Vendredi 4 mars 2011 5 04 /03 /Mars /2011 21:38

Never Let Me Go venant tout juste de sortir en salles, je me suis dit que c'était l'occasion de revenir sur la carrière de clippeur surdoué de Mark Romanek. Petite sélection perso parmi les nombreuses pépites du réalisateur. Tous les clips présentés sont disponibles dans l'excellent DVD  The Work of Director Mark Romanek, avec tous pleins de bonus, commentaires audio, etc.

1. Johnny Cash - "Hurt"

Simple et épuré, très différent des autres vidéos de Romanek, "Hurt" est sans aucun doute le plus fort, celui qui mettra émotionnellement K.O. même le plus endurci des spectateurs. Cette reprise de Nine Inch Nails par Johnny Cash est déjà suffisamment forte en elle-même mais le réalisateur a su l'illustrer admirablement et la faire entrer en résonnance avec la vie et l'oeuvre du mythique chanteur.

Cash est déjà très malade au moment du tournage (sa femme June Carter mourra un an plus tard et il la suivra quatre mois plus tard), Romanek doit donc le filmer dans sa maison-musée. En plus des plans où il joue et chante dans le salon, le réalisateur a l'idée d'insérer des extraits d'archives retraçant toute sa carrière. Le résultat est tout simplement bouleversant avec un montage d'une grande sensibilité et d'une rare perfection. Plus qu'un résumé de quatre minutes de la vie de Johnny Cash, le clip fait office de testament et de confession poignante. Éprouvant (de nombreux artistes qui étaient amis avec le chanteur ont confié qu'ils ne pouvaient pas revoir le clip) mais tellement beau. 

2. Nine Inch Nails - "Closer"

Encore une fois un clip unique, à l'imagerie très sombre, particulière. En raison de la nudité du mannequin présent dans le clip, du singe sur la croix, des diverses images à caractère sexuel et de l'ambiance glauque de l'ensemble, le clip fut censuré. Seule une version edit était diffusée sur MTV et VH1 aux Etats-Unis et je doute que le clip soit passé en France, sauf peut-être au milieu de la nuit. 

Bourré de références picturales brillamment utilisées (à l'artiste Joel-Peter Witkin plus particulièrement mais aussi aux frères Quay), "Closer" apparaît comme un clip aussi fascinant que ludique. Le collègue clippeur de Mark Romanek, Tarsem Singh, s'en est visiblement inspiré pour son premier long, The Cell (2000) : lorsque Jennifer Lopez se retrouve dans l'esprit du tueur schizophrène, certains passages reprennent de manière assez explicite l'imagerie du clip. 

A noter que la vidéo a gagné une telle renommée artistique que le Museum of Modern Art de New York l'a ajouté à sa collection permanente en compagnie de son "Bedtime Story" pour Madonna.

3. Madonna - "Bedtime Story"

Avec son design mi-futuriste mi-zen, le travail sur les couleurs, les coiffures, les vêtements et la poésie qui s'en dégage, ce clip de la Madone est d'une modernité et d'une maestria technique époustouflante. Très avant-gardiste pour 1994, "Bedtime Story" semblerait plutôt tout droit sorti des années 2000 et aura une influence certaine sur de nombreux clips.

               

4. Nine Inch Nails - "The Perfect Drug"

Second clip réalisé par Mark Romanek pour Nine Inch Nails, "The Perfect Drug" impressionne par son imagerie sombre et déjantée et son esthétique travaillée. On remarquera là encore un gros travail sur les couleurs, les coiffures des mannequins asiatiques, les textures...

5. Red Hot Chili Peppers - "Can't Stop"

Un des clips les plus drôles et mémorables du début des années 2000. Mark Romanek filme un Anthony Kiedis déchaîné qui s'en donne à coeur joie pour grimacer et sauter de partout dans un décor épuré et changeant. Jeu sur les formes (un énorme tuyau, un ballon, un mur de briques, des poubelles, etc.) et sur les couleurs (rouge, jaune fluo, orange, violet...) il s'agit d'une vidéo très stylisée qui témoigne encore une fois de la mastria visuelle de Romanek. Par ailleurs, un panneau à la fin indique que le réalisateur s'est inspiré des "one-minute sculptures" de l'artiste d'art contemporain Erwin Wurm.

