Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 19:10

http://finotoday.com/wp-content/uploads/2015/02/9cfbO4VYodi.jpgAprès un premier EP remarqué en 2013, le duo Wardell est de retour avec un premier album de 10 titres, Love/Idleness, sur lequel on retrouve le single "Oppossum" et le titre "Uptown Era". Publié sur le label Roc Nation de Jay-Z, ce disque, sans révolutionner le folk-rock, devrait aider le frère et la soeur à prouver qu'ils ne sont pas seulement les enfants de Steven Spielberg

Commençons par les points négatifs : le disque manque un peu de cet aspect naïf et rétro qui faisait tout le charme de "Oppossum", le single qui les a fait remarquer et qui est de loin le morceau le plus complexe de l'album, celui qui possède le plus de contraste. A part cette chanson d'ailleurs, aucun titre ne se démarque véritablement à la première écoute, ce qui demande de le réécouter pour s'en faire une idée plus juste.

En revanche, il y a un parfum de nostalgie qui se dégage au travers des mélodies et des paroles, ce qui fait le charme de l'album. Love/Idleness est le disque idéal à écouter en road trip en fin de journée, pour se détendre au soleil couchant (comme sur la pochette, tiens !) tout en discutant avec ses amis. La voix de Sasha Spielberg, belle et incarnée, nous embarque et les mélodies sont construites autour de sa voix, pour la mettre en valeur. 

L'album parle beaucoup du fait de grandir et on ne peut s'empêcher de penser que cette nostalgie de l'enfance leur a été inculquée par leur paternel, qui a longtemps dit se reconnaître dans le personnage de Peter Pan, au point de tenter une adaptation très libre de l'histoire de James Barry (au passage, ses enfants ont détesté Hook). 

Une musique ensoleillée très L.A.

http://assets.noisey.com/content-images/contentimage/no-slug/ab27ba1d56a8032dedfa1e594012e871.jpg

Du reste, Love/Idleness fait partie de ces disques easy listening qui ne révolutionnent pas le genre mais font preuve de sincérité et de chaleur. Cela se ressens immédiatement avec "Funny Thing", qui ouvre l'album : il y a une sorte d'immédiateté qui rend le titre, tranquille, presque nonchalant avant la montée en puissance finale, foncièrement attachant. Quand au morceau qui suit, "Dancing on the Freeway", il y a un petit son 80's à la Blondie (un son qu'une artiste comme HollySiz s'est récemment réapproprié avec bonheur) qui se dégage et donne envie de danser et chanter à tue-tête. De manière générale, la musique de Wardell est aussi ensoleillée que leur Los Angeles natal et cet aspect assez cool qui fait leur charme pourra aussi en agacer certains. Ceci dit, passé la première écoute, la musique des Spielberg se révèle vraiment et, tout aussi tranquille et décontractée soit-elle, elle ne manque pas de contrastes subtils qui en font tout le sel. Alors oui, il n'y a pas forcément ce brio immédiat qu'on ressens dans "Oppossum" avec ses airs 60's et sa progression géniale, mais le disque, qui n'affiche que 33 minutes au compteur et passe donc très vite, mérite vraiment d'être réécouté pour être apprécié à sa juste valeur. 

Au milieu de titres plutôt rock ou folk-rock, "Virginia, Wait" et son son acoustique offre un contraste bienvenu et constitue un joli portrait de femme ordinaire avant de revenir au son plus rock de "Uptown Era", déjà présent sur l'EP Brother/Sister. Un titre lent, mellow, qui s'envole lentement mais sûrement et possède une belle puissance. Dans la deuxième moitié de Love/Idleness, seul "Heaven's Keepers" et ses choeurs légèrement électro est un peu plus en demi-teinte et serait davantage dispensable. On aurait préféré retrouver leur titre "Eli", lui aussi présent sur l'EP, à la place, le son rétro (sur un mode rock plus ténébreux) faisant le lien avec "Oppossum", l'avant-dernier titre de l'album. Je vous ai déjà suffisamment vanté les mérites de ce titre pour m'y arrêter davantage, si ce n'est pour dire que non content d'être brillant et de posséder une très belle progression, il s'agit du titre feel-good par excellence, du genre qu'on écoute dès le petit matin pour passer une bonne journée et qu'on passera aussi facilement en soirée. 

Du coup, forcément, le titre qui clôt l'album, "Pray to the City", court et très nonchalant, souffre un peu de la comparaison et constitue une fin moins forte, plus banale que si le frère et la soeur s'étaient tout simplement arrêtés sur leur tube. Cela ne retire cependant rien à la qualité de l'ensemble, réelle. Alors oui, la musique des Wardell est représentative de cette coolitude décontract' de Los Angeles qui peut énerver (en plus, ce sont les gosses de Spielberg, ne manqueront pas de dire certains), mais ces jeunes musiciens sans prétention sont des plus attachants et on ne manquera pas de suivre leur évolution, en espérant qu'il y ait un deuxième album.  

Partager cet article

Published by Cécile Desbrun - dans Musique
commenter cet article
18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 16:53

http://fr.web.img5.acsta.net/pictures/14/12/16/17/20/077619.jpgPour son sixième long-métrage, Quentin Dupieux a décidé de tourner une nouvelle fois aux Etats-Unis et de s'intéresser au milieu du cinéma, pour une mise en abyme du principe de réalité. Nous commençons par suivre les aventures d'une petite fille , Réalité, qui part à la chasse avec son père et voit celui-ci tuer un sanglier. Une fois revenus chez eux, lorsque l'homme vide les entrailles de l'animal, elle aperçoit une cassette vidéo à l'intérieur de la bête, qui passe inaperçue aux  yeux du père et finit à la poubelle. Lorsque le soir elle parle de ce qu'elle a vu à ses parents, ils refusent de la croire, elle a dû imaginer tout ça.

Puis l'action s'élargit et nous faisons la connaissance de Jason (Alain Chabat), cameraman pour une émission de télé marié à une psychanalyste (Elodie Bouchez) et aspirant réalisateur qui travaille depuis plusieurs années sur une idée de long-métrage abracadabrantesque sur des téléviseurs qui tuent des humains grâce aux ondes qu'elles émettent. Coup de chance, lorsqu'il rencontre un producteur excentrique (Jonathan Lambert), celui-ci se montre intéressé par le projet. Il lui permettra de réaliser son film à une seule condition : qu'il trouve en 48 heures le gémissement ultime de film d'horreur, celui qui serait à même de marquer l'histoire du cinéma. Les choses vont alors prendre une tournure de plus en plus étrange pour Jason...

Une impression de David Lynch en version comique

REALITE_CHABAT_11-810x437.jpg

Trop peu de comédies françaises se paient le luxe de nous faire rire en faisant preuve à ce point de fantaisie, en assumant leur folie douce sans sombrer dans un humour de pacotille. Quentin Dupieux, "qui ne cherche qu'à s'amuser" selon Elodie Bouchez, tout en cherchant (et réussissant) à divertir le spectateur, fait preuve ici d'une belle ambition, tant au niveau formel que sur le plan narratif et on ne manquera pas de voir une certaine filiation, dans l'esprit, avec Michel Gondry ou Charlie Kauffman. Réalité nous plonge dans un rêve éveillé où différents niveaux de réalité s'enchâssent les uns dans les autres, de sorte que plus le film avance, moins nous savons si nous sommes dans la "réalité" ou dans la tête de Jason, de la fillette voire de l'animateur de télé qui se gratte de manière obsessionnelle.

