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12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 11:50
Quelques expos gratuites (ou presque) à voir à Paris en mars

Avant la publication de ma chronique sur l'expo événement David Bowie Is à la Philarmonie de Paris (12€ en plein tarif), j'ai voulu faire le tour des expos gratuites (ou presque) les plus intéressantes du moment en ce mois de mars. J'en ai retenu trois, à visiter de toute urgence.

Déjà Stars au Centre culturel du CROUS de Paris

Marcel Thomas, décédé en 2000 et repasseur de métier, était un passionné de photographie, avec une profonde sympathie pour les célébrités et les gens. Considéré aujourd'hui comme le premier paparazzo au sens noble du terme (il prenait les gens sur le vif, mais en leur demandant toujours l'autorisation), il s'est constitué au fil des ans un réseau de portiers et de voituriers qui lui filaient des tuyaux pour pouvoir photographier les stars à la sortie des hôtels ou des cocktails mondains. Il a ainsi immortalisé la plupart des grandes stars de la chanson et du cinéma de 1947 à 1990 au travers de plus de 30 000 clichés.

Parmi cette abondante collection, dont il ne fit jamais commerce (un livre de photos, aujourd'hui épuisé, fut seulement publié en 1996 et un second en 2002), le CROUS de Paris a sélectionné 400 photographies en noir et blanc ayant toutes une particularité : il s'agit d'images de stars françaises et internationales photographiées à Paris avant que leur carrière n'explose et qu'elles ne deviennent véritablement célèbres. Leur apparence est parfois bien différente de celle que nous connaissons aujourd'hui, quand elles ne sont pas tout simplement méconnaissables (à l'image de Mireille Darc, pour ne citer qu'elle) ; d'autres ont déjà leur persona. Le titre de l'exposition suggère que, bien qu'encore inconnues du grand public à ce moment-là, toutes étaient "déjà stars", avec un charisme et un talent particuliers que le photographe avait su repérer.

Présentant une sélection de clichés de stars américaines très célèbres comme Elvis Presley, Clint Eastwood, Meryl Streep, Jodie Foster, Sylvester Stallone (impressionnant en manteau de fourrure), Arnold Schwarzenegger ou John Travolta, l'exposition n'en est pas moins largement dédiée aux artistes français et ce dès le début où, au son du "Bonnie and Clyde" de Serge Gainsbourg en duo avec Brigitte Bardot, on pénètre dans un couloir noir entièrement dédié à nos plus grandes stars. L'exposition brasse plusieurs époques, réunies dans plusieurs univers au travers d'une scénographie astucieuse et ludique, qui fait pénétrer le visiteur dans l'univers des célébrités. Un mini Walk of Fame, une salle de cinéma, un club de jazz, la loge de Johnny Hallyday, un diner américain constituent ainsi les différents décors du parcours de l'exposition et cette immersion contribue au plaisir pris à la parcourir.

C'est un patrimoine photographique d'une grande valeur qui se dégage au travers de Déjà Stars, brossant le portrait de plusieurs époques sur 40 ans. Les étudiants pourront s'y reconnaître (et découvrir ou redécouvrir par la même occasion certains artistes), tout comme les passionnés de musique et de cinéma de tous âges.

Exposition Déjà Stars, jusqu'au 23 mai 2015 au Centre culturel du CROUS de Paris, 12 rue de l'Abbaye, 75006 Paris (M° Saint-Germain-des-Prés). Ouvert de 13 à 17h du lundi au vendredi et de 10 à 18h le samedi. Gratuit pour les étudiants et les abonnés UGC Illimité. Plein tarif : 1€.

Quelques expos gratuites (ou presque) à voir à Paris en mars

Miroir ô mon miroir au Pavillon carré de Baudouin

Que se passe-t-il lorsque l'art contemporain s'intéresse aux contes de fées ? La réponse se trouve au Pavillon carré de Baudouin, où une vingtaine d'artistes se sont penchés sur la question. Au fil d'un parcours qui commence par une impressionnante forêt dans laquelle nous sommes invités à nous perdre, nous découvrons des oeuvres représentant l'interdit, les métamorphoses et les épreuves des contes de fées. De nombreux symboles, tels que le miroir magique, sont présents, tandis qu'un livret remis à l'entrée nous aide à interpréter ces oeuvres parfois explicites et parfois plus mystérieuses.

Dur de faire un choix parmi la diversité des oeuvres présentées, mais s'il ne fallait en retenir que trois, je citerais Walking on Valley of Fire de Chloé Dugit-Gros (2010) qui présente une paire de baskets collées sur des pneus éclatés, la très belle Constellation de la Biche II (2012) de Julien Salaud avec sa biche entourée d'une constellation de perles et de clous et enfin le très drôle The Real Snow White de Pilvi Takala, une vidéo où l'artiste finlandaise tente de pénétrer à Disneyland Paris déguisée en Blanche-Neige et se fait refouler sous prétexte qu'on pourrait la prendre pour... la "vraie" Blanche-Neige, qui travaille à l'intérieur du parc (les employés de Disneyland n'ont pas le droit de reconnaître que les personnages Disney sont joués par des acteurs). De fait, pour que les enfants ne confondent pas les visiteurs avec les employés, les adultes n'ont pas le droit de se déguiser, contrairement aux enfants. Critique bien sentie et réflexion sur le passage du monde de l'enfance au monde des adultes, où la protagoniste est confrontée à un principe de "réalité" contradictoire, la vidéo s'avère tout à fait pertinente pour clore l'exposition, qui s'achève réellement par Ceci fait de vous d'Alexandre Maubert (2015), soit trois attachés-cases en cuir noir dont il faut deviner le code grâce à un indice remis (en principe) à l'entrée pour en dévoiler le trésor, une oeuvre appartenant à une série numérotée pour l'exposition et accompagnée de son certificat d'authenticité.

Miroir ô mon miroir s'impose ainsi comme une exposition riche, bien que pas toujours accessible aux plus jeunes à l'exception de certaines oeuvres (ceci dit, des visites scolaires commentées, où des oeuvres sont commentées de manière claire, sont organisées, comme j'ai pu le constater). Plutôt que de nous faire retomber en enfance, elle expose les contradictions psychiques présentes dans les contes, qui parlent tout particulièrement aux adultes et participent au développement psychologique de l'enfant, qui n'a pas conscience de tous ces ingrédients. Une réussite dans le genre.

Miroir ô mon miroir jusqu'au 23 mai 2015 au Pavillon carré de Baudouin, 121, rue de Ménilmontant, Paris 20e (M° Ménilmontant). Ouvert du mardi au samedi de 11 à 18h. Entrée libre.

Quelques expos gratuites (ou presque) à voir à Paris en mars

Terry Richardson : The Sacred and the Profane à la galerie Emmanuel Perrotin

Célèbre photographe de mode et portraitiste de stars, aussi talentueux que subversif, Terry Richardson sait également, à l'image d'un David Lachapelle en moins outrancier, prendre la température de son temps. C'est le cas avec cette exposition The Sacred and the Profane où le photographe ausculte l'Amérique obsédée par le sexe et la religion pour mieux en faire ressortir les paradoxes.