6. David Bowie - "Jump They Say"

Mark Romanek signe ce clip rétro-futuriste, toujours très impressionnant visuellement, pour le titre de Bowie, mélange de rock et de jazz. Pas mal de références là encore, la plus notable étant celle à La Jetée de Chris Marker (1962).

7. Mick Jagger - "God Gave Me Everything"

Avec ses 3mn30 d'images filmées à la Snorricam, ce clip donne le tournis ! Cette caméra équipée d'un harnais pour tracter un acteur, produisant un effet saccadé particulier, a été utilisée pour la première fois dans Mean Streets (1973) mais a surtout été popularisée par Requiem for a Dream (2000). Ici, nous suivons Jagger, un homme et une femme dans un supermarché, une boîte de nuit ou encore des abattoirs (clin d'oeil à Francis Bacon).

8. Fiona Apple - "Criminal"

Excellent clip fortement inspiré dans l'esprit du Kids de Larry Clark (1996) sorti un an auparavant, "Criminal" aura malheureusement été l'objet d'une polémique qui a vu les médias US s'attaquer violemment à la jeune Fiona Apple, même pas 20 ans à l'époque et d'une timidité maladive. La raison? La chanteuse se trimballe en sous-vêtements pendant la majeure partie de la vidéo et apparaît bien mince, trop de l'avis de nombreux observateurs qui ni une, ni deux, la rendent responsable de l'anorexie des adolescentes au même titre que Kate Moss, qui s'en prend plein la gueule à l'époque.

Fiona est pourtant loin de faire peur comme certains mannequins. La véritable raison de ces critiques virulentes tiendrait plutôt à l'atmosphère d'orgie et de dépravation sexuelle qui règne dans le clip (Fiona sur le canapé la tête à proximité de l'entrejambe d'un homme sans visage, Fiona dans la baignoire, au sauna en bonne compagnie, au lit, dans la limo...), bien qu'on ne voit strictement rien.

La minceur de la jeune femme, son air blafard dû à l'éclairage particulier choisi par Mark Romanek (comme si elle était braquée par le flash d'un appareil photo) évoque sans doute pour les médias l'esthétique de l'heroin chic, apparue en 1993 lorsque Corinne Day photographie une Kate Moss alors quasi-inconnue maigre et à demi-nue, les yeux cernés, dans un style grunge et documentaire pour le Vogue anglais. Certains observateurs ont l'impression de voir une junkie et accusent mannequin et photographe de faire l'apologie de la drogue, ce que les deux femmes n'avaient pas du tout à l'esprit au moment de la session photo.

Bouleversée par ces accusations, Fiona Apple rejettera du coup le clip, estimant avoir été gentiment manipulée au moment du tournage. En 2005, interviewée par Mark Romanek pour les bonus du DVD The Work of Director Mark Romanek réunissant ses clips, elle expliquera qu'avec le recul elle est en fin de compte très fière de la vidéo mais qu'elle était trop fragile à l'époque pour faire face aux attaques des médias.

9. Janet Jackson - "Got 'Til It's Gone"

Réalisé dans un style très documentaire, ce clip emblématique de Janet Jackson samplant le refrain du "BIg Yellow Taxi" de la chanteuse folk Joni Mitchell (1970) devient un hymne à l'émancipation de la communauté afro-américaine faisant référence à la lutte des droits civiques de la fin des années 60.

10. Jay-Z - "99 Problems"

Un autre clip hip-hop à l'aspect très documentaire, en noir et blanc cette fois. Mark Romanek suit le rappeur dans Brooklyn, met en valeur l'architecture de la ville de manière impressionnante. Si on retrouve tous les ingrédients types des clips de rap/hip-hop US (danseuses en bikini, combat de chiens, vie de gangster...) la vidéo se démarque surtout par sa mise en scène, sa photographie et son montage impeccables. Une impression de vie très brute s'en dégage, ce qui en fait tout le charme. 

 

Par Cécile Desbrun - Publié dans : Musique - Communauté : Cinéma et culture alternative
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