Les motifs migrent de plus en plus et nous avons l'impression de plus en plus nette de nous trouver dans un film de David Lynch en version comique. La comparaison avec Lost Highway, notamment, s'impose. Les deux films ont en commun de nous plonger dans le cauchemar d'un homme et il y a ce moment délicieux dans la dernière partie du film où le personnage du producteur, en rendez-vous avec Jason, reçoit un coup de fil de... Jason lui-même, plongé au fin fond de son cauchemar, ce qui n'est pas sans rappeler la fin de Lost Highway, où nous nous rendons compte que le fameux message de l'interphone laissé au personnage de Bill Pullman a été laissé par... Bill Pullman lui-même, prisonnier d'une boucle infernale. Dupieux joue d'ailleurs avec ces citations cinéphiliques avec brio et on s'amusera de remarquer, ici ou là, des références à différents films de genre. Difficile, ainsi, de ne pas penser à Videodrome de Cronenberg avec l'épisode de la cassette vidéo trouvée à l'intérieur du sanglier.

Un film en forme de Rubix Cube très drôle

Jonathan-Lambert-et-Alain-Chabat-dans-Realite-de-Quentin-Du.jpg

Mais au-delà ce côté arty (qui ne tombe jamais dans la prétention) qui sera largement commenté à n'en pas douter, il y a surtout un film très drôle avec d'excellents interprètes. Quentin Dupieux voulait travailler avec Alain Chabat et on ne peut que le féliciter pour ce choix tant l'acteur rend le personnage de Jason attachant de naïveté. Il lui donne ce côté gentiment lunaire, toujours un peu à côté, qui fait qu'on le suit avec joie dans ses aventures, sans non plus se moquer de lui comme cela était le risque vu le pitch ridicule de son scénario. Chabat incarne avec une vraie sensibilité cet homme rêveur et impressionnable et rend le personnage d'autant plus drôle. Il faut le voir décliner avec le plus grand sérieux des dizaines de gémissements tous plus ridicules les uns que les autres ou se faire houspiller par sa femme, le personnage le plus terre à terre du film, finalement. Elodie Bouchez arrive quant à elle à exister avec relativement peu de scènes et forme un duo improbable mais très drôle avec Alain Chabat.

Quant à Jonathan Lambert, habitué à travailler avec le cinéaste, il emporte véritablement le morceau avec son interprétation du producteur. Un rôle délicat car toujours sur la corde, à deux doigts du ridicule et en même temps assez inquiétant. L'acteur parvient à tirer son épingle du jeu en dévoilant les différentes facettes du personnage et forme un duo comique imparable avec Alain Chabat. Une grande partie du film repose sur leur confrontation et l'équilibre qui s'instaure entre eux est à l'origine des meilleures scènes du film. 

Enfin, bien qu'il ne se prenne pas au sérieux le moins du monde, Réalité est aussi un film sur le cinéma, qui interroge la relation que nous avons aux images et aux histoires que nous voyons sur grand (et petit) écran. On y retrouve des obsessions et cauchemars de réalisateur, comme celui d'imaginer un film qui a déjà été réalisé, ce qui donne lieu à une scène drôlatique. De vrais partis pris esthétiques accompagnent cette réflexion et ce, dès les premières images du film et ses gros plans sur des animaux empaillés, faisant de Réalité un film pleinement abouti. De manière générale, le réalisateur parvient à instaurer un sentiment d'étrangeté et d'irréalité avec simplicité, sans en faire des tonnes, ce qui permet d'autant plus facilement au spectateur de rentrer dans le film et à l'humour de s'exprimer.

Bien que complexe dans sa forme, avec une intrigue en forme de Rubix Cube, il n'est guère besoin de se prendre la tête pour apprécier Réalité et le mieux est encore de se laisser porter. La grande fluidité de l'ensemble favorise d'ailleurs cet état d'esprit et, même si on ressort sans être sûr d'avoir tout compris (on peut d'ailleurs se demander s'il y a un sens défini, arrêté, plusieurs interprétations restent possibles), cela ne gâche en rien notre plaisir.

Ambitieux et maîtrisé, Réalité est un film qui devrait réconcilier les amateurs de comédies loufoques et sophistiquées et ceux de films de genre. Sans prise de tête, il nous propose une réflexion sur le cinéma et interroge la notion de réalité par l'entremise d'un récit qui prend la forme d'un rêve éveillé. Surtout, il se révèle drôle et percutant et offre de vrais partis pris de mise en scène, avec son lot de scènes phares. Une comédie comme on aimerait en voir plus souvent !  

Partager cet article

Published by Cécile Desbrun - dans Cinéma
commenter cet article
25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 14:21

cheektocheek-lady gaga-tony bennettAlors que l’on sait depuis la semaine dernière que Lady Gaga enregistre de nouveaux morceaux avec le producteur RedOne responsable de ses plus grands succès comme « Poker Face », j’ai eu envie de me plonger dans ce Cheek to Cheek sorti en septembre 2014. Autant l’avouer tout de go, la musique de l’icône pop des années 2010 m’horripile assez : la faute à un son standardisé qui me laisse de marbre et à un manque d’originalité (écoutez plutôt Madonna) qu’elle compense par des costumes et clips extravagants. Malgré tout, il y a quelques années, j’avais écouté sa performance, seule au piano, de certains de ses tubes et là, j’avais été grandement étonnée : lorsque sa voix n’est pas passée au vocoder, celle-ci est très belle, avec une jolie puissance. D’où mon enthousiasme à l’idée de pouvoir écouter un album entier où elle aurait cette voix-là, un album de jazz avec le grand Tony Bennett, qui plus est !

Un bel écrin pour la voix de Lady Gaga

cheek-to-cheek-lady-gaga-tony-bennett.jpg

Et ma curiosité a payé puisque ce Cheek to Cheek est de très bonne facture. Faisant preuve d’un joli coffre et d’une aisance vocale certaine sur des standards pas aussi simples à interpréter qu’il n’y paraît, Lady Gaga fait instantanément oublier sa musique pour se fondre avec grâce dans cet univers qui ne lui est pas étranger puisqu’elle a interprété des standards de jazz dans des piano-bars avant de devenir célèbre. Sa voix se mélange avec bonheur à celle du crooner de 88 ans, qui est toujours intacte et ces deux personnalités que tout oppose vont nous faire swinguer le temps d’une dizaine de titres enlevés (16 sur l’édition deluxe exclusive iTunes). De Gershwin à Cole Porter en passant par Duke Ellington, ils revisitent un répertoire connu, auquel de grandes voix se sont déjà frottées et savent se l’approprier.

Si la plupart des morceaux sont interprétés en duo, Cheek to Cheek comporte aussi quelques jolis solos.  A ce propos, sur « Lush Life », préparez-vous à être bluffé par l’interprétation de Lady Gaga, tout en retenue et en subtilité là où sa voix est davantage dans la performance durant le reste de l’album. A ce sujet, un seul titre pâtit vraiment de ce côté un brin trop show off : « I Can’t Give You Anything But Love », où elle n’hésite pas à en faire des tonnes, au détriment de la chanson. Pour le reste, si elle fait la démonstration de la puissance de sa voix, cela ne nuit jamais à la qualité de l’ensemble. Quant au grand Tony Bennett, rien à redire : il n'y a qu'à écouter son interprétation magistrale d'un titre comme "Sophisticated Lady" pour se souvenir pourquoi Frank Sinatra himself le considérait comme le plus grand. 