Le tout, qui ne manque pas d'une certaine dose de provocation et d'esprit postmoderne, est réalisé avec simplicité : il s'agit en grande partie de clichés montrant des pancartes à caractère religieux ou sexuel, les deux se superposant souvent, comme dans cette image où une immense pancarte "Jésus vous regarde" est plantée juste à côté d'une plus petite indiquant "Films pour adultes". Terry Richardson a sillonné les États-Unis à la recherche de ces signes contradictoires qui témoignent de la division interne d'une nation qui s'est fondée sur un mythe. Les grands espaces américains et les paysages de l'Amérique profonde sont également présents, vus à travers le regard singulier du photographe qui n'hésite pas à faire poser un mannequin entièrement nu jambes écartées en plein milieu de la route.

L'expo possède également un aspect ludique et encourage les photos puisque plusieurs silhouettes sont là pour que vous puissiez leur donner un visage, comme celle de Miley Cyrus nue sur la boule de destruction de "Wrecking Ball", dont Richardson a réalisé le clip.

Terry Richardson : The Sacred and the Profane, jusqu'au 11 avril 2015 à la galerie Perrotin, 76, rue de Turenne, Paris 3e (M° Saint-Sébastien Froissard). Ouvert du mardi au samedi de 11 à 19h. Entrée libre.

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Published by Cécile Desbrun - dans Art & culture
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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 11:48
L'Astragale de Brigitte Sy (2014) : critique du film

Albertine Sarrazin, 19 ans, a été emprisonnée pour un hold-up dans une boutique de vêtements. Une nuit, elle décide de s'évader et saute du mur de la prison. Dans sa chute, elle se casse un petit os du pied, l'astragale et rampe sur le bord de la route, où elle est secourue par Julien, un petit truand au coeur tendre. Il l'aide et la cache chez une amie à Paris et les deux tombent amoureux. Tandis que lui mène sa vie de malfrat en province, Albertine passe de planque en planque et se prostitue pour survivre tout en réapprenant à marcher dans les rues de Paris. Elle tient un journal intime pour tenir le coup et supporter l'absence de Julien, de plus en plus douloureuse...

Adapté du roman autobiographique d'Albertine Sarrazin, publié en 1965, L'Astragale de Brigitte Sy se concentre sur la cavale de la jeune femme, d'avril 1957 à juin 1958, date à laquelle elle est de nouveau emprisonnée pendant deux ans. Le film se concentre sur son parcours et surtout son histoire d'amour en pointillés avec Julien, absent la plupart du temps mais avec lequel elle vit un amour intense qui continuera jusqu'à la fin de sa vie (elle meurt des suites d'une opération à 29 ans en 1967). Présenté comme une histoire d'amour fou, L'Astragale a le mérite de ne jamais tomber dans le pathos et n'écarte à aucun moment la dureté des conditions de vie d'Albertine.

L'Astragale de Brigitte Sy (2014) : critique du film

Une héroïne moderne

Femme libre et libérée (elle a des liaisons homosexuelles) dans une France alors ultra-conservatrice, Albertine exerce sa liberté par la force et l'acuité de son écriture. Écrire lui sauve la vie et lui permettra à sa libération de trouver la consécration en tant qu'écrivain (elle est d'ailleurs soutenue par Simone de Beauvoir). Dans le film, cela se retrouve dans la voix-off, présente avec justesse pour dire la douleur, la rage, l'amour, la force de vie de cette femme écorchée vive et combattive. Les mots d'Albertine, aussi durs que poétiques, se superposent aux images et nous la rendent proche. Malgré la différence d'époque, son écriture apparaît toujours moderne et nous nous identifions sans peine à elle.

Brigitte Sy évite également de glamouriser la prostitution, à laquelle Albertine s'adonne par choix. Sa décision est guidée par un instinct de survie (et une certaine propension à l'auto-destruction, pour se heurter à elle-même, comme elle le révèle dans sa lettre à Julien à la fin) et non pour affirmer une quelconque liberté de moeurs. Elle ne prend aucun plaisir là-dedans, rencontre des clients parfois gentils auxquels elle est indifférente, agit en mode automatique, se protège comme elle peut de la dureté de sa condition. Enfin, pas de scènes choc ou voyeuristes, le tout est filmé avec la plus grande pudeur et le plus grand respect pour l'héroïne.

L'Astragale de Brigitte Sy (2014) : critique du film

Des interprètes tout en force et fragilité

La réalisation, classique et classieuse, magnifie Leïla Bekhti et colle au plus près des personnages. Le noir et blanc rend d'autant plus crédible la reconstitution d'époque et donne beaucoup de charme à l'ensemble. A noter également un beau travail sur la lumière. La simplicité semble être le maître mot de la cinéaste, qui n'en réalise pas moins certains plans magnifiques.

Les acteurs, enfin, donnent corps aux personnages avec une grande justesse, nous faisant rapidement oublier les interprètes. Leïla Bekhti donne force et fragilité à Albertine, mais également une certaine dureté par moments, qui la rendent infiniment complexe et attachante. Reda Kateb quant à lui apporte sa douceur et sa bienveillance à Julien, sans en gommer les aspérités. Ils forment un couple touchant, qui s'aime et se heurtent l'un à l'autre en même temps.

L'Astragale s'impose donc comme un portrait de femme sensible et moderne, sans pathos ni misérabilisme, à l'image de la personnalité hors norme d'Albertine Sarrazin. Le film a le goût du réel et ne glamourise ni la situation de son héroïne ni son histoire d'amour, forte mais emprunte de difficultés. On aurait peut-être aimé un peu plus d'émotion à la fin, lors de l'arrestation d'Albertine et de la séparation provisoire des deux amants, en même temps, Brigitte Sy n'écrit-elle pas dans sa note d'intention que cette séparation est, au fond, "le vrai commencement de leur grande histoire d'amour" ? L'émotion est donc là, tout en retenue, dans le regard de Julien, qui l'attendra. Ils se marieront l'année suivante, pendant l'incarcération d'Albertine. Le film est en ce sens l'histoire d'une rencontre et il marquera à n'en pas douter la rencontre entre l'oeuvre d'Albertine Sarrazin et un nouveau public.

Sortie le 8 avril 2015

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Published by Cécile Desbrun - dans Cinéma
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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 21:56
Lost River de Ryan Gosling (2014) : critique du film

Bones vit avec sa mère Billy et son jeune frère dans la petite ville de Lost River, une cité désolée où les maisons sont vandalisées et détruites. Ne pouvant plus rembourser son crédit immobilier, Billy se résout à accepter l'offre d'emploi mystérieuse du directeur de sa banque, Dave, qui a des vues sur elle, pour pouvoir rembourser ses impayés. Pendant ce temps, Bones découvre une route qui s'enfonce dans l'eau et sa petite-amie lui suggère qu'elle mène à une ville engloutie par un barrage. Lost River serait victime d'une malédiction selon elle et le seul moyen de la briser serait de remonter un objet à la surface...

