cyniques à ce point pour ne pas oser proposer des films qui sortent un temps soit peu de l'ordinaire ?

Une excellente surprise

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Heureusement, en ce début d'année, il y a Poupoupidou de Gérald Hustache-Mathieu pour nous redonner un peu espoir. Cette comédie policière sur la mort suspecte d'une Marilyn Monroe version franchouillarde dans un trou paumé du Jura est une excellente surprise qui prouve qu'on peut faire un très bon film, avec une esthétique un peu recherchée (si si) sans avoir énormément de moyens.

David Rousseau (Jean-Paul Rouve) est un auteur de polars à succès aux titres improbables qui cherche l'inspiration pour écrire une oeuvre qui fera de lui un écrivain de la trempe d'un James Ellroy, modèle américain inaccessible. De passage à Mouthe (la ville la plus froide de France) suite au décès de son grand-père, il décide de s'isoler dans une chambre d'hôtel pour travailler loin des pressions de son éditeur. C'est à ce moment qu'il apprend aux infos la mort prématurée de Candice Lecoeur (Sophie Quinton), sex-symbol local et miss météo, retrouvée dans la neige bourrée de médicaments. Un suicide pour la police. Sauf que la jeune femme a été retrouvée dans une sorte de no man's land, qui empêche toute investigation plus avancée. Simple coïncidence ? David Rousseau n'y croit pas et décide de mener l'enquête, qui alimentera la matière de son roman.

Un rêve d'Amérique made in Mouthe

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Ce qui est immédiatement enthousiasmant et touchant à la fois dans Poupoupidou, c'est cette obsession des personnages pour l'Amérique et ses mythes, dont ils rêvent pour échapper à une triste réalité. Le personnage de Jean-Paul Rouve se fantasme en James Ellroy, Candice Lecoeur en Marilyn Monroe, un jeune policier s'entraîne pour rentrer dans la police canadienne et potasse les méthodes du F.BI. tandis qu'un député régional et son frangin se prennent pour John et Bobby Kennedy. La manière même de Gérald Hustache-Mathieu de nous montrer Mouthe, petite ville continuellement ensevelie sous la neige, pleine de forêts et de cafés paumés, évoque immédiatement l'univers de Fargo des frères Coen ou de Twin Peaks, la série de David Lynch et Mark Frost. Des oeuvres typiquement américaines jouant habilement avec les codes du mythe américain tel qu'il est véhiculé dans les films et séries. Le résultat est à la fois très convaincant (l'esthétique du film est très réussie) et source de nombreux gags, le côté bien franchouillard étant continuellement présent. 

Marilyn Monroe et David Lynch

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Le film, multi-référencé, est ainsi un vrai plaisir de cinéphile. Gérald Hustache-Mathieu ne se contente pas d'aligner les clins d'oeil, il les intègre de manière habile à l'intrigue, de manière à l'étoffer et l'enrichir. Cela lui permet également de créer un décalage, de provoquer le rire ou l'émotion. Ainsi, vous apprécierez d'autant plus Poupoupidou si vous êtes familier des films dans lesquels a tourné Marilyn Monroe (Les Désaxés, notamment) et, surtout, si vous connaissez bien l'oeuvre de David Lynch. Les clins d'oeil à Twin Peaks, Lost Highway ou Mulholland Drive sont en effet tellement nombreux qu'il serait très difficile de les énumérer de manière exhaustive.

Les plus marquants sont ceux qui font immédiatement de Candice Lecoeur une version française de Laura Palmer, blonde défunte dont le sublime cadavre est retrouvé dans le pilote de la série culte de Lynch. Le parallèle est poussé jusqu'à reproduire en partie la réalisation et les cadrages de cette scène fondatrice : le gros plan sur le visage de la morte, dévoilé par un geste de la main (le plastique soulevé dans TP, la neige retirée ici), une chevelure blonde humide dépassant de la bache qui recouvre le corps... Il y a aussi le dérèglement des néons dans l'ascenseur qui conduit Rousseau à la morgue, le vent dans les sapins, la chanson "Song to the Siren" (titre-phare de Lost Highway), le prénom Betty ... 