Ce qu’on pourrait en revanche reprocher au disque, c’est de se situer un peu trop dans la grande tradition américaine des albums de duo et d’être un brin trop sage. Il manque en effet ce grain de folie qui donnerait un peu plus de substance à l’ensemble et le distinguerait d’autres très bonnes interprétations de standards de jazz. Les musiciens sont tous très bons, les interprètes doués… mais il n’y a pas de vraie surprise dans le fond et c’est un peu dommage. Mais si on le prend pour ce qu’il est, Cheek to Cheek est un album des plus plaisants, à écouter devant une bonne tasse de thé fumant un soir d’hiver.  

Conseil : à écouter dans la version deluxe iTunes, qui contient notamment le très bon bonus track "Bang Bang (My Baby Shot Me Down)" interprété par Lady Gaga lors d'un festival de jazz.   

Partager cet article

Published by Cécile Desbrun - dans Musique
commenter cet article
28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 19:45

Affiche-An-American-in-Paris-musical-cre-ation-George-Ira-.png Après Chantons sous la pluie cet automne, le Théâtre du Châtelet propose une autre adaptation scénique d'un grand classique du septième art. Un américain à Paris de Vincente Minelli (1951), qui mettait en scène les amours de Gene Kelly, devient ainsi une super-production réunissant plein de beau monde : le chorégraphe Christopher Wheeldon à la choré donc mais également à la mise en scène, ainsi que le danseur étoile du New York City Ballet Robert Fairchild et Leanne Cope, first artist au Royal Ballet de Londres, dans les rôles principaix. 

Le spectacle présente un cas assez rare : il s'agit d'une création du Théâtre du Châtelet en collaboration avec des producteurs de Broadway, Van Kaplan et Stuart Oken. Présenté en avant-première mondiale dans la capitale, An American in Paris est donc destiné à atteindre le public américain après sa présentation parisienne et, si celle-ci est couronnée de succès, le show ne sera probablement pas de retour avant plusieurs années en France. Cette initiative n'est pas étonnante quand on sait que le directeur du théâtre, Jean-Luc Choplin, avait déjà programmé maintes fois des comédies musicales américaines (La Mélodie du Bonheur entre autres) et même proposé des créations d'après des oeuvres américaines (Sweeney Todd ou Into the Woods de Stephen Sondheim). Aller voir An American in Paris, c'est donc être assuré de voir ce que Broadway a de mieux à offrir, dans un spectacle "à l'ancienne" avec figurants en pagaille et décors mobiles.

Un récit étoffé  

an-american-in-paris3.jpg

Le résultat est à la hauteur des attentes : on en prend plein les yeux pendant 3 heures. L'effet de surprise est présent même si on a vu le film de Minelli puisque le livret, écrit par Craig Lucas, transpose l'action de 1949 à l'immédiat après-guerre et que les chorégraphies, loin de se contenter de reprendre les numéros mis au point par Gene Kelly, sont originales. Les modifications apportées à l'action apportent davantage de profondeur à l'intrigue et aux personnages, attachants mais plus simplistes dans le film. Comme le spectacle affiche également une heure de plus au compteur, chaque protagoniste a davantage de place pour exister et les trois rôles masculins seraient presque sur un pied d'égalité, à l'inverse du film, où la star était de manière évidente Gene Kelly.

Quant à l'héroïne, Lise, que Craig Lucas imagine en vraie danseuse, elle s'affirme davantage comme une jeune femme indépendante d'esprit malgré sa relation particulière à la famille de son fiancé Henri. Cela permet de creuser bien plus la psychologie et les motivations de chacun, qui apparaissent plus subtiles. L'histoire d'amour, prise entre la passion et la raison, n'apparaît à aucun moment gnangnan tout en gardant le charme et la fraîcheur inhérents au film. Le tout n'est pas dépourvu de quelques longueurs, mais passe très agréablement pour peu que l'on apprécie les comédies musicales et la musique de Gershwin.

Un spectacle flamboyant

http://www.unitedstatesofparis.com/wp-content/uploads/2014/11/Com%C3%A9die-musicale-An-American-in-Paris-musical-com%C3%A9die-musicale-Th%C3%A9%C3%A2tre-du-Ch%C3%A2telet-Paris-George-Ira-Gershwin-Craig-Lucas-Christopher-Wheeldon-photo-by-Angela-Sterling.jpg

En parlant de la musique, comme il manquait des morceaux pour couvrir la partie rajoutée du spectacle, les créateurs ont été piocher dans le répertoire du célèbre compositeur pour créer de nouveaux numéros, pour un résultat des plus cohérents. Moins contrastée qu'une oeuvre comme West Side Story, riche en rupture de tons et de rythme, la musique d'An American in Paris devrait malgré tout combler les admirateurs des classiques hollywoodiens et des films de Woody Allen, grand fan de George Gershwin, dont il a souvent utilisé les morceaux. On retrouve ainsi quelques grands classiques bien connus des amateurs de jazz et de comédies musicales, comme "Our Love Is Here to Stay" ou "S'Wonderful".

Et puis, il y a la partie technique : la mise en scène et la chorégraphie, tout simplement sublimes et flamboyantes. Robert Fairchlld enchaînes les sauts et fait des merveilles, notamment lors du final, tandis que Leanne Cope apparaît tour à tour fragile et enjouée lors de ses numéros. Les nombreux danseurs apportent beaucoup de panache et tous sont dirigés avec brio, dans une mise en scène inventive et très fluide. Cette fluidité fait également que le passage d'une scène à l'autre, qui inclue de nombreux changements de décors, se fait de manière très naturelle. Tout se déroule sous nos yeux et c'est un véritable plaisir de pouvoir observer tous ces décors mobiles. La maestria de l'ensemble se cristallise lors du long ballet final (plus d'une quinzaine de minutes) sur le morceau titre, "An American in Paris", qui rend hommage à l'art abstrait et fait l'effet d'un véritable feu d'artifices, avec ses chorégraphies complexes et ses couleurs chatoyantes.       

Jean-Luc Choplin et ses collaborateurs avaient placé la barre haut, mais le défi a été relevé haut la main : An American in Paris s'impose comme le spectacle feel-good de cette fin d'année, en nous apportant à Paris la crème de la crème de Broadway. Courez-y avant le 4 janvier si vous en avez l'occasion : vous en sortirez le pas sautlllant, en fredonnant les airs de Gershwin.  

Partager cet article

Published by Cécile Desbrun - dans Art & culture
commenter cet article
26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 14:15

gaby-baby-doll-affiche.jpegGaby (Lolita Chammah) est une jeune femme énergique et angoissée qui ne supporte pas de rester seule ne serait-ce qu'un instant. Pour se ressourcer et l'aider à affronter sa peur, son médecin lui demande d'aller se ressourcer quelques temps à la campagne et lui prête sa maison de vacances. La jeune femme arrive avec son petit-ami, qui la quitte bientôt lorsqu'il se rend compte qu'elle est surtout avec lui pour éviter d'être seule et elle se retrouve isolée dans cette grande maison à l'écart d'un petit village dont le centre névralgique est le bar du coin. Après avoir ramené chez elle tous les gars du village, un soir, perdue, elle se réfugie dans la cabane de Nico (Benjamin Biolay), le gardien solitaire d'un château abandonné. Un ours bougon qui a choisi de vivre comme un ermite et fait tous les jours la même balade. Gaby s'impose chez lui et une étrange relation va se nouer entre les deux…

Le nouveau film de Sophie Letourneur démarre sur l'idée très bobo (même si son héroïne ne l'est pas) qu'il n'y a rien de mieux pour se ressourcer pour quelqu'un de la ville que de se mettre au vert à la campagne. Sauf qu'à la différence d'un film comme Une hirondelle a fait le printemps, la campagne ne correspond pas du tout à un quelconque idéal pour l'héroïne ; au contraire, il aurait plutôt des airs d'enfer terrestre. La rencontre entre Gaby et son lieu de retraite provisoire ne se fera donc pas sans difficultés et on la sent résister… jusqu'à sa rencontre avec Nico, qui va peu à peu changer la donne.