Suffit-il de tourner avec de grands cinéastes pour réaliser soi-même des films ? Cette question, Ryan Gosling a dû l'entendre un certain nombre de fois depuis son passage au Festival de Cannes, où il a été vivement critiqué, pour ne pas dire hué. Pourtant, à la vision de ce Lost River qui apparaît comme un film aussi ambitieux que personnel, on a un peu du mal à comprendre pourquoi, si ce n'est qu'il est de bon ton de taper sur les acteurs beaux gosses qui veulent s'essayer à la réalisation. Certes, ce premier essai n'est pas parfait, mais il fourmille d'idées de mise en scène et il se dégage de cet hommage au cinéma des années 80 de vrais partis pris et une atmosphère particulière.

Lost River de Ryan Gosling (2014) : critique du film

La nostalgie des années 80

Le film débute par un air suranné des années 50 sur des images évoquant elles aussi une certaine nostalgie : un petit garçon d'environ deux ans se promène dans une maison et dans le jardin, accompagné de sa mère dans des plans qui évoqueraient presque Terrence Mallick (avec lequel Ryan Gosling a récemment tourné). Puis des plans d'une ville de banlieue désolée s'enchaînent et nous faisons la connaissance du héros, Bones (Iain de Caestecker), le fils tout juste majeur de Billy (Christina Hendricks), mère de famille célibataire qui élève seule ses deux enfants. Une atmosphère étrange, quasi-fantastique, se dégage bien vite au travers de ces images - atmosphère qui se poursuivra durant tout le film - grâce à un travail sur le cadrage, le flou et les couleurs.

Parlons des couleurs, tiens : du rouge et orange du feu qui détruit les maisons au rose néon de la lampe de chevet de la petite-amie de Bones (Saoirse Ronan), en passant par le violet et le bleu dans le sous-sol du club glauque dans lequel la mère est embauchée, on respire les années 80 à plein nez et on peut sentir la nostalgie du réalisateur pour cette période qui a bercée son enfance. Esthétique et visuellement chaleureux, le film est en ce sens très beau et nous plonge tout de suite dans un univers particulier.

Ce penchant pour les années 80 se retrouve également dans la chemise à pois dorés et le look en général de la brute de la ville, le bien nommé Bully (Matt Smith, échappé de Dr Who et assez méconnaissable), qui évoque un peu - en moins drôle - la petite frappe qui s'en prend à Marty dans les Retour vers le futur. Mais également par la mise en scène de la séquence d'introduction du personnage d'Eva Mendes, qui évoque la patte de Brian De Palma ou encore la séquence où Billy se trouve dans le caisson, qui fait de l'oeil au Blue Velvet de David Lynch.

Dans la note d'intention présente dans le dossier de presse, où il révèle avoir réellement entendu parler d'une ville engloutie par un barrage alors qu'il était enfant, Ryan Gosling évoque également son amour pour les films fantastiques populaires des années 80 et l'histoire de cette route menant peut-être à une ville engloutie les évoque bien, tout comme certaines images. Pour autant, que les nostalgiques de Willow ou L'histoire sans fin se calment : le film, malgré le charme un peu naïf qui s'en dégage (notamment en ce qui concerne son histoire d'amour), est loin d'être un film pour enfants et plusieurs passages sont même assez violents et dérangeants. Il s'agit en réalité d'une oeuvre assez étrange, prise entre plusieurs genres. Un film sur la famille et la survie, mais pas franchement un film familial.

Lost River de Ryan Gosling (2014) : critique du film

La famille comme rempart

Filmé dans les quartiers désolés de Detroit, Lost River dépeint un monde en ruine contre lequel la famille et Rat, la petite-amie de Bones, constituent un rempart. Le contraste est grand entre la dureté de la ville et la chaleur, le sentiment de sécurité qui se dégage des images du générique avec la mère et son enfant ou encore de Rat improvisant une chanson d'amour sur son mini-clavier seule dans sa chambre baignée de rose. Une chaleur que l'on retrouve également dans le chauffeur de taxi incarné par Reda Kateb, qui aura son importance à la fin.

L'histoire semble avoir été imaginée par un adolescent en pleine ébullition et, ce qui pourrait être un reproche dans d'autres circonstances ne l'est pas ici : après tout, le film s'assume en tant que conte gothique et nous sommes semble-t-il dans la tête de Bones, jeune homme prêt à tout pour protéger les siens. Comment s'étonner, alors, qu'un personnage comme Bully prenne le contrôle de la ville ? Il pourrait tout à fait s'agir du cauchemar d'un adolescent qui se fait harceler par la brute du lycée. Là où Ryan Gosling réussit son pari, c'est lorsque ce personnage à l'allure ridicule, pas très impressionnant de prime abord, devient beaucoup plus inquiétant au fil du film.

Lost River de Ryan Gosling (2014) : critique du film

Un premier essai convaincant

Gosling fait également preuve d'une maîtrise suffisante pour que ses références ne pèsent pas trop lourd, contrairement à un Guillaume Canet handicapé par ses clins d'oeil et ses références dans Ne le dis à personne (qui n'était pourtant pas un premier film). Là, on sent l'enthousiasme du jeune réalisateur qui veut essayer plein de choses et réalise de beaux plans esthétiques, mais chacun de ces partis pris a une raison d'être et est bien intégré à l'ensemble. Esthétique, le film n'est également en aucun cas vaniteux malgré un petit côté arty et apparaît sincère, ce qui compense ses quelques défauts, comme une fin un peu abrupte.

La tendresse que Ryan Gosling porte à ses personnages, enfin, est pour beaucoup dans le plaisir qu'on prend à Lost River et il convient de vanter les mérites du casting, très pertinent, de Christina Hendricks (avec laquelle l'acteur avait déjà travaillé sur Drive), forte et fragile à la fois en mère courage à Saoirse Ronan, qui apporte sa personnalité singulière au personnage de Rat. Quant à Eva Mendes (Mme Ryan Gosling à la ville), son apparition est des plus marquantes (je ne vous en dis pas plus).

Au final, Lost River apparaît comme un bon premier essai, dont il se dégage un amour du cinéma manifeste et tout un tas d'idées qui ne demandent qu'à être davantage explorées. La douce nostalgie du réalisateur pour l'enfance et les années 80 donne en outre à ce film beaucoup de charme.

Sortie le 8 avril 2015

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5 mars 2015 4 05 /03 /mars /2015 14:58
Sea Fog - Les clandestins de Shim Sung-Bo (2015) : critique du film

Kang est capitaine d'un bateau de pêche menacé d'être vendu par son propriétaire. Il décide de racheter lui-même le bateau et de conserver son équipage. Mais la pêche étant insuffisante, l'argent vient à manquer et il accepte de transporter des clandestins venus de Chine. La situation va rapidement échapper à son contrôle...