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Cette multiplicité de références lynchiennes ne surprend pas dans un film tournant autour d'un alter-ego de Marilyn Monroe : le cinéaste avait tout d'abord pensé adapter un roman fantasmé sur la vie de l'actrice avant d'imaginer l'univers de Twin Peaks. Il n'a d'ailleurs jamais caché que sa Laura Palmer était une version juvénile de l'icône hollywoodienne. Les termes qu'il utilise pour décrire son héroïne ("radieuse à l'extérieur, mourante à l'intérieur") pourraient d'ailleurs facilement s'appliquer à l'actrice de Certains l'aiment chaud.

Comme Dale Cooper dans la série de Lynch, David Rousseau rencontre les proches de Candice, interroge sa psy, lit ses journaux intimes et reconstitue peu à peu la vie de la jeune femme. Altérant scènes d'investigation et flash-backs, Poupoupidou donne ainsi corps à la disparue, qui s'adresse également à nous en voix-off et hante l'écrivain au point de donner lieu à des passages complètement fantasmés.

Des acteurs inspirés

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Sophie Quinton, tour à tour vive, légère et mélancolique s'en sort à merveille dans le rôle de Candice et en fait un personnage convaincant et touchant plutôt qu'un simple sosie bas de gamme de Marilyn Monroe. La voir rejouer les différentes étapes de la vie et la carrière de l'actrice (de ses premières séances photos, lorsqu'elle était encore brune à sa fin tragique et voilée de mystère),  est ainsi tout à fait jubilatoire.

Qu'elle fasse rebondir une balle sur une raquette (comme le personnage de Marilyn dans Les Désaxés), présente le bulletin météo en tenue légère ou se révolte contre un amant indélicat, l'actrice rayonne et apporte un charisme certain au personnage, qui n'est jamais rabaissé, même lorsque son entourage la traite en femme-objet. La scène du tournage de la pub pour le fromage est d'autant plus hilarante que Candice ne se sent paradoxalement pas humilée et conserve toute sa dignité. Voir ensuite Jean-Paul Rouve acheter des boîtes collector de la Belle du Jura de différentes couleurs style Andy Warhol et déguster le fromage de manière religieuse renforce l'effet comique. 

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L'acteur est lui aussi très bon dans le rôle de David Rousseau, écrivain plein de bonne volonté mais un peu à côté de la plaque qui se rêve en détective et auteur de renom. Pas discret du tout pour ce qui est de se faufiler sur la scène de crime ou chez la disparue, il donne à son personnage un côté maladroit et touchant. Très loin de l'instinct quasi-surnaturel du détective Dale Cooper de Twin Peaks, cet humble amateur fait néanmoins preuve d' intelligence et de bon sens dans son enquête, jalonnée d'obstacles divers.

Au final, Gérald Hustache-Mathieu réussit avec Poupoupidou un film ambitieux, bien réalisé et mélangeant allègrement les genres. Imprégné de la culture cinéphile américaine tout en conservant un côté franchouillard bien de chez nous (qu'il tourne en dérision avec jubilation), son film parvient à nous scotcher alors même qu'il joue avec une intrigue et des personnages archi-connus, ne tombant jamais dans le piège de la citation gratuite. Des qualités qui sont celles de bon nombre de grands films américains. S'il n'est pas non plus question de crier au chef-d'oeuvre, ces caractéristiques sont suffisamment singulières, de ce côté de l'Atlantique, pour être soulignées et applaudies. Je ne sais pas si j'irai voir beaucoup de comédies françaises cette année, en tout cas, Poupoupidou est une excellente surprise qui permet de commencer l'année en beauté et qui devrait se détacher du lot.

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Cinéma - Communauté : Cinéma et culture alternative
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