La rencontre entre les deux se fait donc après une première partie assez drôle (bien qu'un peu exagérée) où la jeune femme, en proie à une angoisse viscérale, cherche à tout prix à avoir une présence rassurante à ses côtés en se tournant vers les seules personnes à sa disposition, des gars gentils mais un peu simplets de l'unique bar du village, qui, se sentant utilisés, finissent par la laisser tomber. Ce n'est qu'à partir de ce moment-là que le film semble vraiment démarrer, d'ailleurs, qu'il devient autre chose qu'une succession de moments sympathiquement burlesques autour d'un sentiment de solitude un rien poussif qui ne nous est que très peu expliqué au final. Nous découvrons les environs, la nature, ce château abandonné par son propriétaire…

Des airs de conte pour adulte 

gaby-baby-doll-chammah-biolay.jpg

La femme-enfant esseulée, l'hermite dans sa cabane et le château abandonné sont autant d'éléments qui évoquent le conte ou la fable, notamment dans le retournement final qui verra (forcément) la réunion de ces deux êtres que tout semble opposer. Le problème, c'est que, comme dans les contes de notre enfance, les personnages sont laissés à l'état d'ébauche, ce qui est un peu problématique quand il s'agit d'un film s'adressant à des adultes. Alors certes, les personnages sont incarnés à merveille par leurs interprètes, notamment par Benjamin Biolay qui fait passer beaucoup de choses avec très peu de mots, mais cela ne parvient pas à faire tenir le film sur la longueur. Si on s'attache malgré tout aux personnages et qu'on sourit gentiment face aux situations, on peine à véritablement s'intéresser à l'histoire, qui patine pas mal et on a tendance à regarder sa montre alors même que le film dure moins d'une heure et demie. 

Alors oui, il y a de jolis passages dans la nature. D'un jour à l'autre, la balade des deux héros varie subtilement tandis que leurs rapports évoluent. Cette mécanique de la répétition n'est de plus pas gratuite puisqu'elle correspond aussi au mode de vie campagnard du personnage de Nico, qui effectue tous les jours le même parcours. Et ce fonctionnement, à mille lieux de l'énergie bouillonnante et angoissée de Gaby, fait également du bien à celle-ci, qui gagne en autonomie. Mais l'artificialité du personnage, gentiment agaçante, demeure. Celle-ci parle beaucoup, Nico se tait et si la dynamique fonctionne, il y a des fois où c'est trop, on est comme le personnage de Nico : on voudrait qu'elle se taise, cette baby doll névrosée et égoïste dont la solitude semble surtout prétexte à filmer des scènes cocasses !

Une absence de magie

gaby-baby-doll-lolita-chammah.jpg

L'atmosphère est nonchalante de manière tout à fait assumée et on finit par s'agacer un tantinet en attendant quelque chose qui ne vient pas. Peut-être parce-que malgré la nature et les paysages, la réalisatrice échoue à créer une véritable atmosphère, justement. On a beau sentir les deux se rapprocher malgré leurs différences, il n'y a pas cette magie silencieuse mais palpable qui se créé dans les meilleures comédies romantiques, comme dernièrement dans le très réussi Magic in the Moonlight de Woody Allen, autre exemple de film réunissant deux personnages on ne peut plus opposés, dont l'un bougon. On reste quelque peu sur notre faim et si le fait que le scénario nous laisse combler les trous du récit par notre imagination n'est en soi pas très gênant, l'ensemble paraît en fin de compte assez dérisoire, ce qui est renforcé par une mauvaise chanson de générique de fin qui résume en quelques paroles les personnages et tout le film, du début à la fin.   

Pas déplaisant, Gaby Baby Doll s'apprécie avant tout par le charme de ses acteurs et la tendresse qui émane en creux de certaines scènes. Lolita Chammah possède un bel abattage et installe son personnage dès la première scène tandis que Benjamin Biolay apparaît touchant et crédible en hermite au coeur tendre. Mais le film, trop superficiel, échoue à mobiliser notre attention sur la durée et, malgré ses airs de conte pour adultes, quelque chose ne prend pas. Cela aurait pu être un bon moyen métrage, mais les 1h30 ont ici bien du mal à passer. Dommage ! 

Partager cet article

Published by Cécile Desbrun - dans Cinéma
commenter cet article
14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 22:35

cloakroom.jpg

Après deux premières performances créées en 2012 et 2013 pour le Festival d'automne à Paris, Olivier Saillard et Tilda Swinton remettent le couvert cette année avec Cloakroom - Vestiaire obligatoire, présenté du 22 au 29 novembre au Palais Galliera. Le principe ? Les vestiaires sont transportés sur scène et tenus par l'actrice écossaise, qui accueille chaque spectateur qui dépose un vêtement ou accessoire de son choix. Elle s'approprie ensuite chaque objet déposé pour le faire vivre à sa manière, en le portant, en jouant avec... "La collection qui naît, construite sur l'acquis et non sur la nouveauté, arpente les chemins opposés à ceux officialisés par la mode. Ce n'est pas du podium à la rue, mais bien à l'inverse de la rue aux podiums que les vêtements ainsi détournés et habités s'offrent le luxe rare de défiler", écrit ainsi Olivier Saillard dans le programme de la performance. 

Sauf que... tout aussi intéressant soit ce parti pris, celui-ci n'est malheureusement pas poussé jusqu'au bout, simplement ébauché. Il faut dire que le programme laisse espérer un défilé une fois tous les vêtements collectés, ce qui donnerait l'occasion à l'actrice de véritablement s'approprier ces uniformes divers et variés de manière originale. Après tout, Tilda Swinton est une icône de mode et son physique androgyne si particulier lui donne des airs de toile blanche malléable à souhait. Tout styliste inspiré peut faire des merveilles avec elle et c'est donc à l'assemblage d'une collection particulière que nous pouvions nous attendre. Or, il n'en est rien. La performance consiste uniquement en la collecte des vêtements et s'achève au bout d'une heure sans nous avoir montré autre chose.

Un concept insuffisamment exploité

tilda-swinton-cloakroom.JPG

Alors certes, dans la performance, le concept est roi. Mais celui-ci est exploité de manière insuffisante. Là où il y avait matière à transcender le dispositif, on reste finalement en surface tout du long. Et, de fait, que voit-on au juste ? Tilda Swinton dire bonjour au spectateur, prendre le vêtement, donner un ticket, regarder le vêtement, puis jouer avec quelques secondes avant de le mettre de côté. Parfois, elle laisse un souvenir au propriétaire avant que le vêtement ne soit rangé : une banderole de papier avec une devise futile, un cheveu, une herbe, un mouchoir avec une trace de son rouge à lèvres... A deux ou trois occasions seulement, elle porte le vêtement (parfois littéralement, en le tenant à bout de bras) et défile avec d'un coin à l'autre de la salle. Elle saute aussi la tête la première dans les manteaux, joue à cache-cache avec les foulards en passant sous la table, parle aux vêtements en leur chuchotant des paroles inaudibles... 