Après avoir réalisé des chefs d'oeuvre comme The Host (2006), un des meilleurs films de monstres des années 2000 et s'être frotté à Hollywood avec le sympathique Snowpiercer (2013) , Bong Joon-Ho revient en tant que producteur sur Sea Fog, le premier film en tant que réalisateur du scénariste Shim Sung-Bo avec lequel il avait co-écrit Memories of Murder en 2002. Sea Fog est une première oeuvre visuellement très aboutie, qui nous plonge dans l'univers anxiogène de ce bateau en perdition. Malgré le réalisme social dépeint par le film, il règne une ambiance quasi-fantastique avec cette brume qui s'installe et viendra faire ressortir les plus bas instincts des protagonistes. Une réussite dans le genre.

Un anti-héros marquant

Pourtant, les choses avaient commencé de manière bien plus hésitante, avec des personnages secondaires typés pour ne pas dire stéréotypés qui faisaient craindre que le film ne s'installe dans une mauvaise caricature. Il y a par exemple la femme qui, pour être au chaud à l'intérieur du bateau, est prête à coucher avec le premier venu. Ou le membre de l'équipage qui ne pense qu'à violer l'héroïne du début à la fin et ne possède aucune ligne de dialogue révélant autre chose de lui. Cependant, la noirceur de l'ensemble, absolue, vient à bout de ces résistances et les caractères se révèlent.

S'il y a bien un personnage loin de tout cliché, cependant, c'est bien le capitaine Kang, sombre et charismatique, dont la déchéance morale est amenée de manière aussi convaincante qu'étonnante. Bon et empathique au départ, il fera tout pour sauver son navire et sortir indemne de la situation, même si cela implique de perdre son humanité. Ce revirement particulièrement saisissant est à l'origine de scènes terrifiantes lorsque, à la suite d'un événement inattendu, l'intrigue sombre dans le cauchemar.

L'innocence au milieu de l'horreur

Le film à visée sociale grand public sombre alors dans le film de genre implacable et personne n'en sortira indemne. Au milieu de cette noirceur subsiste malgré tout la beauté d'une histoire d'amour, simple et lumineuse, pour ne pas dire naïve. L'innocence survit au milieu du chaos et de la barbarie et le jeune couple apparaît touchant. La force du film vient d'ailleurs de ce contraste constant entre la grâce de cet amour naissant et l'horreur de ce qui se passe à bord.

Signant une oeuvre classique sombre mais accessible, entre constat humaniste (l'immigration clandestine) et constat sans appel de la nature humaine, Shim Sung-Bo remporte haut la main le défi que représente la réalisation d'un premier film et réalise même l'une des scènes les plus marquantes de ces dernières années lorsque nous assistons, sans complaisance, à l'horreur, vue à travers les yeux de l'héroïne. Sea Fog, s'il n'est pas le grand film qu'était The Host, où régnait également horreur et désolation, parvient cependant à marquer et interpeller le spectateur. Et continue de prouver, si besoin était, la force et le dynamisme du cinéma coréen.

Sortie le 1er avril 2015

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 19:10

http://finotoday.com/wp-content/uploads/2015/02/9cfbO4VYodi.jpgAprès un premier EP remarqué en 2013, le duo Wardell est de retour avec un premier album de 10 titres, Love/Idleness, sur lequel on retrouve le single "Oppossum" et le titre "Uptown Era". Publié sur le label Roc Nation de Jay-Z, ce disque, sans révolutionner le folk-rock, devrait aider le frère et la soeur à prouver qu'ils ne sont pas seulement les enfants de Steven Spielberg

Commençons par les points négatifs : le disque manque un peu de cet aspect naïf et rétro qui faisait tout le charme de "Oppossum", le single qui les a fait remarquer et qui est de loin le morceau le plus complexe de l'album, celui qui possède le plus de contraste. A part cette chanson d'ailleurs, aucun titre ne se démarque véritablement à la première écoute, ce qui demande de le réécouter pour s'en faire une idée plus juste.

En revanche, il y a un parfum de nostalgie qui se dégage au travers des mélodies et des paroles, ce qui fait le charme de l'album. Love/Idleness est le disque idéal à écouter en road trip en fin de journée, pour se détendre au soleil couchant (comme sur la pochette, tiens !) tout en discutant avec ses amis. La voix de Sasha Spielberg, belle et incarnée, nous embarque et les mélodies sont construites autour de sa voix, pour la mettre en valeur. 

L'album parle beaucoup du fait de grandir et on ne peut s'empêcher de penser que cette nostalgie de l'enfance leur a été inculquée par leur paternel, qui a longtemps dit se reconnaître dans le personnage de Peter Pan, au point de tenter une adaptation très libre de l'histoire de James Barry (au passage, ses enfants ont détesté Hook). 

Une musique ensoleillée très L.A.

http://assets.noisey.com/content-images/contentimage/no-slug/ab27ba1d56a8032dedfa1e594012e871.jpg

Du reste, Love/Idleness fait partie de ces disques easy listening qui ne révolutionnent pas le genre mais font preuve de sincérité et de chaleur. Cela se ressens immédiatement avec "Funny Thing", qui ouvre l'album : il y a une sorte d'immédiateté qui rend le titre, tranquille, presque nonchalant avant la montée en puissance finale, foncièrement attachant. Quand au morceau qui suit, "Dancing on the Freeway", il y a un petit son 80's à la Blondie (un son qu'une artiste comme HollySiz s'est récemment réapproprié avec bonheur) qui se dégage et donne envie de danser et chanter à tue-tête. De manière générale, la musique de Wardell est aussi ensoleillée que leur Los Angeles natal et cet aspect assez cool qui fait leur charme pourra aussi en agacer certains. Ceci dit, passé la première écoute, la musique des Spielberg se révèle vraiment et, tout aussi tranquille et décontractée soit-elle, elle ne manque pas de contrastes subtils qui en font tout le sel. Alors oui, il n'y a pas forcément ce brio immédiat qu'on ressens dans "Oppossum" avec ses airs 60's et sa progression géniale, mais le disque, qui n'affiche que 33 minutes au compteur et passe donc très vite, mérite vraiment d'être réécouté pour être apprécié à sa juste valeur. 