Tout cela est amusant, certes, il y a bien une mécanique, qui évolue sensiblement au fil du spectacle, mais on en attend plus or, rien ne vient. Pire que tout, alors que Olivier Saillard prétend faire passer ainsi la mode de la rue aux podiums, la vision donnée demeure assez élitiste. Ainsi, que doit-on penser de l'idée que l'actrice laisse un souvenir de type un mouchoir portant une trace de son rouge à lèvres, soigneusement mis sous enveloppe ? Que le propriétaire du manteau fait partie des happy few ayant pu approcher l'icône ? On a l'impression que les vêtements sont en quelque sorte "adoubés" par la mode, mais avec toujours cette espèce de distance qui va à l'encontre du message qui voulait être donné au départ. A moins qu'on ait mal lu... Après tout, Saillard écrit bien que les vêtements se paient le "luxe rare de défiler". Comme si, en tant que spectateurs, nous venions pour faire ainsi partie d'un monde privilégié.

Cette performance aurait pu parler de la mode, de l'histoire de la mode... Elle parle un peu de notre rapport aux vêtements, rapport tour à tour ludique et plus quotidien, elle montre bien qu'un vêtements vit, a une odeur, etc. mais elle ne le fait que trop peu au final et de manière bien trop artificielle. Si l'artifice et l'aspect mécanique sont revendiqués dès le départ, encore une fois, ces partis pris auraient mérité d'être davantage poussés dans leurs retranchements.

Pour finir, c'est en réalité la moitié de la salle qui était invitée à venir déposer un vêtement (la performance se serait éternisée autrement), décevant forcément une partie du public qui aurait aimé voir la comédienne réagir face à leur article... Au final, Cloakroom n'est pas déplaisant, mais trompeur et inutilement gonflé. Tel quel, 30 minutes auraient suffi. Si le concept était intéressant, on regrettera qu'il n'ait pas été suffisamment exploité. Enfin, contrairement aux apparences, on n'a au final pas forcément la vision d'une mode démocratique et on reste un peu sur l'impression d'un milieu qui se regarde le nombril. Dommage !

 

Partager cet article

Published by Cécile Desbrun - dans Mode
commenter cet article
24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 15:05

cino-affiche.jpg A la fin du 19e siècle, dans les Alpes piémontaises, le petit Cino, 9 ans, vit dans une pauvreté extrême avec ses parents et ses trois frère et soeurs. Pour rapporter un peu d'argent, ses parents décident de le confier à un charretier français qui doit le louer à un berger pour le faire travailler dans les alpages. Maltraité, le petit garçon décide de s'enfuir en compagnie de Catlin, une petite fille de son âge avec laquelle il établit un pacte : ils ne seront jamais séparés. Catlin est la fille d'une mère célibataire surnommée "la rousse" et semble entretenir avec la nature une relation particulière : elle parle des sorcières, voit et perçoit des choses qui restent invisibles aux yeux de Cino. Guidés par ses visions et ses intuitions, les deux enfants décident de traverser les Alpes pour rejoindre leurs maisons. 

En salles le 17 décembre prochain, Cino, l'enfant qui traversa la montagne est le premier long-métrage de fiction du documentariste et alpiniste chevronné Carlo Alberto Pinelli, 77 ans, fils de Tullio Pinelli, qui fut scénariste pour Fellini. Le réalisateur, de passage il y a quelques années dans les vallées de Cuneo, recueillit le récit de vieux montagnards qui lui confièrent qu'au 19e siècle, un enfant de la région, loué à un berger français, avait fuit et traversé la chaîne des Alpes-Maritimes tout seul pour rejoindre sa famille. C'est là qu'il apprit qu'un millier d'enfants italiens avaient connu ce sort à l'époque. On lui raconta également qu'un charretier français transportait du marché de Saluzzo au marché de Barcelonnette les enfants les plus misérables, dont aucun riche agriculteur piémontais ne voulait. Ces récits lui inspirèrent l'histoire du film, dont il signa le scénario avec son père. 

Des airs de Belle et Sébastien et de Projet Blair Witch pour enfants

CINO_Catlin-dans-la-fume-e_Takami-dist-jpg

A mi-chemin entre Belle et Sébastien et un film fantastique pour enfants, Cino, l'enfant qui traversa la montagne est un film familial plein de charme, qui dépeint aussi de manière réaliste le sort misérable réservé aux enfants de l'époque, qui étaient vendus à des bergers et traités comme de la vulgaire main d'oeuvre. La montagne, aussi belle que dangereuse, est magnifiée et si Pinelli n'est pas pour autant un grand réalisateur, sa caméra nous emporte aux côtés de ses héros avec une facilité déconcertante. Les deux enfants, Stefano Marseglia et Francesca Zara sont tous deux très bons et leur naturel est pour beaucoup dans l'affection que l'on ressend pour les personnages et le film. L'histoire, peu crédible, assume quant à elle ses artifices, en faisant intervenir des forces invisibles dont on ne saura jamais, au final, si elles sont réelles ou non. A partir de là, peu importe que CIno escalade à mains nus et sans équipement adéquat un glacier et s'en sorte indemne ! Le film fait appel à la pensée magique dont nous faisons tous l'expérience enfant et joue avec elle.

Cela est bien trouvé, d'autant plus que nombreux sont les alpinistes qui vous diront que lorsqu'on passe du temps seul en montagne, la fatigue et la peur peuvent altérer la perception que l'on a du réel. Dans Cino, la montagne devient ainsi un personnage à part entière, bienfaitrice par moments avec ses champignons, ses marmottes (dont se nourrit le héros à un moment, au grand dam de Catlin) ou ses bouquetins, mais terriblement dangereuse à d'autres. L'intrigue surnaturelle autour de Catlin, qui devrait impressionner et intriguer les jeunes spectateurs, est quant à elle bien menée. Ce lien surnaturel est lui aussi à double tranchant et c'est là que le scénario résiste à la faciilité de permettre aux enfants de triompher des obstacles trop facilement grâce à ce deus ex machina en or. Parce-qu'elle révèle aux autres enfants une mystérieuse danse des sorcières secrète, la fillette est persuadée que celles-ci l'ont punie en la faisant tomber malade au début du film.

CINO_Catlin-ravin_Francesca-Zara_Takami-dist-JPG

Ce lien surnaturel avec l'invisible est ainsi vu autant comme une bénédiction qu'une malédiction et le réalisateur joue avec cette notion en plaçant sur le chemin des enfants des signes annonciateurs de malheur, figurant les sorcières et le Diable façon Projet Blair Witch pour enfants. En tant qu'adulte, on regrette d'ailleurs que Pinelli n'y soit pas allé un peu plus franchement de ce côté-là. Si de jeunes spectateurs seront sans doute tenus en haleine par ces signes, ceux-ci n'ont pas de quoi faire frémir les parents. Sans aller du côté de l'horreur (nous sommes bien dans un film pour enfants), on aurait aimé que le réalisateur joue un peu plus avec la réalisation et le hors champ pour créer davantage de suspense et de tension. Tel quel, cela reste un peu facile et gentillet, même si l'ensemble fonctionne plutôt bien.