Au milieu de titres plutôt rock ou folk-rock, "Virginia, Wait" et son son acoustique offre un contraste bienvenu et constitue un joli portrait de femme ordinaire avant de revenir au son plus rock de "Uptown Era", déjà présent sur l'EP Brother/Sister. Un titre lent, mellow, qui s'envole lentement mais sûrement et possède une belle puissance. Dans la deuxième moitié de Love/Idleness, seul "Heaven's Keepers" et ses choeurs légèrement électro est un peu plus en demi-teinte et serait davantage dispensable. On aurait préféré retrouver leur titre "Eli", lui aussi présent sur l'EP, à la place, le son rétro (sur un mode rock plus ténébreux) faisant le lien avec "Oppossum", l'avant-dernier titre de l'album. Je vous ai déjà suffisamment vanté les mérites de ce titre pour m'y arrêter davantage, si ce n'est pour dire que non content d'être brillant et de posséder une très belle progression, il s'agit du titre feel-good par excellence, du genre qu'on écoute dès le petit matin pour passer une bonne journée et qu'on passera aussi facilement en soirée. 

Du coup, forcément, le titre qui clôt l'album, "Pray to the City", court et très nonchalant, souffre un peu de la comparaison et constitue une fin moins forte, plus banale que si le frère et la soeur s'étaient tout simplement arrêtés sur leur tube. Cela ne retire cependant rien à la qualité de l'ensemble, réelle. Alors oui, la musique des Wardell est représentative de cette coolitude décontract' de Los Angeles qui peut énerver (en plus, ce sont les gosses de Spielberg, ne manqueront pas de dire certains), mais ces jeunes musiciens sans prétention sont des plus attachants et on ne manquera pas de suivre leur évolution, en espérant qu'il y ait un deuxième album.  

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Published by Cécile Desbrun - dans Musique
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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 16:53

http://fr.web.img5.acsta.net/pictures/14/12/16/17/20/077619.jpgPour son sixième long-métrage, Quentin Dupieux a décidé de tourner une nouvelle fois aux Etats-Unis et de s'intéresser au milieu du cinéma, pour une mise en abyme du principe de réalité. Nous commençons par suivre les aventures d'une petite fille , Réalité, qui part à la chasse avec son père et voit celui-ci tuer un sanglier. Une fois revenus chez eux, lorsque l'homme vide les entrailles de l'animal, elle aperçoit une cassette vidéo à l'intérieur de la bête, qui passe inaperçue aux  yeux du père et finit à la poubelle. Lorsque le soir elle parle de ce qu'elle a vu à ses parents, ils refusent de la croire, elle a dû imaginer tout ça.

Puis l'action s'élargit et nous faisons la connaissance de Jason (Alain Chabat), cameraman pour une émission de télé marié à une psychanalyste (Elodie Bouchez) et aspirant réalisateur qui travaille depuis plusieurs années sur une idée de long-métrage abracadabrantesque sur des téléviseurs qui tuent des humains grâce aux ondes qu'elles émettent. Coup de chance, lorsqu'il rencontre un producteur excentrique (Jonathan Lambert), celui-ci se montre intéressé par le projet. Il lui permettra de réaliser son film à une seule condition : qu'il trouve en 48 heures le gémissement ultime de film d'horreur, celui qui serait à même de marquer l'histoire du cinéma. Les choses vont alors prendre une tournure de plus en plus étrange pour Jason...

Une impression de David Lynch en version comique

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Trop peu de comédies françaises se paient le luxe de nous faire rire en faisant preuve à ce point de fantaisie, en assumant leur folie douce sans sombrer dans un humour de pacotille. Quentin Dupieux, "qui ne cherche qu'à s'amuser" selon Elodie Bouchez, tout en cherchant (et réussissant) à divertir le spectateur, fait preuve ici d'une belle ambition, tant au niveau formel que sur le plan narratif et on ne manquera pas de voir une certaine filiation, dans l'esprit, avec Michel Gondry ou Charlie Kauffman. Réalité nous plonge dans un rêve éveillé où différents niveaux de réalité s'enchâssent les uns dans les autres, de sorte que plus le film avance, moins nous savons si nous sommes dans la "réalité" ou dans la tête de Jason, de la fillette voire de l'animateur de télé qui se gratte de manière obsessionnelle.

Les motifs migrent de plus en plus et nous avons l'impression de plus en plus nette de nous trouver dans un film de David Lynch en version comique. La comparaison avec Lost Highway, notamment, s'impose. Les deux films ont en commun de nous plonger dans le cauchemar d'un homme et il y a ce moment délicieux dans la dernière partie du film où le personnage du producteur, en rendez-vous avec Jason, reçoit un coup de fil de... Jason lui-même, plongé au fin fond de son cauchemar, ce qui n'est pas sans rappeler la fin de Lost Highway, où nous nous rendons compte que le fameux message de l'interphone laissé au personnage de Bill Pullman a été laissé par... Bill Pullman lui-même, prisonnier d'une boucle infernale. Dupieux joue d'ailleurs avec ces citations cinéphiliques avec brio et on s'amusera de remarquer, ici ou là, des références à différents films de genre. Difficile, ainsi, de ne pas penser à Videodrome de Cronenberg avec l'épisode de la cassette vidéo trouvée à l'intérieur du sanglier.

Un film en forme de Rubix Cube très drôle

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Mais au-delà ce côté arty (qui ne tombe jamais dans la prétention) qui sera largement commenté à n'en pas douter, il y a surtout un film très drôle avec d'excellents interprètes. Quentin Dupieux voulait travailler avec Alain Chabat et on ne peut que le féliciter pour ce choix tant l'acteur rend le personnage de Jason attachant de naïveté. Il lui donne ce côté gentiment lunaire, toujours un peu à côté, qui fait qu'on le suit avec joie dans ses aventures, sans non plus se moquer de lui comme cela était le risque vu le pitch ridicule de son scénario. Chabat incarne avec une vraie sensibilité cet homme rêveur et impressionnable et rend le personnage d'autant plus drôle. Il faut le voir décliner avec le plus grand sérieux des dizaines de gémissements tous plus ridicules les uns que les autres ou se faire houspiller par sa femme, le personnage le plus terre à terre du film, finalement. Elodie Bouchez arrive quant à elle à exister avec relativement peu de scènes et forme un duo improbable mais très drôle avec Alain Chabat.

Quant à Jonathan Lambert, habitué à travailler avec le cinéaste, il emporte véritablement le morceau avec son interprétation du producteur. Un rôle délicat car toujours sur la corde, à deux doigts du ridicule et en même temps assez inquiétant. L'acteur parvient à tirer son épingle du jeu en dévoilant les différentes facettes du personnage et forme un duo comique imparable avec Alain Chabat. Une grande partie du film repose sur leur confrontation et l'équilibre qui s'instaure entre eux est à l'origine des meilleures scènes du film. 

Enfin, bien qu'il ne se prenne pas au sérieux le moins du monde, Réalité est aussi un film sur le cinéma, qui interroge la relation que nous avons aux images et aux histoires que nous voyons sur grand (et petit) écran. On y retrouve des obsessions et cauchemars de réalisateur, comme celui d'imaginer un film qui a déjà été réalisé, ce qui donne lieu à une scène drôlatique. De vrais partis pris esthétiques accompagnent cette réflexion et ce, dès les premières images du film et ses gros plans sur des animaux empaillés, faisant de Réalité un film pleinement abouti. De manière générale, le réalisateur parvient à instaurer un sentiment d'étrangeté et d'irréalité avec simplicité, sans en faire des tonnes, ce qui permet d'autant plus facilement au spectateur de rentrer dans le film et à l'humour de s'exprimer.