Pour le reste, le film réussit à faire rêver et voyager avec des éléments plutôt simples, ce qu'il convient de saluer. La magie est bel et bien présente et les 1h25 de cette production franco-italienne passent très vite. Avec une sortie juste avant les fêtes de Noël, Cino, l'enfant qui traversa la montagne constituera une jolie sortie familiale qui changera un peu des gros blockbusters de la période.  

Partager cet article

Published by Cécile Desbrun - dans Cinéma
commenter cet article
19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 13:05

http://www.cinechronicle.com/wp-content/uploads/2014/09/Love-is-Strange-de-Ira-Sachs-affiche.jpgBen (John Lithgow) et George (Alfred Molina) sont ensemble depuis 39 ans. Lorsqu'ils décident de se marier, George, qui dirigeait la chorale d'une église, est remercié par celle-ci. Se retrouvant avec un manque à gagner considérable, le couple se voit dans l'obligation de vendre son appartement new-yorkais et de se faire héberger séparément par des proches en attendant de trouver un autre logement. 

Un couple comme un autre

Au moment où en France le mariage pour tous n'en finit pas de provoquer des remous, Love Is Strange s'ouvre sur un mariage gay convivial et heureux. Si cela aurait eu valeur de revendication dans un film français, on aurait tort de voir le film d'Ira Sachs comme une oeuvre militante : le couple y est en effet dépeint comme n'importe quel couple et cette union est considérée comme normale et non comme un événement exceptionnel. Nous sommes après tout dans une ville qui autorise l'union de couples de même sexe depuis 2011 et les proches de Ben et George les considèrent comme un couple modèle, indépendamment de leur orientation sexuelle. Seule ombre au tableau, la réaction de l'Église, qui est pointée du doigt et constitue la seule forme de dénonciation présente dans le film. Pour le reste, le film se veut un film sur le couple et les différentes formes d'amour que sont les liens avec la famille ou les amis et ne cherche pas particulièrement à s'adresser à la communauté LGBT. Et n'est-ce pas là le meilleur moyen de faire la nique aux anti-mariage gay que de montrer un monde où l'homosexualité est tout aussi normale que l'hétérosexualité ?

On notera quand même qu'Ira Sachs a eu la bonne idée de s'intéresser à un couple vieillissant, qui a dépassé les 60 ans : il est rare au cinéma de trouver des représentations de couples gay de cet âge et la tendresse, l'attachement profond qui unit les deux protagonistes n'en est que plus touchant. Dès qu'ils apparaissent à l'écran, John Lithgow et Alfred Molina sont en osmose et apparaissent immédiatement crédibles, nous donnant l'impression de retrouver des amis de longue date.  

Une peinture minimaliste et pudique

http://www.cinechronicle.com/wp-content/uploads/2014/09/Alfred-Molina-et-John-Lithgow-dans-Love-is-Strange-de-Ira-Sachs.jpg

Derrière un titre un rien trompeur qui aurait pu laisser augurer de choses farfelues, Love Is Strange cache en fait une peinture minimaliste, tout en subtiles nuances, autour du lien affectif, qu'il soit amoureux ou non. Qu'il s'agisse de l'histoire d'amour d'un couple homosexuel qui a passé toute sa vie ensemble, d'un couple de bobos approchant la fin de la quarantaine, de l'amitié d'un adolescent avec un autre ou du lien un rien conflictuel entre ce dernier et son grand oncle, le film présente toute une palette de cas différents, sans jamais donner dans la démonstration appuyée. La plupart des scènes semblent anodines à première vue, croquant des instants de vie et des micro-événements. Pas de gros rebondissements ici, pas d'humour lourd. Mais, à mesure que le film déroule tranquillement sa toile, sa richesse émotionnelle, bien tapie derrière une grande pudeur, se révèle. 

Du couple principal, on ne sait au départ pas grand chose, si ce n'est qu'ils ont passé toute leur vie ensemble et leur intimité reste toujours à la périphérie. Cela est avant tout dû à des raisons pratiques (les deux époux doivent habiter temporairement chez des proches chacun de leur côté), mais même lorsque le réalisateur les réunit à l'écran, on sent ce voile de pudeur mêlé de tendresse. Une distance qui est la bonne puisque, lors de la dernière scène du film qui les voit réunis, l'émotion n'en est que plus présente et cette image du couple filmé de dos marchant côte à côte dans un New York nocturne restera longtemps gravé dans nos mémoires.

L'amour par-delà les générations

http://www.bilerico.com/images/love-is-strange.jpg

D'intimité, il est cependant question ici puisque une bonne partie du film montre les situations subtilement cocasses qui peuvent se produire lorsqu'on habite temporairement chez quelqu'un d'autre. Arriver à se sentir chez soi dans un environnement qui n'est pas le sien ou lorsqu'on héberge quelqu'un qui prend soudain un peu trop de place sont des thèmes traités avec sensibilité et humour. De même que le fossé générationnel lorsque le jeune voisin qui héberge George lui propose de se lancer dans un marathon Game of Thrones ou que Ben et le fils de son neveu, Joey, ont du mal à communiquer. De manière émouvante, c'est sur l'idée de la transmission et d'une réconciliation inter-générationnelle que s'achève le film.

L'amour passé soixante ans comme l'amour adolescent nous est montré dans toute sa splendeur, celle de la lumière automnale qui irradie New-York en fin d'après-midi, au son de Chopin. Cet épilogue intervient après une ellipse signifiée par un fondu au noir de toute beauté et très pertinent, qui fait là encore le choix de la pudeur. Tous les événements plus dramatiques du film, qui auraient pu en faire un mélodrame, sont en effet relégués hors champ, ce qui ne fait que décupler la portée émotionnelle de l'ensemble. 

On ne sait pas vraiment à la fin combien de temps s'est écoulé depuis la scène précédente, mais l'ellipse renforce l'idée que le temps est précieux. Que le duo central laisse finalement la place au jeune couple naissant de Joey et son amie en devient assez bouleversant. 

Partager cet article

Published by Cécile Desbrun - dans Cinéma
commenter cet article
4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 17:55

magic-in-the-moonlight.jpg   Après un Blue Jasmine (2013) mélancolique et tout en nuances, Woody Allen s'accorde une récréation bien méritée avec ce Magic in the Moonlight, vraie-fausse comédie romantique pleine de charme et de fraîcheur emportée par l'improbable (mais très probant) duo Colin Firth-Emma Stone.

Depuis Match Point en 2005, Woody Allen ne cache pas son amour pour l'Europe. On ne s'étonnera guère alors, après l'Angleterre, Paris, Barcelone ou encore Rome,de le voir poser sa caméra dans le sud de la France de la fin des années 20.

Stanley (Colin Firth) est un fringant prestidigitateur de renom, plus connu sous les traits du chinois Wei Ling Soo. Cartésien, intellectuel, bougon et assez arrogant, voire odieux, Stanley a un plaisir dans la vie : démasquer les charlatans qui se font passer pour des mediums et abusent de la naïveté de personnes fragiles. En maître de la mystification, il n'a aucun mal à repérer les moindres "trucs" de ces escrocs et à révéler la supercherie. Aussi, quand son meilleur ami, lui aussi magicien, lui propose de venir démasquer une charmante jeune femme (Emma Stone) qui a été prise sous son aile par une riche famille, il ne peut résister. Sauf qu'il peine à trouver une faille chez cette dernière et, face à ses prouesses, il va se sentir peu à peu chavirer...