Bien que complexe dans sa forme, avec une intrigue en forme de Rubix Cube, il n'est guère besoin de se prendre la tête pour apprécier Réalité et le mieux est encore de se laisser porter. La grande fluidité de l'ensemble favorise d'ailleurs cet état d'esprit et, même si on ressort sans être sûr d'avoir tout compris (on peut d'ailleurs se demander s'il y a un sens défini, arrêté, plusieurs interprétations restent possibles), cela ne gâche en rien notre plaisir.

Ambitieux et maîtrisé, Réalité est un film qui devrait réconcilier les amateurs de comédies loufoques et sophistiquées et ceux de films de genre. Sans prise de tête, il nous propose une réflexion sur le cinéma et interroge la notion de réalité par l'entremise d'un récit qui prend la forme d'un rêve éveillé. Surtout, il se révèle drôle et percutant et offre de vrais partis pris de mise en scène, avec son lot de scènes phares. Une comédie comme on aimerait en voir plus souvent !  

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Published by Cécile Desbrun - dans Cinéma
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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 14:21

cheektocheek-lady gaga-tony bennettAlors que l’on sait depuis la semaine dernière que Lady Gaga enregistre de nouveaux morceaux avec le producteur RedOne responsable de ses plus grands succès comme « Poker Face », j’ai eu envie de me plonger dans ce Cheek to Cheek sorti en septembre 2014. Autant l’avouer tout de go, la musique de l’icône pop des années 2010 m’horripile assez : la faute à un son standardisé qui me laisse de marbre et à un manque d’originalité (écoutez plutôt Madonna) qu’elle compense par des costumes et clips extravagants. Malgré tout, il y a quelques années, j’avais écouté sa performance, seule au piano, de certains de ses tubes et là, j’avais été grandement étonnée : lorsque sa voix n’est pas passée au vocoder, celle-ci est très belle, avec une jolie puissance. D’où mon enthousiasme à l’idée de pouvoir écouter un album entier où elle aurait cette voix-là, un album de jazz avec le grand Tony Bennett, qui plus est !

Un bel écrin pour la voix de Lady Gaga

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Et ma curiosité a payé puisque ce Cheek to Cheek est de très bonne facture. Faisant preuve d’un joli coffre et d’une aisance vocale certaine sur des standards pas aussi simples à interpréter qu’il n’y paraît, Lady Gaga fait instantanément oublier sa musique pour se fondre avec grâce dans cet univers qui ne lui est pas étranger puisqu’elle a interprété des standards de jazz dans des piano-bars avant de devenir célèbre. Sa voix se mélange avec bonheur à celle du crooner de 88 ans, qui est toujours intacte et ces deux personnalités que tout oppose vont nous faire swinguer le temps d’une dizaine de titres enlevés (16 sur l’édition deluxe exclusive iTunes). De Gershwin à Cole Porter en passant par Duke Ellington, ils revisitent un répertoire connu, auquel de grandes voix se sont déjà frottées et savent se l’approprier.

Si la plupart des morceaux sont interprétés en duo, Cheek to Cheek comporte aussi quelques jolis solos.  A ce propos, sur « Lush Life », préparez-vous à être bluffé par l’interprétation de Lady Gaga, tout en retenue et en subtilité là où sa voix est davantage dans la performance durant le reste de l’album. A ce sujet, un seul titre pâtit vraiment de ce côté un brin trop show off : « I Can’t Give You Anything But Love », où elle n’hésite pas à en faire des tonnes, au détriment de la chanson. Pour le reste, si elle fait la démonstration de la puissance de sa voix, cela ne nuit jamais à la qualité de l’ensemble. Quant au grand Tony Bennett, rien à redire : il n'y a qu'à écouter son interprétation magistrale d'un titre comme "Sophisticated Lady" pour se souvenir pourquoi Frank Sinatra himself le considérait comme le plus grand. 

Ce qu’on pourrait en revanche reprocher au disque, c’est de se situer un peu trop dans la grande tradition américaine des albums de duo et d’être un brin trop sage. Il manque en effet ce grain de folie qui donnerait un peu plus de substance à l’ensemble et le distinguerait d’autres très bonnes interprétations de standards de jazz. Les musiciens sont tous très bons, les interprètes doués… mais il n’y a pas de vraie surprise dans le fond et c’est un peu dommage. Mais si on le prend pour ce qu’il est, Cheek to Cheek est un album des plus plaisants, à écouter devant une bonne tasse de thé fumant un soir d’hiver.  

Conseil : à écouter dans la version deluxe iTunes, qui contient notamment le très bon bonus track "Bang Bang (My Baby Shot Me Down)" interprété par Lady Gaga lors d'un festival de jazz.   

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 19:45

Affiche-An-American-in-Paris-musical-cre-ation-George-Ira-.png Après Chantons sous la pluie cet automne, le Théâtre du Châtelet propose une autre adaptation scénique d'un grand classique du septième art. Un américain à Paris de Vincente Minelli (1951), qui mettait en scène les amours de Gene Kelly, devient ainsi une super-production réunissant plein de beau monde : le chorégraphe Christopher Wheeldon à la choré donc mais également à la mise en scène, ainsi que le danseur étoile du New York City Ballet Robert Fairchild et Leanne Cope, first artist au Royal Ballet de Londres, dans les rôles principaix. 

Le spectacle présente un cas assez rare : il s'agit d'une création du Théâtre du Châtelet en collaboration avec des producteurs de Broadway, Van Kaplan et Stuart Oken. Présenté en avant-première mondiale dans la capitale, An American in Paris est donc destiné à atteindre le public américain après sa présentation parisienne et, si celle-ci est couronnée de succès, le show ne sera probablement pas de retour avant plusieurs années en France. Cette initiative n'est pas étonnante quand on sait que le directeur du théâtre, Jean-Luc Choplin, avait déjà programmé maintes fois des comédies musicales américaines (La Mélodie du Bonheur entre autres) et même proposé des créations d'après des oeuvres américaines (Sweeney Todd ou Into the Woods de Stephen Sondheim). Aller voir An American in Paris, c'est donc être assuré de voir ce que Broadway a de mieux à offrir, dans un spectacle "à l'ancienne" avec figurants en pagaille et décors mobiles.