Un beau successeur à Minuit à Paris

magic in the moonlight - stone firth1

A quelques exceptions près, chaque année, on sort du dernier Woody Allen ravi mais vaguement déçu, en disant "ce n'est pas son meilleur". Sans chercher à concurrencer les sommets que sont Manhattan, Match Point ou La rose pourpre du Caire, pour ne citer que ceux-là, le cinéaste américain réussit ici à retrouver un enchantement comparable, bien qu'un peu moins surprenant, à celui que procurait Minuit à Paris (2011). On y retrouve la France, le romantisme, la fraîcheur, l'écriture aiguisée, le tout teinté du cynisme allenien, ici incarné par le personnage de Colin Firth. 

Le traitement de celui-ci participe d'ailleurs grandement à la réussite du film. Arrogant et irritant par bien des aspects, il est aussi diablement attachant et son regard perdu à mesure que la jeune Sophie démontre ses prouesses est tout simplement indescriptible. C'est comme si la terre s'ouvrait sous ses pieds et, à son grand damne, allait enfin peut-être lui révéler un message, à lui le athée convaincu. Tous ses questionnements sont inscrits sur ce visage de Droopy mais ceux-ci ne font guère le poids face au sourire de Sophie.

La visibilité des failles de l'homme sous la carapace rendent Stanley aussi drôle qu'attachant et on voit alors émerger chez lui une seconde personnalité, plus fleur bleue, pleine de candeur. Le personnage va alors pouvoir se laisser emporter par cette fameuse "magie au clair de lune" et l'affrontement entre Colin Firth et Emma Stone, au diapason, en devient assez jouissif, d'autant plus que Woody Allen ne cède jamais à la facilité du romantisme premier degré. 

magic in the moonlight - stone firth3

A l'exception de la fameuse scène au clair de lune d'ailleurs, tout en retenue, le cinéaste s'ingénie à casser tout élan romantique dès que celui-ci semble pointer le bout de son nez par des dialogues caustiques. Stanley chavire ? Plutôt que de faire des compliments à Sophie et flatter son ego, il préfère lui dire qu'elle n'est pas "déplaisante" à regarder à la lumière déclinante de l'été, éclairée comme un de ces éléphants qu'il fait disparaître lors de ses tours de prestidigitation. 

Magie, cinéma, amour : le principe d'illusion

magic in the moonlight - emma stone

Comme dans tous les Woody Allen, on parle beaucoup et bien. Toujours aussi angoissé face à la mort, le cinéaste livre ici, par le biais du personnage de Stanley, des réflexions truculentes sur le but (ou absence de but) de la vie sur Terre et la part de duplicité qui existe au sein de chaque relation, amoureuse ou non. Et s'il demeure dans un premier temps pessimiste, en opposant à son héros la jeune américaine Sophie, il propose au final une alternative, loin de toute naïveté ou mièvrerie : une part de mensonge, d'illusion peut-elle rendre la vie plus belle ?

Si le personnage de Stanley, très cartésien, veut vivre du côté de la vérité, l'ironie est que pour quelqu'un qui vend du rêve aux gens, il est en fin de compte assez malheureux, privé de toute espérance, mais se raccrochant à ses convictions. Tout l'aspect jouissif réside dans la manière dont Sophie va ébranler celles-ci.  

Pourtant, après nous avoir révélé tous les failles et défauts de ses personnages, le cinéaste veut continuer à croire à la magie des relations, même si celles-ci comportent une part de manipulation, de jeux de dupes. Après tout, le grand prestidigitateur, qui trouve la perspective de confondre un imposteur pluspalpitante que des vacances dans les îles avec sa compagne n'attendait-il pas, au fond de lui, à partir dans une grande aventure rocambolesque ? N'en avait-il pas besoin ? A la fin, l'illusion n'est peut-être plus de mise, pourtant, toute magie ne s'est pas évaporée et c'est ce qui rend le film aussi attachant. 

magic in the moonlight - stone firth5

Au fond, en allant voir un spectacle de magie comme en nous rendant au cinéma, nous voulons tous être bernés. Conscients du principe d'illusion qui domine, nous voulons malgré tout y croire. Et, pour Woody Allen, ceci est également valable en ce qui concerne l'amour. Comme en magie, on se doute bien dès le début qu'il y a un "truc", et si celui-ci est un peu trop prévisible, au final, cela n'importe guère : Allen arrive à emporter le morceau avec une facilité déconcertante, porté par les situations, des dialogues aussi drôles que brillants mais aussi une tendresse certaine pour ses personnages que son cynisme existentiel ne saurait masquer et ce, même si chacun en prend pour son grade. 

Caustique et candide à la fois, Magic in the Moonlight emballe par son charme et sa fraîcheur et se révèle un "Woody Allen mineur" de toute beauté, qui n'a pas à rougir face à ses prédécesseurs et formerait même un joli dyptique avec Minuit à Paris.

Partager cet article

Published by Cécile Desbrun - dans Cinéma
commenter cet article
27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 11:05

mommy xavier dolan affichePlébiscité sur la Croisette cette année d'où il est reparti avec le Grand Prix du Jury quand certains lui prédisaient la Palme, Mommy de Xavier Dolan a débarqué le 8 octobre sur nos écrans. Autant le dire tout de suite : si le réalisateur avait déjà fait beaucoup parler de lui et couler de l'encre (5 films à 25 ans tout de même), je n'avais jamais vu aucun de ses films ni lu aucune interview, à l'exception de quelques phrases choc extirpées ici ou là par la presse. Je savais quelle image on se faisait de lui : brillant, prétentieux, provocateur, mais ne m'attachait pas nécessairement à celle-ci. C'est donc avec l'esprit ouvert et m'attendant, par le peu que j'en avais lu, à un film coup de poing, que je me suis rendue à la projection.

Et j'ai été emportée. Pas comme je l'aurais pensé (le film est bien plus léger que ce à quoi je m'attendais), mais l'émotion était belle et bien présente pour un beau moment de cinéma, qui restera comme l'un des plus marquants de l'année.

Résumé

Le film raconte l'histoire de Diane et son fils hyperactif Steve. Atteint de troubles du comportement qui le rendent imprévisible, excessif et souvent violent, Steve a été renvoyé une fois de plus d'un institut spécialisé qui le prenait en charge après avoir déclenché un incendie au cours duquel un autre pensionnaire a été grièvement blessé. Sa mère doit de nouveau l'héberger et le prendre en charge, mais l'infirmière lui parle d'une loi (fictive) qui permet aux parents déboussolés par leurs rejetons ingérables de les abandonner à l'hôpital. Diane refuse : femme forte au langage fleuri, un peu vulgaire mais attendrissante, elle est de celles qui aiment leurs enfants plus que tout sans pour autant s'oublier.

Elle fera tout pour lui faire remonter la pente tout en joignant les deux bouts. Les choses ne s'annoncent pas très bien tant la relation, fusionnelle au point d'en être un peu effrayante et surtout le comportement de Steve menace de faire dérailler leur vie déjà bien fragile. C'est à ce moment que Kyla, leur voisine institutrice, fait irruption dans leur vie. Atteinte d'un bégaiement handicapant suite à ce qui semble être un choc émotionnel, elle est en congé sabbatique et est aussi timide et inhibée que Steve et Diane sont dans l'exubérance. A trois, un nouvel équilibre apparaît, une "famille" se forme. Cela pourrait-il être le début d'une nouvelle vie, remplie d'espoir, pour chacun d'entre eux ? 