Un récit étoffé  

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Le résultat est à la hauteur des attentes : on en prend plein les yeux pendant 3 heures. L'effet de surprise est présent même si on a vu le film de Minelli puisque le livret, écrit par Craig Lucas, transpose l'action de 1949 à l'immédiat après-guerre et que les chorégraphies, loin de se contenter de reprendre les numéros mis au point par Gene Kelly, sont originales. Les modifications apportées à l'action apportent davantage de profondeur à l'intrigue et aux personnages, attachants mais plus simplistes dans le film. Comme le spectacle affiche également une heure de plus au compteur, chaque protagoniste a davantage de place pour exister et les trois rôles masculins seraient presque sur un pied d'égalité, à l'inverse du film, où la star était de manière évidente Gene Kelly.

Quant à l'héroïne, Lise, que Craig Lucas imagine en vraie danseuse, elle s'affirme davantage comme une jeune femme indépendante d'esprit malgré sa relation particulière à la famille de son fiancé Henri. Cela permet de creuser bien plus la psychologie et les motivations de chacun, qui apparaissent plus subtiles. L'histoire d'amour, prise entre la passion et la raison, n'apparaît à aucun moment gnangnan tout en gardant le charme et la fraîcheur inhérents au film. Le tout n'est pas dépourvu de quelques longueurs, mais passe très agréablement pour peu que l'on apprécie les comédies musicales et la musique de Gershwin.

Un spectacle flamboyant

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En parlant de la musique, comme il manquait des morceaux pour couvrir la partie rajoutée du spectacle, les créateurs ont été piocher dans le répertoire du célèbre compositeur pour créer de nouveaux numéros, pour un résultat des plus cohérents. Moins contrastée qu'une oeuvre comme West Side Story, riche en rupture de tons et de rythme, la musique d'An American in Paris devrait malgré tout combler les admirateurs des classiques hollywoodiens et des films de Woody Allen, grand fan de George Gershwin, dont il a souvent utilisé les morceaux. On retrouve ainsi quelques grands classiques bien connus des amateurs de jazz et de comédies musicales, comme "Our Love Is Here to Stay" ou "S'Wonderful".

Et puis, il y a la partie technique : la mise en scène et la chorégraphie, tout simplement sublimes et flamboyantes. Robert Fairchlld enchaînes les sauts et fait des merveilles, notamment lors du final, tandis que Leanne Cope apparaît tour à tour fragile et enjouée lors de ses numéros. Les nombreux danseurs apportent beaucoup de panache et tous sont dirigés avec brio, dans une mise en scène inventive et très fluide. Cette fluidité fait également que le passage d'une scène à l'autre, qui inclue de nombreux changements de décors, se fait de manière très naturelle. Tout se déroule sous nos yeux et c'est un véritable plaisir de pouvoir observer tous ces décors mobiles. La maestria de l'ensemble se cristallise lors du long ballet final (plus d'une quinzaine de minutes) sur le morceau titre, "An American in Paris", qui rend hommage à l'art abstrait et fait l'effet d'un véritable feu d'artifices, avec ses chorégraphies complexes et ses couleurs chatoyantes.       

Jean-Luc Choplin et ses collaborateurs avaient placé la barre haut, mais le défi a été relevé haut la main : An American in Paris s'impose comme le spectacle feel-good de cette fin d'année, en nous apportant à Paris la crème de la crème de Broadway. Courez-y avant le 4 janvier si vous en avez l'occasion : vous en sortirez le pas sautlllant, en fredonnant les airs de Gershwin.  

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Published by Cécile Desbrun - dans Art & culture
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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 14:15

gaby-baby-doll-affiche.jpegGaby (Lolita Chammah) est une jeune femme énergique et angoissée qui ne supporte pas de rester seule ne serait-ce qu'un instant. Pour se ressourcer et l'aider à affronter sa peur, son médecin lui demande d'aller se ressourcer quelques temps à la campagne et lui prête sa maison de vacances. La jeune femme arrive avec son petit-ami, qui la quitte bientôt lorsqu'il se rend compte qu'elle est surtout avec lui pour éviter d'être seule et elle se retrouve isolée dans cette grande maison à l'écart d'un petit village dont le centre névralgique est le bar du coin. Après avoir ramené chez elle tous les gars du village, un soir, perdue, elle se réfugie dans la cabane de Nico (Benjamin Biolay), le gardien solitaire d'un château abandonné. Un ours bougon qui a choisi de vivre comme un ermite et fait tous les jours la même balade. Gaby s'impose chez lui et une étrange relation va se nouer entre les deux…

Le nouveau film de Sophie Letourneur démarre sur l'idée très bobo (même si son héroïne ne l'est pas) qu'il n'y a rien de mieux pour se ressourcer pour quelqu'un de la ville que de se mettre au vert à la campagne. Sauf qu'à la différence d'un film comme Une hirondelle a fait le printemps, la campagne ne correspond pas du tout à un quelconque idéal pour l'héroïne ; au contraire, il aurait plutôt des airs d'enfer terrestre. La rencontre entre Gaby et son lieu de retraite provisoire ne se fera donc pas sans difficultés et on la sent résister… jusqu'à sa rencontre avec Nico, qui va peu à peu changer la donne.

La rencontre entre les deux se fait donc après une première partie assez drôle (bien qu'un peu exagérée) où la jeune femme, en proie à une angoisse viscérale, cherche à tout prix à avoir une présence rassurante à ses côtés en se tournant vers les seules personnes à sa disposition, des gars gentils mais un peu simplets de l'unique bar du village, qui, se sentant utilisés, finissent par la laisser tomber. Ce n'est qu'à partir de ce moment-là que le film semble vraiment démarrer, d'ailleurs, qu'il devient autre chose qu'une succession de moments sympathiquement burlesques autour d'un sentiment de solitude un rien poussif qui ne nous est que très peu expliqué au final. Nous découvrons les environs, la nature, ce château abandonné par son propriétaire…

Des airs de conte pour adulte 

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La femme-enfant esseulée, l'hermite dans sa cabane et le château abandonné sont autant d'éléments qui évoquent le conte ou la fable, notamment dans le retournement final qui verra (forcément) la réunion de ces deux êtres que tout semble opposer. Le problème, c'est que, comme dans les contes de notre enfance, les personnages sont laissés à l'état d'ébauche, ce qui est un peu problématique quand il s'agit d'un film s'adressant à des adultes. Alors certes, les personnages sont incarnés à merveille par leurs interprètes, notamment par Benjamin Biolay qui fait passer beaucoup de choses avec très peu de mots, mais cela ne parvient pas à faire tenir le film sur la longueur. Si on s'attache malgré tout aux personnages et qu'on sourit gentiment face aux situations, on peine à véritablement s'intéresser à l'histoire, qui patine pas mal et on a tendance à regarder sa montre alors même que le film dure moins d'une heure et demie. 