Un parti pris formel fort

mommy-xavier-nolan-anne dorval-antoine olivier pilon

Pour raconter cette histoire intense, Côté formel Xavier Dolan interpelle sur le côté formel tout d'abord et fait le choix du format 1:1, soit un cadre carré, qui apparaît bien étroit sur le grand écran du cinéma et conditionne tous ses choix de mise en scène. Beaucoup de choses restent hors cadre, on ne voit souvent pas grand chose du décor, on reste en toutes circonstances au plus près des acteurs, ce qui a souvent pour effet de provoquer une sensation d'étouffement, voire d'asphyxie. C'est évidemment le but recherché et ce choix est en parfaite cohérence avec l'histoire qui nous est contée : les personnages cherchent à échapper à l'enfermement qui les guette, au sens formel tout d'abord et dans leur vie mouvementée. Steve risque l'hospitalisation ou la prison et cette menace pèse au-dessus de lui et sa mère tout du long. Et lorsque la vie permet aux personnages d'envisager la vie avec une lueur d'espoir, Dolan surprend en donnant à l'adolescent le pouvoir d'étirer littéralement le cadre de l'écran pour voir la vie en grand. 

Raconter une histoire en 1:1 était aussi le parti pris formel de Gus Van Sant avec Elephant (2003), qui plaçait le concept au coeur même du film. On a en effet coutume de dire que si on demande à des aveugles de décrire un éléphant, chacun d'entre eux en donnera une description différente selon la partie qu'il aura pu toucher de ses mains. Chacune sera exacte et, réunies, elles permettent d'appréhender l'animal dans son entier. En limitant son cadre, le cinéaste nous montrait différentes parties, selon des points de vue multiples, pour nous permettre d'appréhender un problème complexe aux facteurs multiples : les fusillades dans les établissements scolaires américains. Ces parties découpées dans le fait divers sanglant de Columbine, réunies, faisaient la force du film. 

Toutes proportions gardées (le sujet et l'approche sont très différents), il en est un peu de même dans Mommy : nous avons trois personnages, souvent très proches les uns des autres, mais également séparés par le cadre et leurs propres problèmes et fêlures. Retirez l'un d'eux de l'équation et c'est tout le film qui s'écroule. La partie n'est rien sans le tout, mais ce morcellement de l'image, qui colle au plus près au fond, ne fait que décupler la force émotionnelle du film.  

Du drame à la légèreté

mommy antoine olivier pilon

Pour le reste, le film surprend également beaucoup par son ton, loin de tout pathos ou presque. Si le film de Xavier Dolan n'est pas exempt de scènes dramatiques et intenses (au contraire), celles-ci n'apparaissent jamais faciles, jamais tire-larmes et il y a, dès les premières minutes, un humour et une certaine forme de joie de vivre qui emporte tout sur son passage. Malgré les difficultés et les galères, mère et fils veulent vivre et croquer la vie à pleines dents et cette soif de liberté se ressens jusque dans les choix musicaux, centraux, du réalisateur, notamment dans cette étonnante séquence où chacun relâche la pression et se libère sur l'ultra-entendue "On ne change pas" de Céline Dion, "trésor national" québécois, comme le dit Steve.

Pour ceux, qui, comme Dolan, ont grandi dans les années 90, la bande son rappellera des souvenirs. Steve écoute en effet en boucle la compil qu'avait fait son père (décédé) pour leur road-trip à travers les États-Unis des années auparavant et nous entendons tour à tour chacune d'entre elles, toutes issues ou presque de la fin des années 90 et du début des années 2000 : Dido, Céline Dion, Counting Crows, sans oublier un petit retour sur 1996 avec "Vivo per Lei" lors d'une mémorable scène de karaoké. Si le résultat aurait pu être du dernier kitsch, surtout avec des titres aussi entendus à l'époque, il n'en est rien et chaque chanson est utilisée dans un but précis, qu'il s'agisse de faire comprendre le manque affectif ressenti par le jeune homme suite au décès de son père, son enfermement dans un passé "idyllique" révolu, d'apporter une bouffée d'air frais à un moment déterminant ou autre.

Des acteurs sidérants

suzanne-clement-mommy

Les acteurs, quant à eux, sont tous bluffants et nous font rentrer la tête la première dans le film. Il en fallait, du talent, pour arriver à dire ces dialogues extrêmes et à jouer ces situations délicates et casse-gueule sans pour autant verser dans le cabotinage, mais chacun des interprètes de Mommy est d'une justesse stupéfiante. Anne Dorval et Suzanne Clément, habituées des films du cinéaste, forment un beau duo d'amies aussi différentes que complémentaires. Il n'est d'ailleurs pas anodin de remarquer une ressemblance physique assez troublante entre les deux, à tel point que l'ami qui m'accompagnait m'a demandé s'il s'agissait de la même actrice (et donc d'une scène de flash back) ou non. Si Anne Dorval épate en mère de famille courage, cash et excentrique, Suzanne Clément, tout en retenue, sait faire preuve d'une intensité de jeu aussi surprenante que remarquable au détour d'une scène de confrontation avec Steve où elle prend le dessus, au propre comme au figuré, sur l'adolescent ingérable. Le jeune Antoine-Olivier Pilon, justement, devrait exploser si on continue de lui proposer des rôles à sa juste mesure. Il sait en effet rendre Steve aussi attachant qu'effrayant par moments, si bien que l'on ne se pose même pas la question de l'interprète derrière le rôle.

Liberté ! 

mommy anne dorval antoine olivier pilon

Et puis, il y a cette fin, intense, qui nous prend de court et clôt à merveille le film. Grave certes (en même temps, il était dur d'imaginer quelque chose de léger), mais à l'image des personnages : remplie de vie, qui veut, jusqu'au bout, étreindre celle-ci. Tout au long du film, Steve cherche à échapper au prédéterminisme que les institutions psychiatriques ne manquent pas de lui coller dès le début. Il tente de conquérir sa liberté au gré de ses mouvements d'humeur extrêmes et de ses accalmies bienvenues et c'est sur ce sentiment que Xavier Dolan choisit de terminer son film.

Cette fin pourrait être vue comme noire, mais filmée par Dolan sur du Lana Del Rey, elle manifeste une soif de liberté, d'air frais qui passerait presque pour optimiste, à l'image du monologue final de la mère à sa voisine. C'est ce qui fait toute la force du film : les personnages ont beau trébucher, suffoquer tout du long, ils n'en demeurent pas moins de vaillants combattants, prenant le présent à bras le corps et avançant vers un futur incertain, mais avançant malgré tout. L'émotion peut alors nous gagner sans que nous nous sentions à aucun moment pris en otage.    

Surprise de l'année 2014, il est certain que Mommy marque une nouvelle étape dans la carrière de Xavier Dolan, qui met pour la première fois ici tout le monde d'accord, y compris ses détracteurs de la première heure. On attendra beaucoup de lui par la suite, mais, au vu de ce qu'il nous donne ici, on ne peut que lui souhaiter de faire preuve de la même liberté, de la même sincérité désarmante que celle qui transparaissait lors de son discours à Cannes : celle d'un artiste entier, exigeant envers lui-même, qui donne tout et atteint ici une symbiose des plus enthousiasmantes. 

Partager cet article

Published by Cécile Desbrun - dans Cinéma
commenter cet article

DOSSIERS THEMATIQUES

Catégories