Alors oui, il y a de jolis passages dans la nature. D'un jour à l'autre, la balade des deux héros varie subtilement tandis que leurs rapports évoluent. Cette mécanique de la répétition n'est de plus pas gratuite puisqu'elle correspond aussi au mode de vie campagnard du personnage de Nico, qui effectue tous les jours le même parcours. Et ce fonctionnement, à mille lieux de l'énergie bouillonnante et angoissée de Gaby, fait également du bien à celle-ci, qui gagne en autonomie. Mais l'artificialité du personnage, gentiment agaçante, demeure. Celle-ci parle beaucoup, Nico se tait et si la dynamique fonctionne, il y a des fois où c'est trop, on est comme le personnage de Nico : on voudrait qu'elle se taise, cette baby doll névrosée et égoïste dont la solitude semble surtout prétexte à filmer des scènes cocasses !

Une absence de magie

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L'atmosphère est nonchalante de manière tout à fait assumée et on finit par s'agacer un tantinet en attendant quelque chose qui ne vient pas. Peut-être parce-que malgré la nature et les paysages, la réalisatrice échoue à créer une véritable atmosphère, justement. On a beau sentir les deux se rapprocher malgré leurs différences, il n'y a pas cette magie silencieuse mais palpable qui se créé dans les meilleures comédies romantiques, comme dernièrement dans le très réussi Magic in the Moonlight de Woody Allen, autre exemple de film réunissant deux personnages on ne peut plus opposés, dont l'un bougon. On reste quelque peu sur notre faim et si le fait que le scénario nous laisse combler les trous du récit par notre imagination n'est en soi pas très gênant, l'ensemble paraît en fin de compte assez dérisoire, ce qui est renforcé par une mauvaise chanson de générique de fin qui résume en quelques paroles les personnages et tout le film, du début à la fin.   

Pas déplaisant, Gaby Baby Doll s'apprécie avant tout par le charme de ses acteurs et la tendresse qui émane en creux de certaines scènes. Lolita Chammah possède un bel abattage et installe son personnage dès la première scène tandis que Benjamin Biolay apparaît touchant et crédible en hermite au coeur tendre. Mais le film, trop superficiel, échoue à mobiliser notre attention sur la durée et, malgré ses airs de conte pour adultes, quelque chose ne prend pas. Cela aurait pu être un bon moyen métrage, mais les 1h30 ont ici bien du mal à passer. Dommage ! 

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Published by Cécile Desbrun - dans Cinéma
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14 décembre 2014 7 14 /12 /décembre /2014 22:35

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Après deux premières performances créées en 2012 et 2013 pour le Festival d'automne à Paris, Olivier Saillard et Tilda Swinton remettent le couvert cette année avec Cloakroom - Vestiaire obligatoire, présenté du 22 au 29 novembre au Palais Galliera. Le principe ? Les vestiaires sont transportés sur scène et tenus par l'actrice écossaise, qui accueille chaque spectateur qui dépose un vêtement ou accessoire de son choix. Elle s'approprie ensuite chaque objet déposé pour le faire vivre à sa manière, en le portant, en jouant avec... "La collection qui naît, construite sur l'acquis et non sur la nouveauté, arpente les chemins opposés à ceux officialisés par la mode. Ce n'est pas du podium à la rue, mais bien à l'inverse de la rue aux podiums que les vêtements ainsi détournés et habités s'offrent le luxe rare de défiler", écrit ainsi Olivier Saillard dans le programme de la performance. 

Sauf que... tout aussi intéressant soit ce parti pris, celui-ci n'est malheureusement pas poussé jusqu'au bout, simplement ébauché. Il faut dire que le programme laisse espérer un défilé une fois tous les vêtements collectés, ce qui donnerait l'occasion à l'actrice de véritablement s'approprier ces uniformes divers et variés de manière originale. Après tout, Tilda Swinton est une icône de mode et son physique androgyne si particulier lui donne des airs de toile blanche malléable à souhait. Tout styliste inspiré peut faire des merveilles avec elle et c'est donc à l'assemblage d'une collection particulière que nous pouvions nous attendre. Or, il n'en est rien. La performance consiste uniquement en la collecte des vêtements et s'achève au bout d'une heure sans nous avoir montré autre chose.

Un concept insuffisamment exploité

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Alors certes, dans la performance, le concept est roi. Mais celui-ci est exploité de manière insuffisante. Là où il y avait matière à transcender le dispositif, on reste finalement en surface tout du long. Et, de fait, que voit-on au juste ? Tilda Swinton dire bonjour au spectateur, prendre le vêtement, donner un ticket, regarder le vêtement, puis jouer avec quelques secondes avant de le mettre de côté. Parfois, elle laisse un souvenir au propriétaire avant que le vêtement ne soit rangé : une banderole de papier avec une devise futile, un cheveu, une herbe, un mouchoir avec une trace de son rouge à lèvres... A deux ou trois occasions seulement, elle porte le vêtement (parfois littéralement, en le tenant à bout de bras) et défile avec d'un coin à l'autre de la salle. Elle saute aussi la tête la première dans les manteaux, joue à cache-cache avec les foulards en passant sous la table, parle aux vêtements en leur chuchotant des paroles inaudibles... 

Tout cela est amusant, certes, il y a bien une mécanique, qui évolue sensiblement au fil du spectacle, mais on en attend plus or, rien ne vient. Pire que tout, alors que Olivier Saillard prétend faire passer ainsi la mode de la rue aux podiums, la vision donnée demeure assez élitiste. Ainsi, que doit-on penser de l'idée que l'actrice laisse un souvenir de type un mouchoir portant une trace de son rouge à lèvres, soigneusement mis sous enveloppe ? Que le propriétaire du manteau fait partie des happy few ayant pu approcher l'icône ? On a l'impression que les vêtements sont en quelque sorte "adoubés" par la mode, mais avec toujours cette espèce de distance qui va à l'encontre du message qui voulait être donné au départ. A moins qu'on ait mal lu... Après tout, Saillard écrit bien que les vêtements se paient le "luxe rare de défiler". Comme si, en tant que spectateurs, nous venions pour faire ainsi partie d'un monde privilégié.

Cette performance aurait pu parler de la mode, de l'histoire de la mode... Elle parle un peu de notre rapport aux vêtements, rapport tour à tour ludique et plus quotidien, elle montre bien qu'un vêtements vit, a une odeur, etc. mais elle ne le fait que trop peu au final et de manière bien trop artificielle. Si l'artifice et l'aspect mécanique sont revendiqués dès le départ, encore une fois, ces partis pris auraient mérité d'être davantage poussés dans leurs retranchements.

Pour finir, c'est en réalité la moitié de la salle qui était invitée à venir déposer un vêtement (la performance se serait éternisée autrement), décevant forcément une partie du public qui aurait aimé voir la comédienne réagir face à leur article... Au final, Cloakroom n'est pas déplaisant, mais trompeur et inutilement gonflé. Tel quel, 30 minutes auraient suffi. Si le concept était intéressant, on regrettera qu'il n'ait pas été suffisamment exploité. Enfin, contrairement aux apparences, on n'a au final pas forcément la vision d'une mode démocratique et on reste un peu sur l'impression d'un milieu qui se regarde le nombril. Dommage !

 

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